Free Jazz For The People



PAUL WACRENIER : Direction, composition, piano, vibraphone / FANNY MENEGOZ : Flûte, Chant / SARAH COLOMB : Violon / XAVIER BORNENS, LEO JEANNET : Trompettes / ARNAUDSACASE : Sax Alto / JEAN-FRANCOIS PETITJEAN : Sax Ténor / JON VICUNA : Sax Baryton / VICTOR AUBERT, BLAISECHEVALIER : Contrebasse / MAURO BASILIO : Violoncelle / BENOIST RAFFIN : Batterie / SVEN CLERX : Percussions
Invité : SYLVAIN KASSAP : Clarinette, Clarinette Basse


Double CD’s rempli raz bord de joyeuseté, bonne humeur, motivation, sensibilité, réflexion et explosion (après implosion) que se partagent, ou plutôt que multiplient 13 musiciens (plus 1) mieux que menés : emmenés par le génie de Paul Wacrenier qui n’en finit pas de nous ravir pendant les deux faces de cet enregistrement.
Multi-instrumentiste, musicien complet (comme le bon pain) et engagé (parfois enragé), Paul Wacrenier s’est nourri d' »avant-garde jazz » et de Geat Black Music. Par un jeu percussif et néanmoins mélodique, il explore pulsation, swing, harmonie, dissonances, mystère , avec une sincère passion. La justesse et la profondeur, dans son toucher et son intuition créative, lui viennent de sa fréquentation de formations de musique classique contemporaine et de musiques traditionnelles (bretonne, africaines). Il compose et improvise pour des orchestres à géométries diverses, il est aussi fréquemment invité pour des collaborations parallèles, et il a été embauché par Alexandre Pierrepont pour la deuxième génération de son magnifique projet transAtlantique (toujours en cours) : « The Bridge » qui réunit ce qui se fait de plus remarquable sur la scène Free Jazz française et  Chicagoan. Lequel Alexandre se fend de quelques très belles liner notes…
Le Healing Orchestra s’apparente au « Worshop de C.Mingus », au « Liberation Music Orchestra », voire à certaines orchestrations de C.Bley sur les drames d’A.Pinter, comme bases de départ. Ensuite, la synergie entre les dimensions individuelles forme le son collectif, qui ne cherche qu’à déborder et enrichir le cadre initial d’écriture, jusqu’à se passer de directeur en concert ! Le Healing O. fonctionne dans et par une démarche politique affirmée exprimée en démocratie musicale dont la portée politique est évidente, rappelant s’il en fallait, « que le Free Jazz est un appel à chacun à prendre sa liberté… « 
A.Pierrepont de déclarer :  » Veiller à ce que cela déborde, toujours prendre soin du débordement. Ménager l’instabilité, ne rien domestiquer mais s’outrepasser, s’ensauvager… la beauté de la forme est dans ses transformations, mettant en rapport l’intention et l’excès sans s’en laisser conter par les logiques structurelles. Le Healing O. déploie ses forces dans le seul horizon politiquement possible : l’horizon révolutionnaire ! Engagement farouche et féroce, surface soyeuse, masses tournoyantes, tourmentes voluptueuses. Chaosmos. »
Le 1er disque ouvre sur l' »Article 35 de l’an 1″(1993, jamais appliqué) : nous sommes en plein débordement, dès les 1ères notes ! Intro en forme de chorus de ténor exacerbé sur fond de riff groovy, l’orchestre s’ébroue et se teste, le piano prend le relais, échevelé. D’autres riffs viennent se mêler au 1er, entrelacs de formes rebondissantes, pas une qui ne déborde du cadre, puis s’assagie un instant avant de s’échapper afin de ne pas se laisser cerner par la répétition, le connu, l’attendu, surtout ne pas se laisser enfermer par les gens, les choses, les idées. Rester au plus serré du principe, de l’origine, de la finalité du Free Jazz, cette musique qui n’a d’autre exigence que la liberté ! C’est ainsi que la « musique s’élève comme une clameur, qui ne se taira plus.
Des riffs en forme de morceau, des morceaux en forme du tout, des mélodies apparaissent furtivement avant de se fondre dans le courant où dégouline l’orchestre qui est la somme de tous les instruments, et un autre instrument par lui-même, prenant ses propres décisions d’interventions inopinées, de support, de contre-point, de chorus global, de silence, de furie et d’harmonie.
Un son d’alto à »à la J.McLean », le son de la contrebasse s’épaissit, les baguettes tricotent, fines, ça s’appelle : « Battling Soul of C.M. ». La basse s’installe en ‘walking’ martelé, bientôt pressé, presque trébuchant sur le flot de notes qui débordent de l’instrument qui n’en peut plus de les contenir toutes .
Une note, venue du fin fond d’un bout de riff, elle enfle, les instruments se cognent dessus, passent par derrière pour en faire le tour, pendant que la note en appelle d’autres, elles se rejoignent, se prennent par la croche pour faire une ronde, un vieil air, de ceux qui se sont battus, pour des idées, de liberté, de fraternité, contre l’autorité usurpée et fascisante : « L’Estaca », du Catalan Lluis Llach. Un air … qui prend l’air, tout l’air, à lui tout seul, petite ritournelle, au début timide, puis grandit, grossit, déborde du rang comme une inondation intarissable…. et puis s’éloigne, porter la nouvelle, la force, l’ espoir et la lutte à d’autres oreilles.
Cette musique ne peut s’arrêter ainsi. Non, il suffit de passer le second disque, tout aussi beau, bon, fort … que je vous laisse découvrir !
Free Jazz for the People, pour le peuple uni, qui ne sera jamais vaincu  !
Enfin, il y a l’écrin de ce manifeste : une illustration dessinée sur 4 faces de la jaquette, en noir et couleurs, plus 4 autres pages intérieures, en couleur avec des textes. Du noir comme la terreur, comme la révolte, des couleurs comme la vie qui va, qui bat, comme les lendemains qui chanteront… Les mots, les couleurs, les notes vont dans le même sens : celui de la LIBERTÉ

Chez : LeFondeurDeSon
Par : Alain Fleche

%d blogueurs aiment cette page :