Baptiste Herbin – Minino Garay – Los Arregladores

5 étoiles
Baptiste Herbin : Saxophones alto et soprano, arrangements (6,7,9,11) compositions (6,7)
Minino Garay : Batterie, percussion, arrangements (2,3,8,12,13)
Leo Montana : Piano, arrangement (12)
Felipe Cabrera : Contrebasse, arrangements (3,8,11)
Invité : Patricio Tripa Bonfiglio : Bandonéon (5,13)
« Los Arregladores » : les arrangeurs est un hommage à ces créatifs qui, à partir d’une œuvre, ont le génie de l’amener ailleurs, différemment, pour la faire vivre à nouveau ! Ces artistes ci revisitent avec panache des chansons d’Amérique Latine dont la plupart des airs vont vous évoquer quelque chose et des standards de jazz.
Baptiste Herbin est un saxophoniste trentenaire qui a sorti son premier album en 2013 à 24 ans avec carrément André Ceccarelli (que l’on retrouvera sur le disque « Django » en 2024), Pierre de Bethman ou encore Sylvain Romano. Ce « coup d’essai » fut un coup de maître puisqu’il a été sélectionné aux Victoires du Jazz. D’autres suivront et en 2018 il obtient le très convoité Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz.
Minino Garay est un percussionniste et batteur originaire de Cordoba en Argentine, résidant à Paris de longue date. Il est très inspiré par les musiques d’Amérique Latine. Il a enregistré plus de 250 albums en jazz, world music et variété française et a joué avec beaucoup de grands musiciens.
Leonardo Montana est un pianiste très branché musiques afro-latines (dont Brésil et Caraïbes) et jazz, je l’ai encensé le mois dernier lors du concert du 12 mars à Arcachon avec le quartet d’Arnaud Dolmen (voir l’article sur actionjazz.fr)
Felipe Cabrera est un contrebassiste cubain incontournable qui a performé avec Gonzalo Rubalcaba (14 ans), Wayne Shorter ou Herbie Handcock.
Mes morceaux préférés :
« Evidence » de Thelonious Monk : Minino Garay entame aux percussions puis Baptiste Herbin le rejoint sur un rythme très serré, haché. Leonardo Montana scande vivement en frappant les notes, Felipe Cabrera ponctue de sa contrebasse avec de beaux reliefs. Le soprano est pétillant d’inventions, la batterie/percussion ravageuse. Plus que chez Monk, tous les instruments revendiquent leur place avec brio : un arrangement très réussi !
« Smile » de Charlie Chaplin : Entamée avec émotion au saxo par Baptiste, cette jolie ballade se met rapidement à balancer par le groove de la rythmique, Leo l’illumine d’un solo créatif et incisif !
« Spirits 15 » de Keith Jarrett (du double album solo de 1986 chez ECM avec superposition de flute et saxo sur le piano) : un de ces standards qui titille notre oreille avec un lent démarrage sur un motif répété comme on retrouve souvent chez Keith Jarrett, ici basse/percussion. Le piano et le saxo viennent s’exprimer en surimpression : magnifique !
« Llorando se fue » de Gonzalo et Ulises Hermosa : Nous partons sur un arrangement d’une chanson du folklore bolivien dont s’est inspirée « La Lambada », tube de 1989 sur lequel on a tous dansé, dans sa version brésilienne ! les variations fourmillent d’idées mélangeant accents jazzy où Baptiste et Leo se répondent et sonorités d’Amérique Latine où Felipe et Minino s’éclatent sur les ruptures de tempos : Brillant !
« Nica’s Dream » d’Horace Silver : le swing vif de l’original est amené ici en Argentine avec des tempos de tango qu’éclaire l’invité Patricio Tripa Bonfiglio au bandonéon, Baptiste lance joliment des sonorités plus jazzy sur un lit de percussion épatant !
« Malinche 2 » de Baptiste Herbin : Il nous entraine dans une « valse latin jazz » : le piano voltige oscillant d’un toucher velours à un toucher plus frappé, le soprano s’envole dans de jolis aigus, la rythmique festive magnifie le plaisir du jeu collectif.
« Night in Tunisia » de Dizzy Gillepsie : Arrangé par Baptiste Herbin, ce standard de 1942 de Bebop/Latin Jazz est amené vraiment très loin. La basse syncopée et le saxo très vif entrainent chacun et l’ensemble vers des prouesses individuelles et collectives réjouissantes : Super !
« Footprints » de Wayne Shorter : Minino régale avec une longue introduction, Baptiste attaque le thème au soprano, rejoint par Leo, les entrelacs piano/saxo et basse/batterie pétillent, agrémentés de savants chaloupés !
« Cien Años » un standard mexicain arrangé par Felipe et Baptiste est sublimé par le jeu subtil de Felipe Cabrera à la contrebasse.
« Black Narcissus » de Joe Henderson arrangé par Minino et Leo s’illumine par la créativité et le groove de Leo au piano, et la liberté d’improvisation de Baptiste au soprano.
Bref un album passionnant composé de nouvelles « revisites » brillantes et étonnantes de « standards » d’Amérique du Sud et du Nord à écouter sans plus attendre si ce n’est déjà fait (il est sorti le 16 janvier dernier) ! On peut en conclure que les « Arregladores » n’ont pas fini de nous régaler de leurs inventions !
Par Martine Omiécinski
Label Continuo Jazz sortie 16 Janvier 2026
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