Interview “confinement”

Jean-Loup Siaut avec RIX, au Saint-Émilion Jazz Festival – Photo Brigit Salé Photography

Pour cette troisième rencontre spéciale « confinement » de la Gazette Bleue, c’est le guitariste compositeur Jean-Loup Siaut qui a bien voulu répondre à nos questions. En période normale, comme il partage son temps entre Paris et Bordeaux, on n’a pas si souvent l’occasion de le voir en concert dans la région, mais à chaque fois qu’il s’y produit, on se bouscule pour retrouver les riffs et chorus bouillonnants de cet excellent musicien qui, même encore très jeune, a déjà copieusement roulé sa bosse dans les environs. En effet, de clubs en festivals, on l’y a vu plusieurs fois au sein de furieux combos, tels que Rix, Shob & Friends, Tribal Poursuite, mais aussi dans quelques sessions endiablées à l’Apollo, aux côtés de Roger Biwandu, et dans des jam  mémorables telles qu’au Quartier Libre ou au Starfish Pub. Et puis il y a aussi « The Kilometers », son propre groupe, sorte d’irrésistible machine groove funk qui vous cisaille direct, avec au menu des compositions sérieusement affutées. Enfin, natif du Sud-Gironde, terre sur laquelle il a lié de solides amitiés, il est aussi très attaché au Parti Collectif, et à des formations pour lesquelles il a aussi joué, comme Rita Macedo, Le Bal Chaloupé et le Big Band du Parti Collectif. Sacré carte de visite ! Ses connaissances grand angle, et ses aspirations actuelles, le voient très à son aise, du jazz au funk, en passant par la world. Comme beaucoup de musiciens, le confinement le bloque sur Bordeaux, l’occasion pour lui de travailler son instrument, de proposer des vidéos de petits morceaux sur les réseaux sociaux, mais aussi de composer. On le sait, ces temps-ci, les musiciens ne restent pas inactifs et s’invitent mutuellement pour des sessions vidéo, c’est en particulier le cas du projet « Exchange of Happiness » qui nous avait accordé l’entretien précédent, et qui a eu la riche idée d’inviter Jean-Loup Siaut, sur « Manpuku », l’une de ses compositions, joliment interprétée, malgré le « sans filet » technique, une musique qui nous a laissé heureux, l’estomac auditif plein d’un beau jazz moderne. En ce tout début du mois de mai, on a eu l’espoir d’un déconfinement à partir du 11, mais qu’en sera-t-il réellement, pour tous ces musiciens, pour tous ces lieux du jazz, et pour la société et la culture? Espérons le mieux, ou le moins pire, et surtout, ne baissons jamais les bras. Nous voulions mieux connaître Jean-Loup Siaut, merci à lui de s’être ainsi livré !

ACTION JAZZ : Bonjour Jean-Loup ! Tout d’abord, une question qui me turlupine. Quel est ton vrai nom, Siaut ou Siaut-Surmer ?

Jean-Loup Siaut : Mon nom c’est seulement Siaut. « Surmer » cela part d’une blague avec un ami au lycée ; on rigolait sur les noms de communes composés comme par exemple « Gironde sur Drop », « Pian sur Garonne » (etc) et on s’amusait à accoler ces mêmes particules à nos noms d’où le Jean-Loup Siaut « sur-mer ». Comme j’ai déjà un trait d’union dans mon prénom Facebook ne m’a pas permis de mettre encore un symbole de ce type. C’est un délire de lycéen que j’ai laissé sur Facebook et ce qui m’a fait rire c’est de voir que des gens dans les articles de presses liés aux concerts ou même dans mon entourage pouvaient penser que c’était mon vrai nom voire un nom aux origines anglophones …  L’usage de pseudonyme est largement répandu sur internet mais aussi sur les réseaux sociaux pourtant tu es le premier, dans le cadre d’un article,  à me demander si c’est mon vrai nom  … !

AJ: Comment tout a démarré pour toi avec la musique ?

