Espace Jean Vautrin Bègles, 24 avril 2026

© Bernard Andruccioli

Moises Malagon, voix et palmas
Alfonso Lozano, sax
Didier Fréboeuf, clavier
Jasmin Ljutic, basse électrique
Simon Pourbaix, batterie
Luc Giraudeau, percussions tombak et bendir

Une basse solo pour commencer, oui mais une basse aux intonations cuivrées, un Viaje vers un Sud, un temps ralenti, la  batterie se déploie, métallique par ses cymbales, juste quelques accords au clavier tout aussi oniriques, des percussions entraînantes qui ouvrent l’aventure et un sax lumineux. Moises Malagon tape dans ses mains pour accompagner  le transport. Le piano lance ses incrustations raffinées. 

La chaleur nous envahit, une énergie puissante de la passion, de la terre sort de la voix de Moises Malagon. C’est une traduction innervante des souvenirs de l’adolescence, près de la Fuente de Almaguer, souvenirs incarnés avec ardeur !

La poésie du clavier de Didier Fréboeuf introduit cette évocation, Entre Naranjos, un peu funky, mais la voix de Moises nous amène dans une contrée haute en couleurs. C’est punchy… un instantané d’opéra baroque actuel, mâtiné d’une plaisante fraîcheur de chaque musicien.

C’est un projet Aliaga, au pied de la Méditerranée aux influences ibériques.

Vient un hommage au flamenco avec Tarareando qui reprend une mélodie folklorique. Moises vit autant par sa voix que par le corps les histoires qu’il raconte. Voix gutturale, sonore et profonde pour un univers de passions fortes. Laissez de côté toute modération, ça fait un bien fou cette générosité.

La voix de Moises Malagon dessine des enluminures dans cette ballade Olvido dédiée à ceux qu’il ne faut pas oublier (ils sont si nombreux ces jours-ci), le piano égrène une litanie douce et apaisante, le sax d’Alfonso Lozano lui emboîte le pas, les percussions de Luc Giraudeau ponctuent finement avec la batterie. Le piano nous embarque avec une grâce jarrettienne. La voix de Moises revient, plaintive, rappelant à la mémoire les disparus, un être tout entier dans un chant.

Alfonso a  pris son sax soprano, qui se met à voleter, cependant accrochant toujours les aspérités de tempéraments hispaniques, pas de tiédeur envisageable ; le piano y trouve des accents tout aussi musclés pour des Ecos de levante.

Suit un solo de la batterie de Simon Pourbaix à pulsions euphorisantes, y’a du cœur, y a d’la joie, y’a une volonté farouche de s’inscrire dans une identité forte, Màs allà de la Albufera. La voix sort en salves, de la plus violente à la plus réservée pour raconter le combat d’une vie. Le piano les entraîne dans une farandole folle et tonique, un tourbillon festif, meilleur moyen de tenir la tête haute, percussions, batterie et basse maintenant la cadence impeccablement.

Pour finir, la basse de Jasmin Ljutic en verve dialogue avec le sax, pourtant ramenée à la douceur de la mélodie par Didier Fréboeuf et ses envolées imaginatives. La voix de Moises revient surplomber l’ensemble, et le mariage hybride est heureux.

Nous aussi.

Par Anne Maurellet,
photos Bernard Andruccioli