Adrien Moignard quartet – Jazz au Palais à Royan

JM Boursier@fotogriff

Adrien  Moignard, guitare
Julien Cattiaux, guitare
Benji Winterstein, guitare
Fabricio Nicolas-Garcia, contrebasse

L’évasion est immédiate, quelques accords, et la guitare d’Adrien Moignard prend de délicieux méandres ; vous devez ralentir, savourer pendant que les autres compères sont là pour nous y inviter . La guitare d’Adrien caracole, le musicien prend  de nombreux sentiers légers qui sentent bon un printemps chaleureux. Insensiblement de Django Reinhardt, il faut que le son coule doucement dans vos oreilles, un miel. Conter fleurette, dit-on.

Puisque nous avons gambadé dans la nature, voici un tango tout aussi enjoué, composé par Adrien adressé à Angelo Debarre. Attention, ça virevolte vraiment, les doigts d’Adrien courent sur sa guitare. La contrebasse de Fabricio Nicolas-Garcia attrape le pas  au vol, nerveux et tendre à la fois, les sons s’entremêlent et dansent à l’envi. 

On est vite passés aux journées d’été où l’air saturé de chaleur invente à l’oisiveté le thème musical composé par Claude Bolling du film Le Gitan, un pied qui tape le swing constamment tout de même. Sirotez ce que vous voulez, mais sirotez !

C’est une dentelle infinie qui ne cesse d’être cousue, à tout petits points précipités, multiples, aussi serrés qu’ils puissent se juxtaposer autant dire que de l’agilité, il en faut, et il y en a. Les deux autres guitaristes Julien Cattiaux et Benji Winterstein l’accompagnent fidèlement pour que la traversée soit assurée et collective à l’esprit manouche. 

Ils nous entraînent dans une belle ballade/balade de Babik Reinhardt (fils de), les deux termes peuvent se confondre ici en Miroir, joli thème aux épanchements nostalgiques, rêverie aux réminiscences abyssales que les accélérations et les ralentis gracieux d’Adrien Moignard mettent en valeur ; fermez à demi les yeux, c’est encore mieux.  

Une contrebasse et une guitare pour ce Blues déclaré for Royan pour dialoguer en festoyant. Adrien glisse sur le manche de sa guitare pour qu’elle gémisse un peu et sourie. C’est à la contrebasse de Fabricio Nicolas-Garcia de se manifester, une discussion animée, pleine de vivacité. 

Ils semblent heureux sur scène, nous aussi, c’est contaminant. On pense à un mât de cocagne où s’enroulent des centaines de rubans colorés dans la brise. Les musiciens se taquinent sur scène en jouant, complicité du groupe dans l’esprit gitan. 

Un solo de contrebasse de grande sensibilité suit, aigus et graves en partita, de douces révoltes, un lieu de méditation que le son appelle.

L’art d’Adrien Moignard, c’est de balancer les cordes pour qu’elles frémissent, susurrent, jouent, caressent, émeuvent, brillent, selon. Bien vu pour cette Valse d’Augustine de Vladimir Cosma dans le film Le Château de ma mère qui se met peu à peu à tournoyer, appelant le passé, le souvenir, l’enfance.

Les trois guitaristes et la contrebasse et bien sûr les envolées font le larron, les larrons, parce qu’ils n’oublient pas de s’amuser, sacrés galopins, sacrés musiciens !

Quant à la langueur, elle apporte des délices sucrées, salées comme on veut mais on goûte, on déguste, on se délecte dans les Nuages de Django Reinhardt.

La musique aujourd’hui est notre unique consolation : nostalgie, espoir, rêves, sentiments restent possibles.

Par Anne Maurellet,
photos JM Boursier

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