 JLS : Mes parents ont toujours passé de la musique chez moi de manière quotidienne, et dans une très grande variété de styles musicaux. Aussi la musique qu’ils passaient gravitait toujours, ou presque, autour des musiques afro américaines. J’ai eu la chance d’avoir énormément de disques chez moi mon père ayant été disquaire à un moment de sa vie et ma mère adorant la musique. J’étais particulièrement sensible aux musiques afro américaines (jazz, soul, blues, funk, reggae, …) mais aussi aux styles plus rock. Je me souviens qu’avant même de faire de la musique et depuis petit je connaissais déjà beaucoup de morceaux et même d’improvisations par cœur alors que j’ignorais tout des aspects formels que peut prendre un morceau.
Avant même de commencer la musique j’en écoutais déjà énormément. Cela m’a toujours captivé et touché. Je me souviens avoir eu le déclic pour la guitare au collège vers ma 5ème / 4ème. C’est une période où j’écoutais beaucoup de rock. Les albums Electric Ladyland de Jimi Hendrix, Wired de Jeff Beck, le disque éponyme de Van Halen, un live de ACDC, Pink Floyd, Led Zeppelin sont autant de références qui m’ont influencé à commencer la guitare électrique. Peu avant j’avais aussi essayé la batterie et à vrai dire j’ignore pourquoi je n’ai pas continué … ! 
Mes parents m’ont acheté une guitare acoustique, mais je voulais faire de la guitare électrique alors j’ai très vite lâché l’affaire au bout de quelques cours seulement … L’envie de faire de la musique était toujours là et l’année suivante je décide de me faire des sous en vendant des fruits puis j’achète ma première guitare électrique avec l’aide de mes parents.
Commencer un instrument de musique a été comme ouvrir une porte sur un univers infini, aussi merveilleux que mystérieux, et que je ne pouvais jusqu’alors qu’entrevoir ! J’ai énormément joué à partir de ce moment. Souvent 8h par jour ou plus quand je n’avais pas école, et autant que le pouvais lors de mes jours de cours. J’ai appris majoritairement seul en relevant mes disques préférés, les musiques qui m’animaient à ce moment-là et en me laissant aller à de longues périodes d’improvisations autour de thématiques que j’aimais.

J’ai fait mon année de 3ème en classe jazz au collège à Monségur dans l’Entre Deux Mers ; je jouais de la guitare depuis quelques mois. C’était ma première année de musique et je n’avais vraiment commencé la guitare que quelques mois auparavant. Dans cette classe jazz de Monségur je n’ai pas eu de formation musicale académique mais j’ai avant tout fait des rencontres musicales. L’équipe pédagogique entretenait une atmosphère extrêmement bienveillante et encourageante vis à vis de la musique ce qui est selon moi l’essentiel ! Durant cette année j’ai rencontré des musiciens que je côtoie toujours ! Par exemple je me suis lié d’amitié avec Thomas Boudé, on était internes ensembles ! J’ai rencontré des gens avec qui je fais encore de la musique  aujourd’hui comme Vendeen (Louis Laville) qui devait être en 6ème ou 5ème à l’époque. Cette année a été très importante pour moi.
Au lycée j’ai continué la musique. En parallèle j’étais dans un groupe de soul monté par Thomas Saint-Laurent dans lequel j’ai rencontré Caroline Turtaut (du groupe Lyne), et où il y avait aussi Vendeen. Ce groupe a duré trois ans et a eu une influence considérable sur moi. En même temps, je prenais quelques cours de guitare par ci par là mais c’était assez anecdotique …
J’ai toujours été passionné par l’improvisation et le fait d’avoir commencé seul la musique m’a permis de ne pas me mettre de barrière, je ne savais pas ce qui était censé être dur, ce qui était censé être juste ou faux, par quoi il aurait fallu commencer etc … Je faisais juste ce que j’aimais en essayant de me rapprocher des disques / artistes que j’écoutais. Je pouvais vraiment passer des heures sans rien faire d’autre que de la musique. Et quand je ne faisais pas de musique j’en écoutais. Je me souviens dans le compteur de mon lecteur mp3 qu’il y avait des morceaux que j’avais écouté plus de 700 fois … !

