Soirée Jazz Magazine au Rocher de Palmer – Le 21 mars 2026
La soirée commence par une conférence de Fred Goaty qui nous présente 100 ans avec Miles Davis d’abord en zapping pour mémoriser, ça c’est une bonne idée, puis pendant une demi-heure la formidable volonté de Miles Davis d’être dans le présent, toujours.
La suite, c’est Jazz magazine qui raconte depuis 70 ans l’histoire et l’actualité du jazz, des jazz. Les couvertures avant-gardistes trouvent ici leur illustration grâce à de talentueux musiciens ce soir qui jouent des morceaux en adéquation avec les affiches défilant sur le grand écran en fond de scène et Raphael Imbert comme présentateur :

Raphael Imbert, sax, conteur
Hugh Coltman, voix
Marion Rampal, voix
Léna Aubert, contrebasse
Vincent Lafont, piano
Julie Saury, batterie
Ils commencent par L’Egyptian Fantasy de Sydney Bechet avec le sax gouleyant et raffiné de Raphael Imbert qui entre en scène avec la batterie martiale et pourtant délicate de Julie Saury. On est heureux, les rondeurs de Sydney Bechet sont parfaitement valorisées par Léna Aubert à la contrebasse et les accords vibrants de Vincent Lafont. Du swing, en veux-tu, en voilà, mais tendre, sucré, à faire fondre de plaisir le sax de Raphael Imbert. Les horloges ramollissent, on se love dans les fauteuils, Léna Aubert s’enroule avec précaution son contrebasse.
Dans la continuité au sujet de la douceur, une ballade pour la voix de Marion Rampal, profonde comme une confidence, un God bless the Child avec les paroles autobiographiques de Billy Holiday.
Le bel archet de Léna Aubert annonce l’intro scénographique du clavier de Vincent Lafont pour ce Brother can you spare a dime de Hal Jolson, Hugh Coltman y met son empreinte, voix swingueuse. Créer une musique joyeuse pendant la crise de 29, « Le jazz est une merveille de paradoxe » a écrit J.A.Rogers en 1925 nous rappelle Raphael Imbert : en effet ! Un exutoire, peut-être, exorcisant les temps modernes, c’est bien pour cela qu’on s’y accroche. Raphael Imbert fait vibrionner son sax, le piano prend le relais tout aussi festif avec montées chromatiques et accords joyeux.
Duo réussi pour ce If you were mine, les voix des deux chanteurs se lient, un rythme en balancier pour les histoires d’amour charmante.
Ils poursuivent avec un medley : la poésie de Joni Mitchell résonne dans la voix de Marion Rampal qui s’accompagne discrètement avec sa guitare. La batterie et la contrebasse battent finement la mesure comme un rideau de pluie aussi vif qu’imperceptible, quelques accords suffisent pour mettre en valeur une voix à la présence forte et délicate à la fois. Jolie traversée. Les archets respectifs de Marion et Léna fabriquent un monde onirique, Hugh Coltman chante à la suite The Arrangement, accompagné par un chant sensible du sax de Raphael Imbert ; piano et batterie les entourent avec une infinie délicatesse… Un moment suspendu.
Les couvertures de Jazz Magazine défilent sur l’écran au fond de la scène, illustrées pour certaines par les morceaux choisis.
Une composition de Duke Ellington tout en jets de musique, The beautiful American, fragmentée et pourtant fluide, faut être doué !… Le piano de Vincent Lafont suit les circonvolutions du sax de Raphael Imbert, accords plaqués pour maintenir un swing en chamade, la batterie et la contrebasse habilement toniques. Le solo pulsé de Léna Aubert nous enchante, la batterie de Julie Saury ferruge, rugit aux appels d’un sax en verve.
Marion Rampal nous offre avec la complicité de Hugh Coltman une chanson de son invention Remember the People, presque une complainte avec un piano particulièrement délicat, aux accords et aux notes feutrés.
Hugh Coltman, sensible, chante le Verlaine de Ferré mené par un piano tout en dentelle stylisée pour ce poème de la nostalgie et de l’espoir L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable.
Pour finir, Archie Shepp, en miroir avec Jazz Magazine revendicateur, revue politique, Attica Blues, un blues ethnique, engagé à en entendre le sax, la batterie et la contrebasse groovante avec un piano tout en pulsion.
Belle célébration.
Par Anne Maurellet, photos David Bert
Galerie photos par David Bert







































