Rocher de Palmer – 13 juillet 2022

Theo Croker + Seed Ensemble

Troisième édition du festival « Sons d’Eté » organisé au Rocher de Palmer par Musiques de Nuit. Ouvrir le jazz supposé à tort réservé à une élite. Élargir le spectre musical, du jazz à la world musique, du jazz au hip-hop, tout en gardant un œil sur son histoire, tout cela en début d’été alors que la concurrence est vive, voilà le pari de l’organisation. En ce premier soir et au vu des réservations pour les trois autres il est loin d’être gagné alors que les affiches sont remarquables. Où est le public ? Ailleurs dans maintes manifestations gratuites de moindre qualité – ou pas – mais auxquelles il s’habitue vite, en terrasse au restaurant, en bord de mer, ou chez lui devant des séries ? Tout cela est bien dommage. On me pose souvent la question « Tu vas à Marciac ? » ; je verrai bien mais déjà, juste à côté de chez moi, il y a des concerts plus qu’intéressants alors commençons par eux !

Salle 650 plus que clairsemée donc, pourtant il y fait si bon, presque frais, alors que dehors ça tape encore. Au programme une découverte sur scène déjà connue sur disque, Theo Croker et une découverte totale pour moi avec le Seed Ensemble.

Theo Croker 4tet + 1

A Theo de démarrer, en quintet. Autour du trompettiste et chanteur genre spoken words, Mike King aux piano et claviers, Eric Wheeler à la contrebasse, Shekwoaga Ode à la batterie et un DJ aux machines. Ce qui me frappe de suite c’est l’utilisation d’instruments les plus classiques arrosés d’une sauce électro mesurée, de sons samplés habiles, ambiances urbaines, piaillements d’oiseaux, voix off. Groove très tenu du batteur époustouflant, sans esbroufe au tempo marqué par sa cymbale crash, dont il abuse parfois à mon goût, un piano volubile et inventif, une contrebasse marquée pour des mélodies claires reprises par le son medium velouté de la trompette. Une musique moderne disons hip-bop ou be-hop où culture urbaine et jazz (qui lui même en est une) se rejoignent autour d’un son très léché. Certes ça ne respire pas trop la gaîté mais le quartet+ une fois lancé est imparable Theo Croker affichant une sorte de désinvolture mais diablement efficace et précis trompette en main et bouche. Il n’utilise que très peu d’effets, pas de sourdine et jamais en démonstration ; son et ton justes. Il chante parfois façon slam ou plutôt spoken words. Un set très précis qui aurait mérité davantage de public pour faire monter la fièvre souterraine qui couvait.

Seed Ensemble

Au tour du Seed Ensemble, groupe venu d’Angleterre composé de dix musiciennes (4) et musiciens (6) ; aux commandes, c’est le moins qu’on puisse dire tant sa direction d’orchestre est rigide, la saxophoniste Cassie Kinoshi. Avec elle une tubiste, une trompettiste et une guitariste et un pianiste, un batteur, un bassiste, un saxophoniste ténor et soprano, un tromboniste et un autre trompettiste. Autant le dire tout de suite le projet est réellement intéressant, ambitieux musicalement mais nécessite encore du travail pour sa bonne mise en place. Les yeux rivés sur les partitions les musiciens déchiffrent, on aura même droit à un faux départ de morceaux et le tout manque donc de spontanéité et de liant. A leur décharge c’est leur premier concert en public et, si j’ai bien compris, certains musiciens sont nouveaux dans la formation, y jouant pour la première fois. Heureusement certains passages maîtrisés dévoilent le potentiel du groupe, des harmonies splendides, des chorus de qualité révélant des solistes remarquables comme le tout jeune saxophoniste. Leur musique est riche aux accents africains et caribéens et sonne de façon très originale alors encore un peu de travail qu’on puisse apprécier cette formation à sa juste valeur.

Par Philippe Desmond, photos David Bert

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