AJ : Comment se sont orienté tes études après ? Parle-nous de tes premiers groupes et autres expériences musicales ?

JLS : Comme je t’ai dit juste avant, le premier groupe qui a eu un très grand impact sur moi a été ce groupe de soul que j’ai eu durant mes années lycée.
En arrivant dans le supérieur je me cherchais un peu. Je me suis laissé influencer par les conseils des profs de lycée et j’ai fait une année dans une « grande école » mais ça ne m’a pas accroché. J’étais, et je suis, fondamentalement en désaccord avec les valeurs d’élitisme véhiculées par ces établissements  et envisager ma vie et mon avenir au travers ce prisme était un non-sens absolu. Je me cherchais et je pensais beaucoup plus à m’amuser et à sortir qu’autre chose, je faisais peu de musique mais en écoutait énormément !
Puis deuxième année dans le supérieur, j’entre à la fac d’éco de Bordeaux que j’ai arrêté en cours d’année. A ce moment-là je faisais partie d’un groupe de 10 musiciens (parfois plus) monté avec des amis et qui faisait suite au groupe de soul dont je t’ai parlé précédemment. Ce groupe s’appelait le « Century Funk » et on jouait des reprises de standards de la musique funk / soul / disco. Cette formation a énormément compté pour moi ; autant humainement que musicalement, j’y ai vécu des expériences inoubliables.

Plusieurs musiciens que tu connais en ont fait partie : il y a eu Vendeen à la basse électrique, Alexis Valet aux claviers, Caroline Turtaut (Lyne, Rix) au chant, Jérôme Mascotto au saxophone (Robin and the Wood, Ostende), Tom Peyron (Isotope, Theorem of Joy) aux percus et à la batterie …
Pas dès le début mais au bout d’un moment je me suis retrouvé à « leader » la formation en quelques sortes. On faisait des relevés très exacts des morceaux qu’on jouait et on s’amusait à copier le plus exactement les arrangements avec les moyens du bord, on avait peur de rien ! Après on tournait l’été sur la côte sud-ouest, il n’y avait aucun objectif de percer ou autre, c’était juste s’amuser entre amis et partager de la musique ensemble. Quand j’y pense on a quand même fait un sacré nombre de concerts et je pense qu’on a tous énormément appris de cette expérience. Ce groupe a duré au moins 6 ans et a été pour moi une expérience musicale et humaine majeure.

AJ : Parles-nous maintenant ton arrivée à Bordeaux, du Conservatoire, de tes autres groupes et rencontres ?

JLS : Pour ma troisième année dans le supérieur, je suis entré au Conservatoire de Bordeaux en jazz, puis en musiques actuelles l’année suivante. Je suis entré au conservatoire à 20 ans en 2012. J’avais rencontré peu avant Tom Peyron, Simon Chivallon, Gaetan Diaz, les membres de la formation Edmond Bilal, Gabriel Pierre, etc…Pleins de gens du Conservatoire de Bordeaux, à des grosses soirées jam sessions qui avaient lieu toute la nuit dans des appartements Bordelais. En discutant j’ai vu que ces gens-là étaient au conservatoire de Bordeaux et certains d’entre eux m’ont dit que je devrais tenter l’entrée. Ils m’ont parlé de la classe jazz / musiques actuelles ce qui m’a donné envie de l’intégrer. A ce moment-là je ne connaissais pas le conservatoire, je ne savais pas ce que c’était et ce qu’on y faisait. Mais sur ces conseils j’ai donc tenté et j’ai eu la chance d’être reçu.
Ça a été ma première école de musique véritablement à 20 ans. Pourtant avec le recul je me rends compte que je connaissais déjà beaucoup de choses de manière informelle. J’avais eu la chance de beaucoup jouer en groupe et beaucoup pratiqué de mon côté.
Le Conservatoire à Bordeaux a vraiment été un moment décisif pour moi. J’ai adoré y être. J’y ai passé 5 ans durant lesquels j’ai rencontré tellement de musiciens et eu tellement d’expériences ! J’allais beaucoup à toutes les jams bordelaises dans lesquelles j’ai rencontré aussi des musiciens hors conservatoire. J’ai eu des groupes allant du jazz au reggae en passant par la soul, le hip hop, l’improvisation libre, musiques caribéennes avec des musiciens comme Alexis Valet, Marine Raseta, Brice Matha (Bal Chaloupé), Robin Magord, Jonathan Bergeron, Vendeen, Gabriel Pierre, Thomas Boudé etc …
Mais aussi des gens extérieurs au conservatoire comme Guillaume « Doc » Tomachot et Thomas Despeyroux avec qui j’ai eu un groupe de jazz funk pendant 3/4 ans et animé la jam jazz au Café des Moines ce qui m’a aussi beaucoup appris. J’ai aussi joué en duo avec Emeline Marcon, Caroline Turtaut … !

