Rocher de Palmer Cenon – 30 septembre 2021

Tom Ibarra : guitare
Jeff Mercadié : saxophone baryton
Lilian Mille : bugle et synthé
Noé Berne : basse et basse synthé
Auxane Cartigny : claviers
Tao Ehrlich : batterie

Nous avions laissé Tom, le « bébé » Action Jazz né dans l’éprouvette du Tremplin 2016 sur une note fraîche et pétillante avec l’album « Sparkling ». La nouvelle cuvée du jeune alchimiste de la 6 cordes nous livre une cuvée à l’assemblage plus complexe prénommée « Luma ».

Autodidacte surdoué, Tom fait très tôt de belles rencontres : Pierre Perchaud, Stéphane Guillaume, André Charlier, Benoit Sourisse et pléthore d’intervenants au CDM de Didier Lockwood. Très vite il partage la scène avec lui et d’autre noms prestigieux comme Marcus Miller au festival de Jazz de Saint Emilion en juillet 2016. Tom n’a alors que 17 ans ! Première partie de Earth Wind and Fire, Jamie Cullum, Lisa Simone… sur les plus grandes scènes européennes, il a décroché récemment le très prestigieux prix international Letter One Rising Stars Jazz Award. Habitué du salon des musiciens NAMM Show à Los Angeles, il y représente ses sponsors en participant à des showcases avec Hadrien Féraud ou encore Richard Bona.

La tournée du troisième album de Tom Ibarra passe donc inévitablement par le Rocher de Palmer… là où (presque) tout a commencé, dans le salon de musique, un écrin devenu trop petit pour cette pépite qui n’en finit pas de grandir.

Ben oui, car le son lui aussi a grandi : le groupe de potes est un vrai gang de six musicos désormais, avec une texture sonore et une exigence qui s’exprimerait mieux dans un espace moins « confiné ». 

Si vous avez lu la belle chronique du CD « Luma » de mon collègue Philippe Desmond, vous savez déjà que Tom a remanié son groupe ; les 5 jeunes musiciens qui le composent ont déjà du métier, une large palette technique et des choix sonores ambitieux. Le batteur Tao Ehrlich a récemment été vu aux côtés d’Erik Truffaz, par exemple.

Le parti pris électro néo analogique est revendiqué et tranche avec la douceur sucrée des années « Sparkling » ; toutes les compositions sonnent « gros » entre jazz et rock, sur un tapis de sons et de rythmes électroniques, avec des nappes de synthés vintage Moog et Prophet et des interventions pertinentes du sax ou du bugle, passablement trempés d’effets électrisants. Paraphrasant Philippe Desmond, l’électronique est là, certes mais les musiciens sont bien présents, elle est à leur service, en aucun cas ne les remplace. 

Le concert égrène les neuf compositions nouvelles qui alternent puissance et calme, énergie et sensibilité ; tout comme la pochette plus sombre et énigmatique, la cuvée « Luma » a une couleur sonore particulière.

 « Left Behind » débute le set en force et on ne peut s’empêcher de comparer cet incipit à une des références du genre, Snarky Puppy. Suit « Fickle heart » sur un mid tempo ; cela pose définitivement le débat. Tom est passé à autre chose, pétrissant en maître une autre texture sonore, tout en restant lui-même, mais différemment. La ballade « A bright spot in Hell » met en avant le travail d‘épure de ce nouveau projet, s’appropriant le fameux « Less is More » d’un certain Miles Davis. Jeff Mercadié est étonnant dans la conduite de la mélodie, servi par des effets ébouriffants, soufflant du sax baryton un son droit, direct, décochant chaque note comme un archet olympique. « Overcome » débute par un solo de batterie aussi inspiré que tonitruant. Tao drive ses toms avec une précision et un goût très surs, une maturité et une originalité rares. « Luma », lumineux titre éponyme de l’album fait retomber brièvement l’ambiance fiévreuse le temps d’une compo où la guitare n’est pas omniprésente.

Le sextet enchaîne « A dream’s shadown » et « Before we hit the ground », histoire de retomber sur terre après un voyage hypnotique dans des contrées inconnues, peut-être extrême orientales, voire extra-terrestres, aux limites du territoire des Jazz, allez savoir ? On apprécie au passage la performance de Lilian, bugle en main droite et clavier à la main gauche, rendant ainsi son cornet polyphonique. Auxane et Noé, plus discrets mais indispensables à l’habillage sonore à la fois ultra actuel et vintage sont mis en lumière par petites touches, une intro par-ci, un break par-là.

« Backlash » et « Home » clôturent le concert. Un clin d’œil peut-être, une belle coïncidence pour sûr, le Rocher de Palmer c’est sa maison !

En rappel, une version revisitée du titre « Sparkling » ; avec cette cure de jouvence stylistique, la jeunesse dynamise un peu plus le creuset qu’est le jazz. Les chorus de guitare qui s’enchaînent montrent que Tom et son groupe partent explorer le monde des possibles en quête d’un style, d’une veine typiquement Ibarrienne, ou peut-être pas !

Signe de maturité indéniable, à seulement 22 ans Tom et son groupe bouleversent déjà les codes. Leurs influences sont assumées mais le propos mélodique se pose, l’esthétique et la palette sonore s’affinent, l’énergie se canalise, Tom lui-même est un plus en retrait, au service du collectif… la marque des grands. 

Set list :

  • Left Behind
  • Fickle heart 
  • A bright spot in Hell 
  • Overcome 
  • Luma 
  • A dream’s shadown 
  • Before we hit the ground 
  • Backlash 
  • Home 

Rappel : Sparkling 

Vince pour les commentaires et David Bert pour les belles images

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