Ars Transmutatoria Rouge

Michel Lambert : Batterie
Jeannette Lambert : Voix et Textes
Laurent Charles, Davide Barbarino, Lionel Garcin : Saxophones
Emmanuel Cremer : Violoncelle


Fin provisoire de notre dossier sur Michel Lambert, batteur-coloriste, peintre-musical, dessinateur-compositeur, artiste original et prolixe qui n’a, sans doute pas fini de nous charmer par l’expression de son talent. “Temps circulaire” disions-nous !? Alors : retour sur le 1er chapitre de notre chronique fleuve où Michel nous présentait son projet en cours et les formes qu’allaient prendre celui-ci.
Voici que paraît le 1er opus de son nouveau travail, enregistré en 2019 à Pernes-les-Fontaine.

Encore un très bel écrin pour cette perle. Pochette sobre et foisonnante, accordée à la musique. Textes à minima, sans commentaire (cette fois), mais un beau dépliant reproduisant les dessins qui guidèrent à l’élaboration des compositions, elles-mêmes supports, directions, sens proposés aux 6 musiciens qui devront s’en accaparer l’essence et s’approprier l’expression. 11 propositions visuelles, pour 11 titres à jouer, sur papier blanc ou feuille de musique vierge où s’étalent formes, couleurs, croquis, extraits de partition, bout de feuilles séchées, textes et signes… Peu de rouge (à part l’illustration du titre éponyme à l’épisode), ambiance plutôt automnale (session enregistrée en décembre) où le début du froid de l’air serein invite à une réflexion intimiste, les reliquats de soleil timide, mais doux permettant l’extériorisation de sentiments enfouis et poussés jusqu’à fleur de peau.
La musique ? idem ! Sobre d’intonations, riche de détails. Sur pages blanches comme neige qui crisse sous les chaussures de randonnée, traces de végétaux déliquescents encore colorés, témoignages de furtives visions de scènes avoisinantes distrayant l’intensité de concentration nécessaire à chaque pas risqués sur un chemin à découvrir
Frappes discrètes et ponctuelles d’une batterie qui semble toujours en faire moins que trop, qui infléchit des directions suggérées avant qu’elles ne s’évanouissent dans un brouillard naissant, redresse les risques de débordements bientôt intempestifs, relance une idée tendant à se perdre dans une évanescence entretenue. Voix de fée qui se serait hâtée de prendre les cours de chant pour ne rien perdre de son élan juvénil ni de ses sentiments spontanés, le cœur au bout des lèvres, l’âme au fond de la gorge, regard doux et perçant. Des vents, bise au milieu de champs désespérés, brise au bord de la rivière, courants d’air qui chahutent les flammes de la cheminée, 3 petits chats sauvages, qui se chamaillent un relief de repas, ou font les bêtes sauvages assoupies et enchevêtrées, souvent ensemble : en tutti ou en bataille, on ne sait plus d’où vient le vent. Les cordes, lorsqu’elles ne servent pas celles du chant, s’éparpillent sous les assauts des vents comme nuages qui s’effilochent, avant de se recentrer auprès du capitaine du vaisseau fantomatique.
Rouge, sang de la vie qui s’enfuit en filets indicibles, flammes qui appellent à ne pas somnoler tant que la joie de vivre, de jouer de tout et de rire du reste ne manque pas encore… vin qui éveille les esprits, réchauffe les cœurs défaillants, réunit les corps simples et avides d’échanges. Liberté qui se gagne par la lutte contre tout ce qui y fait obstacle, contre soi-même aussi et avant tout !
Belle couleur ! qui en appelle d’autres… c’est prévu ! On garde les oreilles grandement attentives, et on en parle ! Alors, ce n’est pas tout à fait la fin ? Surtout pas, juste le temps de tremper les plumes dans l’océan de notes… Michel et ses amis n’en ont pas fini de nous faire rêver d’un monde de quiétude affairée, de recherches méditatives et de trouvailles inespérées !

édité par JazzFromRant..

Par Alain Fleche

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