The Black Days Session #1 

[COUP DE GROOVE] Une basse électrique et un groove marque de fabrique : Daniel Roméo est entré en studio, et en est sorti avec « The Black Days Session #1 », un nouveau projet aux côtés des fers de lance du jazz actuel.

Ce disque se sera fait attendre, mais il faut dire que Daniel Roméo est un homme très occupé. Aux côtés de Bernard Lavillers depuis plusieurs années, cet originaire de Charleroi partage aussi son temps en tant que dénicheur de talent dans son studio d’enregistrement (ayant accueilli en partie le premier disque de Ben l’Oncle Soul), et dans The Voice Belgique en tant que directeur musical. Un agenda chargé donc, mais dans lequel il a trouvé le temps pour s’adonner à un projet personnel. Une décision bien réfléchie, sur laquelle il est revenu dans l’émission « Jazz » de Philippe Baron sur Musiq3 : « J’ai mis des années à me dire maintenant c’est le bon moment ».

Le temps il l’a pris, et le résultat est épatant. Le premier morceau « The Black Days » lance le début d’une connexion musicale, avec une ligne de basse en fond permettant aux autres musiciens de s’installer, avant de laisser place à la voix de Santa Marmoro dans « On the Edge », deuxième titre plus sombre, et synonyme d’un changement d’ambiance que l’on retrouve dans les onze morc16eaux du disque. Du lounge dégagé par l’intriguant « When You Reveal Yourself », on prend aussi le temps de quitter notre début de décennie pour les seventies au rythme du saxophone signé Christophe Panzani dans « Fat Cat ». Partagé entre des sonorités obscureset des lueurs mêlant jazz et funk, l’album est un exemple d’éclectisme musical propre au musicien belge, ayant travaillé par le passé aux côtés de DJ Cam et Guru de Gang Starr.

 « The Black Days Session #1 » découle d’une « période noire comme il en existe dans la vie », résultat d’un enregistrement réalisé en quatre jours. Un pied dans le spleen, l’autre dans le groove, la recherche de sonorités permanente nous permet de varier les goûts et les couleurs, auprès d’un éventail d’instruments regroupant entre sept et douze musiciens sur un morceau, de Eric Legnini à Arnaud Renaville. Une rencontre entre musiciens, accompagnée d’hommages à ceux sans qui ce projet aurait sonné différemment. Daniel Roméo dédie un brin de cet album à son plus grand fils, dans deux versions de « Vincent », mais aussi au tromboniste Alain Palizeul dans l’entraînant « Pali » et à l’illustre Toots Thielmans, tous deux disparus pendant la préparation de ce projet enveloppé de belles pensées.

Après des années en sideman, Daniel Roméo prend les devants pour nous emmener dans sa musique : une note bleue au milieu des jours noirs qui vaut la peine d’être écoutée.

Corentin MARATRAT

(2020 CQFD/CDZ Music)

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