Michel Portal – Quelques notes sur la liberté
Bande Originale du film de Benjamin Delattre

Michel Portal
Clarinette, clarinette basse, soprano, bandonéon
Pincement au cœur, poids sur la poitrine, disque en main, prêt à être posé sur le lecteur. Tension, émotion, découvrir les dernières notes, ornées de mots-commentaires essentiels (qui sont l’essence même de la/sa musique) destinées au public, pour être entendues, écoutées, comprises (?…). Ce n’est pas un testament, la mort n’existe pas, pas encore… juste un document, un message qui traverse le temps, les mondes, l’espace.
Un beau livret accompagne la galette. Interviennent Arnaud Merlin, Fred Goaty, Michel Orier, et benjamin Delattre répondant à Pauline Évina sur la fabrication du film, enrichi du cd, sur sa motivation, son expérimentation, son sens… Ils se souviennent, ils racontent, comme amis, auditeurs, témoins, amoureux, comme tous les auditeurs de Michel en concert… comme nous (ceux qui lisent ces lignes ont forcément entendu Michel lors de ses nombreux concerts qu’il nous a offert comme un cadeau inespéré, toujours surprenant, toujours passionnant…pour les autres… trop jeunes ?) sauf que eux ont été proche, ont cherché de l’intérieur, en curieux assidus, l’origine, son évolution, et sa finalité… ils connaissent les mots qui vont savoir conter leur expérience de ce voyage.
Le magicien intranquille. Le bayonnais libéré.
Une note, qui coure après la suivante, qui ne sera jamais celle qu’on attend. Plus que la technique, plus que la mémoire de cent ans de jazz, c’est l’énergie, les fulgurances, les prises de risque d’où jaillissent les phrases lancées par une chistera cosmique qui rebondissent sur le mur et seront rattrapées, augmentées de celui qui pourra… (elles sont faites pour ça !). Urgence de l’instant, exigence de la nécessité, Une philosophie, une éthique, un choix ultime de chaque seconde qui lui appartient, comme le choix de ses accompagnateurs-complices avec qui rire aux éclats d’une jolie proposition ou d’une belle réponse, d’un bon moment de partage, de découverte d’un chemin inconnu, portes et fenêtres grandes ouvertes.
Un joueur de musique, un joueur de musiques… juste pour jouer.
L’équation est simple pour Michel : « Jouer, ou devenir complètement fou »
Alors il joue, chaque note comme si c’était la dernière, sans compromis, sans attente, juste jouer. Tout jouer.
Un griot, un barde… du monde.
Pas de frontière, pas de limite, tout fait feu, il puise dans le classique, le jazz, le trad., Mozart, les bandas, le tango, l’impro. Libre, rien ne le freine, pas même ses doutes qui l’obligent à les résoudre en allant encore plus loin, plus loin que la mémoire du monde, plus loin que ses propres capacités, plus loin que ses certitudes…
Bien sûr on pense à ‘Dejarme Solo’, album personnel, individuel, tentative de libération d’un vieux démon intérieur, confession intime, refoulement d’une insatisfaction qui le hante et ne le quittera jamais. Une fragilité qui fait sa force !
Force de la plénitude du son, sérénité des idées libérées. Enfin, satisfaction d’un bon travail d’artisan inabouti, perpétuellement en devenir, définitivement ’In progress’. La porte reste ouverte, toujours, rien n’est jamais totalement fini, est-ce (aussi) cela l’Art ?
Ce projet commence pendant la triste période ‘covid’. Les artistes prennent l’habitude de jouer seul…, Benjamin Delattre décide de faire jouer Michel Portal, lui trouve un atelier pour entr’apercevoir le processus de création de cet homme hors du commun. Seul, pas tout à fait, une équipe autour de lui, des amis, des techniciens, mais cependant, seul, face à lui-même. L’enregistrement (magnifique de clarté et de précision) ne commence qu’en 2022 (finira mi 2023), une longue préparation aura lieu pour mettre l’artiste en condition, tel un mustang sauvage et fou, il fallait l’amadouer, le mener sur le chemin choisi et lui faire supporter l’équipe comme on habitue une monture aux rênes, et le laisser aller.
S’apercevoir que l’impro est de la composition en direct, échappant aux références faciles, aux re-dites, à la tentation du joli pour exprimer le vrai. Travail athlétique d’acrobatie, sans filet, le trac c’est avant de se trouver sur le fil, là faut y aller, plus rien pour se retenir, ne pas s’arrêter !
Le disque est conçu comme un mini film, tout se tient, on pourrait le penser comme fait en prise directe, d’un seul tenant.
Chaque extrait est entre coupé de quelques mots amicaux, sincères, profonds, plein d’amour et d’humour : « Des croisements que je cherche… Quelque chose qui sort de l’âme… Elle vit, elle me ressemble… Jouer avec la force… Des trucs sauvages… Comme si quelqu’un parle à l’autre… ».
Parfois seul, parfois accompagné par lui-même : des boucles avec lesquelles il se parle, parfois juste une note, comme un tempura indien, un peu de percussions, des doigts qui frappent comme sur un tabla, et lui, sa spontanéité, sa gentillesse, sa liberté, sa musique… son message d’amitié universelle.
Michel Portal a fermé les yeux et les oreilles le 12 février 2026, le montage n’était pas terminé, il nous a tous laissé orphelins. Une étoile s’est éteinte… non elle clignote encore, elle n’en finit pas de briller… au profond de notre cœur d’enfant dont tu t’es joué pendant … toute ta vie.
Salut Michel.
Chez : CEO
Par : Alain Fleche





