J’ai aussi été dans le Parti Collectif, au moment où ça c’est monté, dans lequel il y avait Thomas Boudé, Louis Lubat, qui étaient donc des amis d’enfance, mais aussi Paolo Chatet (que j’avais rencontré à Monségur au collège) et tous les autres que j’avais croisés à Uzeste lorsqu’ils avaient monté le groupe Los Gojats !
Après je me suis retrouvé à animer les premières jams les Hip Hop Jazz Night au Quartier Libre avec Robin Magord (qu’on anime d’ailleurs toujours de temps en temps), et aussi à animer la jam jazz au même endroit, étant donné que j’étais pote avec Thomas Despeyroux et que c’est lui qui s’en occupait les premières années, puis maintenant c’est mon ami Robin Magord qui a pris la suite.
J’ai eu une chance inouïe et une myriades d’expériences, toutes formatrices, tout citer serait impossible et n’aurait pas de sens ! J’en profite pour remercier tous les amis cités ou non avec qui j’ai pu faire de la musique. Ils m’ont tous influencé et je suis heureux d’avoir pu partager tant de choses avec ces gens !

 AJ: Et ensuite, tu es donc parti à Paris pour poursuivre tes études. Raconte-nous ?

JLS : Après 5 années à Bordeaux et l’obtention de deux DEM en jazz et aussi musiques actuelles, j’ai décidé de continuer mes études musicales.Sur les conseils de mes enseignants et notamment Julien Dubois, qui a beaucoup compté dans ma formation musicale et qui est aujourd’hui un ami, j’ai tenté et intégré le Pôle Supérieur de Paris en 2017.
Au Pôle Sup de Paris j’ai énormément appris, même si la formation a été très éprouvante et copieuse. J’étais intermittent en même temps que mes études, je faisais énormément d’aller retours entre Paris et Bordeaux, et la formation au Pôle Sup comprend aussi l’obtention d’une licence de musicologie. C’était donc chargé ! Je pense que comme j’ai commencé et fait de la musique en autodidacte pendant longtemps, j’ai conscience, d’autant plus conscience, de la chance que ça représente de pouvoir apprendre tout ce savoir musical centralisé dans un même lieu et dispensé par des gens aussi expérimentés ! Du coup j’étais très impliqué dans les cours, sinon à quoi bon faire une formation …

J’ai eu la chance d’apprendre auprès de musiciens chevronnés et d’artistes reconnus comme Bojan Z, Manu Codjia, Jean-Charles Richard, Emil Spanyi, Stéphane Kerecki ou encore Pierre Bertrand avec qui  j’ai beaucoup travaillé l’écriture et l’arrangement (j’ai eu la chance d’écrire et de faire jouer de la musique pour Big band et aussi petit orchestre symphonique !) À Paris j’avais les cours mais aussi la vie musicale de la ville ! Je suis un peu allé dans les jams, mais j’ai surtout privilégié les sessions avec des musiciens différents !
J’ai énormément appris de ces trois années ! De voir tous ces musiciens si passionnés, impliqués et brillants, pouvoir les côtoyer et jouer avec eux m’a appris plus que je n’aurais pu l’imaginer!
Avec le confinement il se trouve que j’ai fini prématurément ma dernière année … ! J’ai donc obtenu mon DNSPM qui est la licence de musique dispensé par les conservatoires supérieurs, et ma licence de musicologie !
Je suis heureux et reconnaissant d’avoir pu faire une telle formation et d’avoir tenu bon jusqu’au bout malgré les difficultés !

