Marmande, théâtre Comœdia, 14 octobre 2022

Le festival Jazz et Garonne arrive à son point culminant avec les deux soirées du vendredi et du samedi. Nous voilà au théâtre Comœdia de Marmande où nous attend une belle programmation, riche et très variée.

© photo Solange Lemoine

Brass Dance Orchestra

Ce vendredi c’est par une découverte que commence la soirée avec le Brass Dance Orchestra une formation insolite avec Didier Ithursarry à l’accordéon, Jean-Louis Pommier au trombone, Geoffroy Tamisier à la trompette et François Thuillier au tuba. Ces musiciens font partie de ceux qu’aucune frontière musicale n’arrête, ils se nourrissent de toutes les musiques et leur rendent bien ensuite. Quatre magnifiques solistes qui ensemble proposent d’évoquer à leur manière le temps des guinguettes, puisant dans les danses diverses leur inspiration et les interprétant avec leur patte. A cheval entre la musique légère des kiosques à musique et le jazz, ils nous promènent avec une réelle fantaisie de milonga argentin en danses des Balkans avec des crochets en Andalousie, au Pays Basque. Du blues, de la valse, tout est surprise dans leur musique. L’accordéon chante, la trompette scintille, le trombone chahute, le tuba ronronne ou nous parle, c’est une perpétuelle découverte qu’ils nous offrent, avec légèreté et virtuosité contenue. Une très jolie surprise !

© photo Philippe Marzat

Big Band du Conservatoire de Marmande

 Jean-Louis Pommier est là aussi pour autre chose, Eric Séva le directeur artistique du festival lui a donné une mission, travailler avec le tout jeune Big Band du Conservatoire de Marmande dirigé par Bruno Bielsa. C’est beau un big band. Celui-ci mêle en plus toutes les générations. Quelques pros sont venus renforcer l’orchestre où un joli nombre d’enfants est présent. Epaulés par leurs ainés et jean-Louis Pommier lui-même, de tout jeunes solistes viendront à tour de rôle sur le devant de la scène faire leur chorus avec des interventions courageuses et pleines de promesses. Et l’accueil du public (nombreux) ne peut que leur donner des ailes. Sûr qu’on les reverra l’an prochain avec un répertoire complet !

© photo Solange Lemoine

Eric Séva quintet « Frères de Songs »

Place au troisième concert du soir, on est vraiment gâté ! En avril dernier Eric Séva a créé ce projet en résidence au Rocher de Palmer qu’Action Jazz avait suivi. Un concert avait clôturé la semaine de travail. Eric est un créateur infatigable, un projet chasse l’autre, ne va-t-il pas sortir bientôt un album nommé Adéo où il a associé son trio jazz à un quatuor classique pas du tout classique dans sa composition justement. Ce soir il s’agit de bien autre chose, une création en quintet, quatre instrumentistes et un chanteur, Michael Robinson originaire de Chicago qui avait déjà travaillé avec Eric. Daniel Zimmermann est au trombone, Christophe Cravero aux claviers et Julie Saury à la batterie. Julie jouera aussi le lendemain au sein du Lady Quartet de Rhoda Scott. De nouvelles musiques, des titres instrumentaux d’Eric Séva existants pour lesquels Michael Robinson a écrit des textes, voilà un cocktail plein de blues, de groove et avec cette merveilleuse ballade « Canopée ». Un accord parfait entre le trombone et le sax baryton avec des effets wah-wah surprenants, le groove de la batterie et les harmonies et les basses de la main gauche au clavier, la voix haute et son grain particulier de Michael, tout est réuni pour un plaisir immédiat.

Une bien belle soirée, un public conquis, une grosse affluence les organisateurs et leur splendide équipe de bénévoles de l’association les Z’Arts de Garonne ont le sourire. Et demain ça se passera bien aussi, au vu des réservations.

Marmande, théâtre Comœdia, 15 octobre 2022

Succès visible pour le festival, le Théâtre Comœdia se remplit très tôt, il faut dire que l’affiche est attirante avec une légende du jazz présente ici ce soir.

© photo Philippe Marzat

Perrine Fifadji « Goutte d’eau »

Mais avant, Eric Séva a encore choisi l’originalité, la découverte. Conseillé par Patrick Duval un autre grand défricheur de la musique et directeur du Rocher de Palmer, il a programmé un groupe original. Perrine Fifadji au chant, Rija Randrianivosoa à la guitare, Ersoj Kazimov aux percussions et Grégoire Catelin au violoncelle. Equipage insolite aussi bien dans les instruments que dans les origines des musiciens : le Bénin et le Congo Brazzaville, Madagascar, la Macédoine et bien sûr la France – et la musique – en dénominateur commun. Les amateurs d’étiquettes parlerons de musique du Monde mais le jazz n’est jamais loin tant les improvisations sont présentes. Perrine c’est une voix, profonde, forte, pénétrante ; Perrine c’est un physique toujours en mouvement, qui danse, qui ondule, elle est remarquable. C’est aussi un personnage sensible et enjoué qui sait jouer avec le public, sans trop en faire. Musicalement c’est un voyage permanent de l’Afrique aux Balkans. Trois musiciens magnifiques avec ce son de guitare naturel et clair, ces percussions ciselées, ce violoncelle qui enrobe le tout. Une réelle surprise et une ovation finale d’un public debout qui en redemande.

