17 juin 2021- L’Inox Bordeaux – VEGA + KILOMETERS

L’Inox était quasiment complet ce jeudi, pour accueillir la neuvième session de ces Diluviennes auxquelles nous sommes si attachés. Après une mémorable soirée en octobre dernier, Pitakpi et Youpi Quartet étaient à l’affiche, il a donc fallu attendre huit mois pour que daigne s’ouvrir le lourd manteau du crépuscule covidien, délivrant ainsi ce lieu magique pour de nouvelles aventures. Organisateur de ces concerts, le Collectif Déluge, qui compte en ses rangs de sérieuses pointures, dont certaines déjà programmées ici-même, n’hésite pas à soutenir la jeune génération, en proposant aussi des groupes locaux. Ils viennent ainsi jouer leur répertoire, formé principalement de compositions. Et ce soir nous avons copieusement été servis, avec le V.E.G.A. Quintet, puis The Kilometers ! Deux solides formations, dont les membres nous sont familiers car très présents sur les diverses scènes régionales, et même jusqu’à Paris !

V.E.G.A Quintet

V.E.G.A. ouvre le bal ! A la fois étoile lointaine, qui scintille tel un clin d’œil permanent, ou coupé sport sixties qui vrombit, de lignes droites fébriles en courbes risquées, et peut-être plus encore, ce groupe fonctionne comme un vrai collectif. Même si les thèmes jaillissent d’inspirations individuelles, il n’y pas de leader, mais une complicité de chaque instant, dans le modelage commun de ces pièces, dont la finalité n’est jamais acquise, car remise en question chaque fois, par le mystère du live. Avec V.E.G.A., suivant l’humeur, le lieu, la saison, rien n’est jamais pareil, donc tout peut arriver ! Félix Robin (vibraphone, compositions), Paolo Chatet (trompette, compositions), Mathis Polack (saxophones, compositions), Louis Laville (contrebasse) et Nicolas Girardi (batterie), par ailleurs très actifs dans d’autres formations multiformes, sont les précieux alchimistes de la potion magique de V.E.G.A., un jazz vif et moderne, furtif, éphémère et passionné, qui est un aimant sonore, qui aime à être aimé, à la fois stylé et maquisard. Leur musique, singulière et captivante, ne cesse d’étonner, par la qualité d’écriture, non dénuée d’une certaine complexité, mise en danger à chaque coin de set, par le libertaire du jeu, certes bien maitrisé, mais souvent à la limite joueuse du lâcher prise, où les nœuds de cravate n’en mènent pas large face aux tennis mal lacés et aux chemises à fleurs. Les thèmes se bousculent et racontent d’aimables petites histoires personnelles qui pétillent de vie ! Au menu de ce banquet vivifiant, six dégustations – « Francette » et « Piwo » (Félix Robin), « Momo » et « Rue des Lices » (Paolo Chatet), « Shanti » et « Octopus 1000 » (Mathis Polack). Une valse délicieuse où se mêlent parfums de vécu et secrets ingrédients certifiés bio, et, au final, un grand plaisir de retrouver cette ardente équipe d’arpenteurs, so « new jazz », inoxydable, donc Inox compatible !