AJ : Y-a-t-il d’autres choses dont tu as oublié de nous parler ? Tu as quel statut professionnel actuellement ? Quelles-sont les formations avec lesquelles tu joues actuellement ? 

JLS : J’ai dû oublier plein de choses ! Comme le fait que je suis intermittent depuis 5 ans, que je joue avec Shob avec lequel j’ai fait une tournée en Europe. Je joue aussi avec Rix, et avec les Kilometers, mon groupe dans lequel j’écris avec Robin Magord. Depuis plusieurs années je fais aussi partie du collectif Afro Jazz « Tribal Poursuite » monté par le batteur percussionniste Jean-Michel Achiary, dans lequel je joue de la guitare ou de la basse. Il y a beaucoup d’amis dans ce collectif comme Félix Robin, Vendeen, Jonathan Bergeron, Olivier Gay, Mickaël Ballue, il y’a aussi eu Thomas Boudé, ainsi que Brice Matha.
Je fais aussi parti du Parti Collectif et j’ai eu la chance de participer à sa création avec les amis. Ça a été, et s’est toujours, une expérience fabuleuse tant musicalement qu’humainement. Nous avions monté un big band pour lequel j’ai pu composer. Nous avions organisé un festival sur plusieurs jours dans le Square Don Bedos derrière le conservatoire de Bordeaux et avons donné un concert avec ce big band. Nous avions invité Médéric Collignon pour l’occasion. Avec le Parti Collectif je joue aussi de la guitare ou de la basse dans le Bal de Rita Macedo souvent en remplacement !
Ne m’étant pas concentré sur la communication autour de mon activité de musicien je n’ai quasiment jamais partagé toutes les activités que j’ai pu faire. Quand j’y repense j’ai eu la chance de pouvoir donner beaucoup de concerts. Surtout je me sens reconnaissant et chanceux d’avoir pu donner la quasi-totalité de ces prestations aux côtés de musiciens que j’estime tant humainement que musicalement, et qui sont mes amis.

Jean-Loup Siaut avec SHOB, au Saint-Émilion Jazz Festival – Photo Astrid Loren

AJ: Petite question matériel maintenant. Sur quelles guitares joues-tu ? Y-en-a-t-il une qui ait ta préférence ? Et les amplis, les pédales d’effet, les cordes ? Tu parlais de basse aussi, tu en joues toujours ?

JLS : J’ai les quatre mêmes guitares depuis longtemps à savoir : une Fender Stratocaster, qui est ma guitare de cœur, une Fender Telecaster, une Ibanez AS200, et une guitare acoustique nylon que j’adore mais qui n’est malheureusement plus vraiment jouable … J’aime et j’utilise ces instruments de musique pour des raisons différentes selon les contextes et mes envies. Avec les guitares que je possède j’ai accès à un panel de timbres très large ce qui est appréciable !
Niveau ampli j’aime particulièrement les amplis à lampes et j’ai la chance de jouer sur un qui est exceptionnellement léger et transportable ce qui me paraît être un critère essentiel. J’ai eu des amplis qui étaient fabuleux mais juste intransportables donc je les ai revendus.
Concernant les pédales d’effets je possède de quoi potentiellement aborder tous les territoires sonores ou presque ! Après il faut y passer beaucoup de temps et chercher … !
Avoir du matériel correct et fonctionnel est primordial, mais l’essentiel reste la musique elle-même et savoir comment utiliser tous ces outils en situation de jeu !

AJ : Comment composes-tu ? Quelle est l’idée de départ ? D’où vient ton inspiration ? Est-ce différent selon que tu écris du jazz pur et dur ou du jazz tendance groove funk ?

