Monty Alexander – A Jamarican in Paris

4 étoiles
Monty Alexander, piano
Luke Sellick, contrebasse
Jason Brown, batterie
Bobby Thomas Jr, percussions
« Aprés avoir joué de la musique pendant tant d’année à la tête de mes propres groupes, j’ai fini par me rendre compte que beaucoup ignoraient mes origines, moi qui suis né et ai grandi en Jamaïque ». Étonnante exergue à ce disque de la part du musicien. On ne présente plus ce grand pianiste, qui a pourtant toujours revendiqué, et démontré ses origines jamaïquaines à de nombreuses reprises. Et s’est aussi exprimé au travers d’une production purement jazzy. D’où le titre de l’album : jamaïquain mais aussi américain.
Sa carrière est extraordinaire de productivité, de diversité, et bien sûr de longévité : 82 ans cette année. Et toujours aussi fringuant. Il a côtoyé les plus grands : citons Frank Sinatra, Ray Brown, Dizzy Gillespie entre autres pour le jazz, mais aussi le duo mythique de la rythmique reggae, Sly et Robbie, et bien d’autres encore, que cela soit sur des albums en son nom, des collaborations, ou des concerts. Il a même enregistré deux albums hommage à Bob Marley. On ne dénombre pas loin de 90 disques en son nom !
Il nous livre ici un album métissé : du jazz, plutôt classique, du reggae, bien sûr, des passages romantiques, au travers d’une petite formation ; un trio piano/basse/batterie solidement soutenu par un percussioniste de renom, Bobby Thomas Jr, lui aussi à la carrière bien remplie (beaucoup de jazz rock, et notamment au sein de Weather Report).
L’enregistrement des 12 titres s’est déroulé sur 3 jours (c’est peu), en prise live (tous ensembles dans la même pièce), ce qui donne une impression d’authenticité et de complicité propre au live.
On commence par un titre hommage au philosophe du panafricanisme Marcus Garvey, de facture classique, mais déjà typique de la musique de Monty, ce titre évoluant rapidement vers une reprise du So What de Miles Davis, auquel Monty rendra encore un hommage au travers du titre Sketches of Aranjuez. Le quatuor reprend ces 2 morceaux de façon simple, directe, sans arrangements ampoulés : on est tout simplement étonné puis enchanté de découvrir ces versions.
S’ensuit Lookup, à la rythmique purement reggae, évoluant vers le calypso par moment, des passages swing, de grandes descentes de clavier ; un thème simple, de belles percussions, un chorus virevoltant… Que demander de plus.
Changement total d’ambiance avec Hope, ballade mélancolique, aux accents romantiques.
Skamento, à l’ambiance océanique ; de belles envolées pianistiques : Monty nous emmène en voyage.
You Make Me Feel Brand New, une reprise d’un tube, ballade des années 70 du groupe The Stylistics; titre mondialement connu, très entraînant, peut-être trop entendu ; mais Monty y ajoute sa (ses) patte(s), et le transcende. Come Fly with me, un standard chanté par Frank Sinatra ; lui aussi, très entendu ; les interventions de Monty, lui donnent un air de jeunesse.
Yellow Bird, un peu de calypso, en passant, ambiance toute caribéenne ; d’abord chaloupé, puis plus rapide.
Mystical Blues, une introduction swing, mâtinée de rythmique reggae, avec de longues citations de Natural Mystic (Bob Marley,encore!). La contrebasse donne une ampleur particulière à la rythmique. Monty reprend même le « What’s going on » de Marvin Gaye ; totalement méconnaissable au début, sur une rythmique purement swing, le chant apparaissant enfin sur une rythmique rythm&blues. Une réinterprétation très originale.
Just Wait, retour au swing, un thème simple, un bel entrain. Et encore un changement de rythmique, vers… le reggae. C’est clair, Monty est tombé dedans tout petit.
Sexton bucket ferme l’album, sans doute le morceau le plus classiquement jazz. Dans la tradition Oscar Peterson. Et se termine sur une discussion au sein du groupe, où Monty raconte ses débuts…
La musique de Monty Alexander s’inscrit dans ces 2 aspects de sa personnalité : ses racines, la Jamaïque, et sa rencontre avec le jazz, suite à son déménagement aux Etats-Unis. Une musique sans fioriture, chaleureuse, directe, simplement accessible : on peut « chanter » chacun des titres, et, typique du reggae, on a envie de danser. Gageons que tout le monde aura enfin compris ses origines au travers de ce disque.
Liste :
1. Marcus Garvey
2. Look Up
3. Hope
4. Skamento
5. You Make Me Feel Brand New
6. Come Fly With Me
7. Sketches of Aranjuez
8. Yellow Bird
9. Mystical Blues
10. What’s Going On
11. Just Wait
12. Sextan Bucket
Par Pierre-Yves Miroux
2026 – PEEWEE !
























