Florian Marques Peaks – Invitations

Peaks :
Florian Marques – saxophone ténor
Florent Souchet – guitare
Arthur Henn – contrebasse
Corentin Rio – batterie
Invités :
Bojan Z – piano
Olivier Laisney – trompette
Roman Reidid – trompette
Fidel Fourneyron – trombone
[COUP DE COEUR] Fin 2022, nous avions découvert « A Deep Color » du groupe PEAKS, une première œuvre surprenante par la fraîcheur de son écriture. Le leader Florian Marques (saxophones, compositions et arrangements) s’était entouré des fines lames que sont Arthur Henn (contrebasse), Florent Souchet (guitare) et Corentin Rio (batterie). Nous avions été séduits par cette musique moderne et inspirée, qui rendaient hommage au cinéaste David Lynch, « A Deep Color » étant l’anagramme de « Dale Cooper », héro de la série « Twin Peaks ». Un album mystérieux et passionnant, qui nous avait permis d’entrer de manière très originale dans l’univers du cinéaste.
Ce disque a ensuite connu le baptême du live, avec notamment l’invitation du pianiste Bojan Z lors du concert de sortie, et de ceux qui suivirent, récompensés d’un vif succès, propice à la réflexion. En effet, l’idée de collaborations plus nombreuses s’est alors développée, pour conduire à ce nouveau « Invitations », dont le titre est suffisamment clair ! C’est ainsi qu’en plus de Bojan Z, Olivier Laisney et Roman Reidid (trompettes), ainsi que Fidel Fourneyron (trombone) se sont également joints à l’équipage, ceci permettant de foisonnants échanges entre l’univers du quartet PEAKS, et ceux de ses prestigieux invités.
On entre dans le flow des « Invitations » par « Laura Palmer’s Epitaph », un trait d’union lynchien à « A Deep Color », cadencé par des notes de guitare énigmatiques dont le tempo d’horloge rappelle au début celui du saxophone sur « Simple thing » qui ouvrait alors cette « couleur profonde ». La force de cette musique et la densité du son d’ensemble vous enveloppent déjà, laissant supposer quelque chose d’inéluctable. Une beauté inquiétante, qui souligne la personnalité évolutive de PEAKS. Ce morceau vous empoigne, il est une mini bande originale de film à lui tout seul.
Si comme on a pu le voir PEAKS est un quartet déjà très efficace en créativité et en interplay, l’ouverture à d’autres personnalités du jazz d’aujourd’hui est une excellente idée. On découvre ainsi Bojan Z sur le superbe « Last Call », qui place haut la qualité de l’écriture et du jeu collectif augmenté. Une ambiance mélancolique que développe le piano en des phrases intimes, avant que n’intervienne d’une humeur décidée le saxophone en un très beau chorus, suivi de celui du piano, sur une ardente rythmique. On retrouvera un peu plus loin Bozan Z, aux côtés du trompettiste Olivier Laisney, sur « Big Rush », une généreuse composition du batteur Corentin Rio, qui nous projette dans quelques clubs de la Big Apple, où des polyrythmies multiformes se succèdent en accélérant le tempo, et les solos de chacun fusent comme des étoiles filantes, avant un final percussif hypnotisant. Impression d’« outre flaque » ressentie aussi à l’écoute du frétillant « Pourquoi pas » qui suit en formule quartet, animé de chauds chorus, et clôt l’album d’une séduisante façon.
Cet album est aussi une affaire de racines, qui nourrissent l’inspiration de Florian Marques. Ainsi « Isabe » est un lac des Pyrénées, auquel l’hommage est rendu en compagnie d’Olivier Laisney. Une pièce dont le lyrisme évoque la grandeur de la montagne et la douceur de ses vallées. Un saisissant flow d’altitude alimenté par cuivre et bois en belle harmonie et les vibrants traits d’une trompette, qui diffuse son alerte émotionnelle, comme l’appel d’un cor face à l’immensité naturelle. L’escapade pyrénéenne se poursuit avec le délicieux « Horizon », joué par le quartet, qui permet de déguster la subtile guitare de Florent Souchet, et un lumineux chorus de saxophone. Mention spéciale aux percussions dont certains impacts ne sont pas sans rappeler par moment le tintement des cloches des vaches, subtil clin d’œil. Fin de la promenade avec « Phoebus ». Nous voici en effet rendus à la Ville d’Orthez, surnommée « La Cité de Gaston Fébus », dont sont originaires Fidel Fourneyron, invité ici au trombone, et Florian Marques. Un thème festif et assez fougueux, à l’âme régionale, où l’interaction entre les soufflants est incroyable d’efficacité, et boostée par une rythmique découplée.
Nous voilà maintenant à Belleville à Paris, à l’écoute de « Ermitage », dédicace à un célèbre lieu du jazz de la place, où Florian Marques rencontra un jour Roman Reidid, trompettiste de grand talent venu animer ce singulier morceau de ses belles phrases cuivrées, entraînant son hôte dans des échappées dignes des meilleures jam de la capitale, ce que la rythmique soutient avec une élégante détermination, entre bruissements impressionnistes et irrésistibles accélérations.
La fête se termine déjà, pour le moment ! Ce disque est une réussite qui s’écoute en boucle, et confirme la maturité de PEAKS. C’est une pépite de modernité qui appelle une suite, « why not ? ». Alors restons attentifs à la creusée de ce précieux filon !
Par Dom Imonk
Segram Production/InOuïe Distribution
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