JLS : Tout d’abord je pense que l’inspiration est un sentiment très humain. Tout le monde est capable de la ressentir. La différence est que les artistes sont a priori des gens entrainés à capter ces moments et capables de leur donner une forme musicale, dessinée, dansée, filmée, improvisée mais je pense que tout le monde en est potentiellement capable …
En ce qui concerne l’inspiration les idées peuvent venir à tous moments de la journée que ça soit lorsque je joue ou non ! Elles peuvent être des mélodies, des rythmes, ou même des sensations. Quoiqu’il en soit lorsque j’ai une idée qui me plaît, je l’enregistre au chant avec le dictaphone de mon téléphone pour en garder une trace. Réécouter ces enregistrements me permet de me replonger dans la sensation et l’état d’esprit dans lequel je me trouvais au moment où j’ai eu l’idée. En général je pars de là pour une composition. J’essaie de développer l’idée, de l’apprivoiser, de voir où elle me mène, lui donner une texture particulière … C’est un processus difficile à décrire et très personnel.
Je pense qu’il n’y a aucune hiérarchie dans l’inspiration. Les idées que l’on a sont la synthèse de ce que nous sommes et ce qui nous affecte. Je ne me mets pas dans un état d’esprit différent pour recevoir des idées jazz ou autre. Pour moi la musique est un tout et les genres musicaux ne sont que des catégories qui aident à se repérer. C’est pour moi essentiel de voir l’art comme un espace d’expression et de liberté absolu contrairement à notre société qui nous impose des comportements et une bienséance. Dans notre monde les « élites sociales » on toujours tenté de s’accaparer l’art en le faisant passer pour une matière difficile réservée à certains élus mais, pour moi, il n’y rien de plus faux que ça. Je pense que même si l’expression de ses ressentis au travers une forme artistique se travaille tout individu est capable de créer.

AJ : Récemment, tu as été invité à jouer lors d’une session du projet « Exchange of Happiness ». Que penses-tu en général de ces sessions confinées ? Seul ou à plusieurs ? Et concernant celle-ci, dis-nous quelques mots sur les musiciens qui le portent : Félix Robin, Simon Lacouture et Louis Laville aka « Vendeen ». À cette occasion, tu as choisi « Manpuku », l’une de tes compositions. Pourquoi ce choix ? Peux-tu nous en dire plus sur ce morceau, sa signification, et comment s’est déroulé cette session ?

JLS : Je trouve ça bien que les moyens techniques puissent permettre cela. Après encore faut-il posséder le matériel nécessaire et savoir comment réaliser tout cela …
Ces sessions ne remplacent pas la scène. J’affectionne particulièrement la musique live et toutes les ambiances qui y sont liées. Pouvoir voir les musiciens jouer, les entendre, avoir la possibilité de danser, faire des rencontres, l’atmosphère liée à une représentation en bar, club, festival, l’avant concert, le pendant, et l’après, etc…
Cet univers et ces sensations sont irremplaçables. Assister à des concerts, festivals ou des évènements du genre c’est avoir accès à des moments où les gens s’oublient un peu, où certaines barrières sociales peuvent s’estomper, les individus sont amenés à se mélanger, se rencontrer, échanger …
J’ai l’impression que les réseaux sociaux ne permettent que très peu cela qu’il s’agisse de musique ou non.
Je suis très heureux d’avoir partagé un moment musical avec « Exchange of Happiness ». Les trois musiciens qui composent ce groupe sont des amis que je côtoie et avec qui j’ai souvent l’occasion de jouer. C’est Felix qui m’a proposé de faire partie de l’aventure, et c’est aussi lui qui a suggéré de jouer ma composition « Manpuku » comme nous l’avions déjà joué ensemble il y a quelques temps.
La session s’est déroulée en trois temps. Premièrement ils ont enregistré le morceau dans son intégralité et filmé leur session. Ils m’ont laissé de l’espace dans la musique, dans l’exposé de la mélodie, et une plage d’improvisation. Ils m’ont envoyé le tout pour que je puisse donc enregistrer / filmer ma partie par-dessus leur version. Puis j’ai renvoyé le résultat à Felix pour qu’il puisse faire le montage vidéo et publier la composition !