© photo Alain Pelletier

Rhoda Scott Lady Quartet

Quand elles arrivent sur scène annoncées par Eric Séva, c’est déjà gagné. Une ovation les accueille car Rhoda Scott la légendaire organiste est là devant nous, sa notoriété toujours intacte auprès du grand public depuis le temps qu’elle offre sa musique. Les amateurs de jazz accueillent aussi avec ferveur ses trois partenaires, pensez-donc, Sophie Alour au sax ténor, Lisa Cat-Berro au sax alto et Julie Saury à la batterie, la fine fleur du jazz français tous genres confondus. Et c’est parti pour une heure trente de pur bonheur, un jazz plein d’énergie mais aussi d’émotion comme cette reprise de Charles trenet « Que reste t-il de nos amour » magnifié par Sophie. Ca swingue, ça balance, ça groove, Rhoda sourire accroché au visage en permanence prend visiblement un plaisir intact ; l’orgue lui fait oublier les années, ses doigts volent, son pied gauche virevolte d’une pédale de basse à l’autre, son pied droit accélère, ralentit ; deux cabines Leslie sont nécessaires pour faire tourner tout cela. On a aussi la chance d’avoir sur scènes deux magnifiques saxophonistes qui dialoguent, s’unissent, se questionnent, se répondent. Julie balise tout cela de son drumming précis et bourré de groove. Et Rhoda, quel humour dans ses interventions, discrètement salace même à la fin, une éternelle jeune femme sur scène dans sa veste lamée (Ne ratez pas l’interview de ces dames dans la Gazette Bleue). Plaisir pur de la musique pour ceux qui les découvrent et ceux qui, comme moi, ne s’en lassent pas, je dirais même au contraire. Et après une telle prestation Rhoda ira quand-même à la rencontre de son public, souriante et disponible ; pas une diva, une divine.

Deux soirée magiques dans ce beau théâtre, remercions aussi les techniciens qui très à l’écoute des artistes ont fait du beau travail. Et un grand merci encore à Eric, Myriam et toute la très sympathique équipe des Z’Arts de Garonne pour leur accueil. D’ailleurs on reviendra !

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier, Solange Lemoine et Philippe Marzat

© photo Solange Lemoine

Église de Fourques-sur-Garonne, 16 octobre 2022

Francesco Bearzatti & Federico Casagrande

Le soleil luit encore et filtre au travers les feuillages, au-dessus du canal, à Fourques-sur-Garonne.
Déjà, l’automne est là sur les bords du canal et les feuilles tombées des grands arbres se laissent porter par les eaux vertes…
Que c’est beau…
Et bien voila ! C’est un peu l’état d’esprit dans lequel j’étais en écoutant, dans la petite église de Fourques-sur-Garonne, le duo composé de Francesco Bearzatti et de Federico Casagrande, alors que les derniers rayons de soleil éclairaient les vitraux. 
Que c’est beau…
L’église de Fourques était pleine. Les gens étaient venus nombreux, d’un peu partout, pour voir et entendre ce duo magique. Autour d’une mélodie, le sax poussait ses plaintes de désespoir avec des « cris dans la tête ». Les doigts agiles de Federico glissaient sur les cordes, soutenant la puissance maitrisée de ceux de Francesco.
Les longues plaintes de ces cris frappaient les voûtes de pierre blanche pour nous percer l’âme.
Que c’est beau…
C’était comme un rêve, une bulle de savon qui poursuivait son voyage aléatoire rendant un hommage à Felini. Tout un univers. Puis, sans s’en rendre vraiment compte nous voilà dans la savane écrasée du soleil d’Afrique où, venus de nulle part, les enfants nous arrivent, et de larges sourires aux visages nous apprivoisent. 
Et aux risques de me répéter…
Que c’est beau…
A force de voyager dans ces songes suggérés par les mélodies de Francesco Bearzatti et Federico Casagrandre, nous voici déjà loin dans la soirée et les derniers morceaux de musique arrivent. Laissons-nous envahir une dernière fois. Une dernière fois ? Ben non !
Les applaudissements et les bravos rebondissent sur les vieilles pierres de la petite église.
Aller ! Un dernier rappel avec au fond du coeur ce mélange de fin de concert et festival qui se termine ici. 
« Jazz & Garonne 2022 » proposé par « les Arts de Garonne » est fini. Cela se termine avec à l’âme un doux mélange de bonheur et de bien-être d’avoir retrouvé les chansons perdues. Mais voilà ! C’était cela le titre du concert: « Lost Songs ».
Il nous faut partir… Mais alors!
Que c’était beau…

par Philippe Marzat, photos Solange Lemoine

Galerie photos

par Alain Pelletier, Solange Lemoine et Philippe Marzat

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