The Kilometers

Changement de style, mais pas de ferveur avec The Kilometers, groupe mené par Jean-Loup Siaut (Guitare, compositions), l’un des guitaristes les plus pointus du moment, qui fourmille d’idées, et aime le funk, la soul, le jazz, qui le lui rendent bien ! Son inspiration ne s’arrête pas là, parlez-lui par exemple de Jimi Hendrix, de Jeff Beck, de Led Zeppelin, d’Eddie Hazel ou même d’Angelo, vous allez voir ses yeux s’illuminer. Tout comme ceux de son camarade Robin Magord (Hammond, compositions), très affuté et prisé claviériste du cru, quand on évoque d’autres noms. Car d’un abord calme et réservé, méfiez-vous, à l’intérieur, ça bouillonne, d’autant qu’il est un grand disciple de Herbie Hancock, de Terrace Martin et de Kendrick Lamar, pas mal ! Sachez que The Kilometers, c’est aussi le grand Shob à la basse, par ailleurs leader des formations Shob and friends et Evidence jazz/funk, irrésistibles machines à décrisper les gambettes, un vrai maestro du groove, sachant à la fois allier les sons funky les plus actuels et la saveur de lignes vintage toujours ensorcelantes. Et pour asseoir ces vives turbulences, quoi de mieux que le redoutable pacte percussif qu’ont signé Didier Bassan (batterie) et Jean-Marc Pierna (percussions), indispensables maitres ès tempo, qui poussent l’aiguille de ce funk brûlant dans la zone rouge ! Avec un tel combo, il est clair que l’accueillant Inox ne pouvait pas rouiller, mais allait plutôt se prendre une belle raclée revigorante, ce qui fut grandement le cas, et lui fouetta l’échine ! A chaque fois, les thèmes envahissent l’espace, en pilotage jamais automatique, défiant l’équilibre, comme sur un dancefloor cosmique, en mode move your body ! Certains de ces morceaux rendent hommage aux princes du style, on a souvent parlé des Meters, vu leur nom, mais il y a aussi Lettuce, l’un des groupes fétiches des « Kilos », avec le titre « Salade » qui a ouvert le set en trombe, ou encore « Nigel ». D’autres thèmes nous ont tout autant scotchés comme « Smoothie », le très touchant « Odyssée », « Balade », ou alors le décollage groovy en « Astronef ». Les chorus fusent de toutes parts et tranchent à vif les entrailles de l’Inox, qui en redemande. La fête finira dans l’hyper speed de « Crafty », suivi du très Big Apple « Time Square », dont on sentait pourtant, par les accords et sonorités des claviers assez new style, qu’il s’était peut-être déplacé dans quelques quartiers hype de Los Angeles, non loin d’accueillantes « terraces » ! Furieux concert ! C’était to be intergalactic or not to be ! Attention, notez que le groupe travaille à son nouvel album, ce serait pour bientôt, alors stay tuned comme on dit ! Mention spéciale au superbe son que sait toujours nous concocter Nicolas Cerezuelle, qui a lui aussi fait de cette soirée une réussite, sachant idéalement s’adapter aux attentes de ces deux turbulentes formations.

Julien Dubois

En maître des lieux, Julien Dubois a comme à chaque fois mené la cérémonie avec tact et humour, et un amour évident pour tous ces musiciens qu’il a participé à former, c’est aussi ça sa marque. Coup de chapeau donc à l’organisation, on n’oubliera pas la main forte prêtée par Emeline Marcon, et la remercions de sa déclaration en faveur des intermittents, en introduction de concert. Cette chronique est dédiée à Julien Dubois, car il nous quitte pour aller enseigner à Paris, après 14 années passées au Conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux.  Nous le reverrons au sein du JarDin, en concert le 23 juillet au Sunset à Paris et le 24 au festival jazz à Melle, ou de l’Orchid, impressionnant big band diluvien, récemment en concert au Théâtre de la Pergola, puis au Rocher de Palmer. Rendez-vous le jeudi 23 septembre à l’Inox, ce sera la 10ème édition des Diluviennes. Un grand merci enfin à Solange Lemoine pour ses très belles photos, qui sont un superbe témoignage de cette soirée, ainsi qu’à tous ces magnifiques musiciens, et à toute l’équipe de Deluge.

Texte Dom Imonk, photos Solange Lemoine

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A noter que les trois sont également présents sur Instagram !

GALERIE PHOTOS :

Félix Robin
Mathis Polack
Paolo Chatet
Louis Laville
Nicolas Girardi
Jean-Loup Siaut
Robin Magord
Shob
Jean-Marc Pierna
Didier Bassan
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