Levi Harvey Trio – Bloom

Levi Harvey – piano
Cyril Drapé – contrebasse
Pierre-Eden Guilbaud – batterie

[DÉCOUVERTE] Levi Harvey est un pianiste et compositeur franco-anglais d’à peine 23 ans, dont le parcours fulgurant et la technique impressionnent. Il a découvert très tôt le jazz grâce aux disques de son père et a commencé l’apprentissage du piano il y a 12 ans. Au début ce fut en autodidacte, puis à la classe de jazz du Conservatoire d’Angers en 2017 et au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) en 2010, dont il est sorti diplômé trois ans plus tard. Il a noué là des liens forts avec d’autres camarades d’études, en particulier Cyril Drapé (contrebasse) et Pierre-Eden Guilbaud (batterie), de très talentueux musiciens, avec lesquels il forme cet étonnant trio. Il a obtenu le 1er Prix du Concours international de piano jazz à Chorus Lausanne en 2023, d’autres distinctions suivirent l’année suivante. Il est en outre lauréat des Talents Adami Jazz 2026, ce qui lui a permis (et lui permettra) de se produire dans de grands festivals français (Jazz sous les pommiers, Jazz à Vienne, Jazz à la Villette…), aux côtés de la célèbre saxophoniste chilienne Melissa ALDANA (du label Blue Note).

En marge des études et à leur suite, Levi Harvey a également beaucoup appris sur le terrain lors de concerts ou de jam, et en participant à d’intéressantes formations, dont certaines primées, telles que le sextet Lurium, le trio de Juliette Delas, le quintet de Loan Buathier, les groupes de Jeremie Luccheses, de Thierry Peala, de Cecil L. Recchia ou encore de Gael Horrelou. Sachez enfin qu’histoire d’amender ce sol fertile en devenir, il a aussi passé deux années à New-York, pour se perfectionner au contact du milieu éclairé du jazz de cette renommée cité.

Pour compléter voire éclairer le très respectable CV du jeune pianiste, sachez que de grandes figures du piano, toutes générations confondues, nourrissent son inspiration. Citons parmi elles McCoy Tyner, Keith Jarrett, Brad Mehldau, Sullivan Fortner et surtout Pierre de Bethmann, l’un de ses professeurs, qui assure d’ailleurs la direction artistique de « Bloom ».

Ces informations pouvaient laisser supposer une écriture complexe et une virtuosité perchée à l’abord peu évident. C’est pourtant tout autre chose qui s’offre à nous dès « Infinity » qui nous berce d’entrée par son grain à la lumière sépia. Un mid-tempo limpide et réfléchi, où clarté du piano qui semble ne jouer que des notes essentielles, contrebasse attentive et caressante et subtils impacts percussifs contenus dévoilent déjà une radieuse unité, ce qui facilite l’entrée dans l’univers de « Bloom ».   

Le thème et les tourbillons colorés du morceau titre favorisent une irrésistible floraison, un peu à la McCoy Tyner, déclenchant une émotion ascensionnelle, un peu comme si nous étions perdus dans un immense champ d’été où les fleurs s’ouvriraient comme par magie à vue d’œil par milliers !

Mais les choses s’accélèrent ! En effet, nous ne résistons pas à l’énergie imparable et la joliesse des notes de « Calva », et nous nous laissons emporter par le rythme fou de « Dr Jamie Walters », entre pleins et déliés diaboliques, les deux pièces enflammées par d’incroyables feux d’artifice déclenchés par la batterie, que tentera pourtant de contenir la contrebasse protectrice. « Oak Bloke » donne suite à cette ardeur, mais en plus modéré, une pièce dense traversée d’un très beau chorus de contrebasse, et apaisée d’un break de piano d’une pureté au romantisme touchant, dont on retrouvera l’esprit dans l’intimité méditative de « Profundo » ou encore dans l’appel à l’aide de la fragile miniature « Adrift ».

Nous avons par ailleurs détecté une gémellité « mehldau-ienne » entre « Idea » et « Unset », qui participent aussi à cette sorte d’ « Art of the trio » new generation que pratique cet album, où modernité espacée, inventivité sans limite et flow des plus engageants nous saisissent, avec ces myriades de notes lumineuses de piano qui virevoltent à l’envi, portées par une rythmique d’exception qui donne toute son âme. Un trio en forme de triangle équilatéral musical indivisible au service d’un album où l’esprit de Pierre de Bethmann flotte en maints endroits, en particulier sur le magnifique « P2B », dédicace remarquable des trois complices à leur génial mentor.

Presque dépouillé, le très beau « Church Cottage » referme le portail du jardin de « Bloom », dont les fleurs ont des parfums enivrants inoubliables. Un album au son pur qui est un véritable bijou de sensibilité et de fraîcheur, servi par des musiciens surdoués dont Pierre Corneille n’aurait pas renié la valeur, à la fois très fins connaisseurs des grands tournants du passé, et fervents acteurs de la modernité de leur siècle qu’ils participent à bâtir. Vivement le plaisir de les voir en concert !

Par Dom Imonk

Sunset Records/Baco Distribution

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