Comme souvent j’ai écrit le morceau sans avoir d’idée précise du titre ! Mampuku signifie « ventre bien rempli » en japonais. Ce titre est à la fois une référence à la culture japonaise que j’adore, mais aussi à mon amour pour la cuisine ! C’est aussi le nom d’un restaurant dans lequel je suis allé et où je me suis régalé !

Exchange of happiness – Jean Loup Siaut / Manpuku

2eme vidéo de la semaine sur la composition de Jean Loup Siaut, Manpuku. Nous espérons que vous apprécierez ce beau morceau! Prenez soin de vous!

Gepostet von Exchange of Happiness am Freitag, 24. April 2020

AJ: Au sortir de cette période, même si c’est surement prématuré d’en parler, as-tu d’ores et déjà des projets à venir déjà arrêtés, des prévisions de concerts, de festivals ? Parle-nous un peu de ton groupe « The Kilometers, tu évoquais l’enregistrement d’un disque, as-tu déjà des compositions de prêtes, ce serait pour quand dans l’idéal ?

JLS : Comme tout le monde tous les concerts et festivals que j’avais de prévu ont été annulé. Je n’ai qu’un seul concert de prévu au mois d’août pour l’instant et je ne sais même pas s’il aura lieu …
Pour les Kilometers nous avons tout un répertoire de compositions qui sont prêtes à être enregistrées. Il ne nous manque plus que de prendre le temps de le faire … ! Je n’ai aucun idée de quand est-ce que le disque sortira ; idéalement j’aimerais bien avant 2021 !

Jean-Loup Siaut avec les Kilometers au Quartier Libre (Bordeaux) – Photo Dom Imonk

AJ: Enfin, question posée à tous les interviewés : Que pense-tu de la terrible crise que nous vivons ? Selon toi, qu’est-ce qu’il en ressortira après coup pour notre société ? Et quel sera l’impact sur l’avenir de la profession de musicien/compositeur après l’épidémie ? Que penses-tu de l’idée de vous regrouper, plus formellement, de manière à collectiviser vos moyens, et donc à vous donner plus de force ?

JLS : Je pourrais développer pendant longtemps sur ce sujet mais je vais essayer de faire court. Je suis en désaccord total avec notre gouvernement et le système capitaliste libéral. Ce mode de fonctionnement est un non-sens absolu et la gestion désastreuse de cette crise ne fait que mettre en lumière des problèmes qui étaient déjà présents avant l’arrivée du virus.
Je n’ai aucune idée de l’impact qu’aura la crise sur le milieu artistique … Mais ce que j’espère c’est qu’un maximum de personnes issues de ce milieu, mais aussi de tous les autres, prennent conscience qu’il faut s’unir et sortir de ce système. J’aimerais que tout le monde s’engage politiquement dans le sens d’une entraide commune et défendent nos droits qui sont sans cesse mis à mal par la classe dirigeante.

AJ: Et voici le traditionnel petit questionnaire détente, spécial confiné ! :

Si tu étais :
Une mélodie ?  Isfahan
Un chorus ? Jeff Beck sur Goodbye Pork Pie Hat
Une couleur ?   Rouge
Un standard ?  Round Midnight
Une fleur ? Fleur de cerisier
Un concert ? D’Angelo à Montreux  en 2000

Merci Jean-Loup Siaut !

Propos recueillis par Dom Imonk, photos Brigit Salés, Astrid Loren, Patrick Pac et Dom Imonk.

https://www.facebook.com/thekilometers/

https://www.instagram.com/jeanloupsiaut/

Jean-Loup Siaut, jam au Starfish Pub (Bordeaux) – Photo Dom Imonk

On rappelle que d’autres entretiens « confinés » ont été publiés en parallèle tous les jours sur :

https://actionjazz.fr