Eric Legnini trio, jazz au Palais, Royan, 7 mars 2026

Eric Legnini, piano
Thomas Bramerie, contrebasse
Rocky Gresset, guitare
Un démarrage soft, une promenade tranquille partagée par le trio, au swing délicat et à la mélancolie charmante. Eric Legnini l’enlumine progressivement, Rocky Gresset s’y incruste tout en agilité dans ce Doo we Doo.
Eric Legnini semble à la recherche d’harmoniques chantantes, d’une certaine harmonie, que les mélodies gardent leur saveur, qu’on les savoure donc. Breakfast at dawn, c’est un voyage qui privilégie le temps de l’observation heureuse du monde. Rocky Gresset en surfe aisément sur sa guitare.
L’accord des trois est parfait, et ce morceau emprunté à Oscar Peterson flirte avec le jazz manouche au swing aérien, la guitare de Rocky Gresset enlève la partie jusqu’à ce qu’Eric Legnini lui emboîte le pas, tout aussi prolixe. La contrebasse très stylisée de Thomas Bramerie ne tarde pas à les rattraper.
Eric Legnini affectionne cette formation, celle plus ancienne du trio piano/guitare/contrebasse, de l’époque Oscar Peterson, Nat King Cole… Cela ne l’empêche d’aller vers Radiohead pour un Daydreaming. On réentend les mélodies valorisées par un jeu brillant mais modeste. Ici, une douce conversation à trois murmurante.
Eric commence en solo It could be happen to you par un tendre bruissement, accords et arpèges discrets, moment suspendu, pensées lointaines, un temps évanescent. Les notes s’enroulent sur elles-mêmes, balançant le swing, le faisant glisser d’une évocation vers une autre.
Au tour de la contrebasse fébrile de Thomas de répondre puis la guitare de s’élancer par cercles bondissants et légers.
Rocky Gresset nous enchante avec un son remarquable, orfèvre de sa guitare, une intro en pointillé pour magnifier le swing de La Mangueira, éloge de Jobim, le frôlant, une traversée brésilienne délicatement cahotante pendant que la main droite d’Eric Legnini batifole dans les aigus, sa dextérité au service d’une grande finesse, la guitare de Rocky Gresset en relief par endroits.
La guitare a quitté la terre, à moins que ce soit nous qui ayons lévité dans un éther soyeux, chaud. Les trois s’accordent pour ce movie effréné.
Par Anne Maurellet,
Photos Alain Hary























