Hors temps


Edward Perraud compositions batterie
Arnault Cuisinier contrebasse
Bruno Angelini piano
Invité Érik Truffaz pour Flower of skin et Neguentropie

En voyant le nom d’Edward Perraud sur la pochette, comme disent les enfants : « J’ai gardé le meilleur pour la fin ». J’avais en effet fortement apprécié sa présence musicale quand j’ai eu l’honneur de l’accueillir au conservatoire pour une session d’ateliers-jazz, et tout aussi bien quand je l’avais entendu impétueux fougueux, aux expérimentations bizarres et pertinentes au sein du trio Das Kapital « J’ai gardé ce HORS TEMPS pour la fin »

Que dire de plus
lorsque la musique se goûte de bout en bout,
lorsqu’elle transporte, lorsqu’elle touche,
lorsqu’elle fait aussi bien frissonner que chaud au cœur,
lorsque chaque personne du trio donne de sa présence puissante, inventive, aussi bien
qu’attentive douce, magique et joueuse,
lorsque les trois musiciens sont en connivence à chaque instant et déploient ce merveilleux tissage de sonorités, brodé avec le timbre de la trompette par deux fois,
L’ESPRIT, LE CŒUR, LE PLAISIR SONT LA.
Puis lorsqu’on lit le texte de présentation, après écoute, l’œuvre se révèle complète…

HORS TEMPS est un vrai Album, joué par un merveilleux TRIO + invité

Ce TRIO possède le savoir-faire du jazz : accompagner et « solister » : à trois ils arrivent à être six et à quatre, huit.

Le piano de Bruno Angelini, monodique, à peine harmonique une des trois voix, nous met en joie par son jeu au toucher précis et charnel, jeu de galets polis dans la cascade, de coquillages dans le bâton de pluie,
Les timbres des instruments aux couleurs originales, parfois électroacoustiques de la batterie complexe, bondissante, souvent jouée à la main ou autres mailloches d’Edward Perraud, conduisent, soutiennent, soulignent et chantent chaque instant.
Et la contrebasse à l’archet vrirevoltante aussi bien que solide et enveloppante en pizz de Arnault Cuisinier, fonde l’espace, proposant une souplesse de tigre.
La soie de la voix de trompette d’Érik Truffaz et sa pointe de Miles, nous suspend à la fluidité de son souffle.

Le texte est magnifiquement servi et l’improvisation toujours ardente et subtile.
On pourrait parler d’une parenté d’avec les sonorités de E. Pieranunzi, Daniel Humair, JF Jenny Clarke et Paolo Fresu…
On imaginerait, pour que l’album soit plus remarqué, une pochette affirmant un peu plus le lotus en fleur sur le bitume : signe de respiration, de beauté révélée malgré..ou bien de fleur du mal ?

HORS TEMPS est un vrai Album, et tout a fait originales sont les compositions d’Edward Perraud …

Décrire les sensations à chaque pièce serait trop personnel, décrire la composition serait didactique et fastidieux : il suffit de lire la partition, décrire n’est pas le but d’un enregistrement…je dirai un mot sur mes pièces préférées bien qu’elles le soient toutes.

CHIEN LUNE danse insolite et délicate sauvage sous la lune se reflétant à la surface de l’étang, tissu d’arpèges, pirouettants, bouillonnants, langueur slave, cymbales feuilles d’orage, tension et relances idéales, demie–cadence sur des accords plaqués au fort impact.

HORS PISTES comme HORS SOL d’ailleurs, ont une filiation JS Bach pour la composition, sur une rythmique afro-pertinente, quelques accords souples émouvants, beau phrasé du piano out, en nuances ; la batterie sonne d’objets ajoutés et dans une improvisation de froissements d’éclats claque une tôle-orage ; un chorus de basse en envolée à la Dave Holland puis l’archet se met en jeu très oriental et arraché. Torrentielles roulades dans les prés de la liberté, envolée d’amoureux égayés.


NEGUENTROPIE bel hommage à la voix d’un homme qui a pensé et cherché à ouvrir des voies, requiem délicat et fougueux, les basses se relaient dialoguent, cadences classiques évoquant Schumann ou Chopin par fragments, souffles et incertitudes, nocturne étoilé, voix voix voix en trames électroacoustiques suspendues qui s’éloignent puis la dynamique pressée et subtile reprend, quelques sonorités de basse à la Charlie Haden, trompette à plein Miles très intérieure.
EDUKATION morceau plein d’esprit, étirer le temps pourtant bien répétitif, amusantes petites projections de cailloux dans la mare, arrivée du caïd bien binaire, qui intrigue et auquel on échappe avec toute la saveur de l’humour. Très beau piano monkien, funky très personnel, modes de jeu contemporain exploitant toutes les capacités de l’instrument dans le désir d’extraire la musique du moindre « bout de bois ».

Bravo à Maïkôl Seminatore et à son équipe pour l’enregistrement.

Donc à vos oreilles oreillantes pour cette rassérénante ouverture sur d’autres espaces HORS TEMPS.

On ne peut que désirer être charmé à nouveau, écouter, réécouter, écouter encore et faire partager cette évidence de la Musique, cette simplicité poétique fortement construite proche de celle de Baudelaire, HORS TEMPS est un album réussi en cela aussi.

Ces trois musiciens et leur invité possèdent un savoir-faire très profond dont on sait qu’il est galvanisé par la présence habituelle du public. L’air de rien il maîtrisent tout !

Vivement les concerts de ce TRIO magnifique et son HORS-TEMPS
Lorsqu’on aime on le crie sur tous les toits.

 Anne-Gabriel Debaecker

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