Kristof Negrit – Etat d’âme

Kristof Negrit, batterie, percussions, bouladjel, compositions, arrangements
Illyes Ferfera, saxophone ténor, karkabou (piste 7)
Julian Caétano, piano
Zacharie Abraham, contrebasse
Invités :
Julianis Negrit, Ka maké (pistes 2 et 7), Ka boula (piste 8), congas, percussions (piste 3), bouladjel (piste 8)
Fred Louisor, paroles (piste 5)
Marie Céline Hanquez, chant (piste 8)
« Etat d’âme est plus qu’un album, c’est une partie de mon histoire, le miroir de ce que je suis devenu ». Kristof Negrit, né au sein d’une famille musicienne, épouse une batterie à l’âge de onze ans. Diplômé de la Fédération Nationale des Ecoles d’Influence Jazz et Musiques Actuelles en 2010 et médaillé d’or du Conservatoire de Jazz de Tourcoing en 2012, aujourd’hui installé à Paris, il se produit dans nombre de festivals et scènes parisiennes avec son projet Kristof Negrit Experiment. Il se présente lui-même « musicien batteur guadeloupéen », affirmant ainsi le plein héritage de ses influences, le kompa d’Haïti, le zouk de Guadeloupe qui ont façonné sa sensibilité musicale première. Ses compositions originales portent cette rencontre entre les timbres des saxophone, piano, contrebasse, voix, et les puissances telluriques des tambours ka de Guadeloupe, une voie féconde pour le jazz explorée notamment par David Murray (David Murray & the GwoKa Masters, 2004). Sa musique est fréquemment définie relevant d’un jazz caribéen, ce qui signifie qu’elle s’inscrit totalement dans « l’esprit du Jazz [qui] permet la connexion naturelle avec toutes les musiques sud-américaines, caraïbes et africaines » (David Murray).
Les musiciens afro américains, brésiliens, cubains, guadeloupéens ou états-uniens partagent une histoire commune, celle de communautés humaines broyées par le système d’exploitation esclavagiste, dans les plantations ou habitations du « Nouveau-Monde ». Le jazz comme transcendance de ce passé collectif est « une musique de gens qui s’affirment dans leur identité de couleur, de provenance, leur passé […] le jazz est une protestation contre le manque de liberté », affirmait Aimé Césaire au congrès mondial des intellectuels pour la paix en 1948. Si le système esclavagiste a étouffé le chant de l’Afrique, sa trace est bien vivante, surgissante dans la force de percussion des tambours ka, dans le souffle du bouladjel guadeloupéen et toutes les créations artistiques, danse, peinture, littérature, etc.
Entre les mains, un Cd superbe, dessiné par Dimitri Zegboro et Kaitline de Almeida pour les couleurs lumineuses, affichant le programme sur fond de chaînes brisées. Chacun des huit titres est une invitation au voyage, une palette d’émotions, à commencer par cet ‟Etat d’âmeˮ qui ouvre l’album. Un état d’âme teinté de nostalgie, côte à côte piano et saxophone, préparant le surgissement formidable du ka imposant son tempo sur ‟Pani on sèl chiminˮ. C’est la démonstration en effet que les voies du jazz sont multiples, le tambour ka ici vient enrichir la palette sonore des piano basse batterie en variations, conversations d’où s’évadent les battements du tambour maké sur fond de boucle saxophone, envoûtant !
Par François Laroulandie
Nouvel album : Etat d’âme de Kristof Negrit, sorti le 13 mars 2026 chez KRibean / Inouïe Distribution,
et en concert :
Le 10 avril à Paris au Studio de l’Ermitage
Puis :
Mercredi 28 octobre à Toulouse – Le Taquin Jazz Club
Vendredi 30 octobre à Carcassonne – Le Croco Bleu Jazz Club





















