Christophe Leloil « Sighting Ensemble », feat Rob Clearfield

Christophe LELOIL / Trompette, bugle
Maud FOURMANOIR/ Flûte, flûte alto
Laetitia PONT / Violoncelle
Rob CLEARFIELD / Piano
Pierre FENICHEL / Contrebasse
Fred PASQUA / Batterie
« Sighting Ensemble est une création impressionniste et naturaliste », une « invitation à observer le sensible pour mieux habiter le monde » écrit Christophe Leloil dans la note d’intention de son nouveau projet. Pour ce sixième album sous son nom, le trompettiste/bugliste établi à Marseille s’est associé au pianiste chigagoan néo-phocéen Rob Clearflield, à qui le lie désormais une complicité artistique rare, suite à un compagnonnage sur divers projets en duo comme en ensembles plus conséquents. Ils se sont, chacun de leur côté, déjà frotté à l’univers classique. Nourris de ces expériences, ils placent leurs propositions sur ce disque sous le signe du « Third Stream », ce troisième courant du jazz, théorisé par Gunther Schüller, qui consisterait à associer aux langages vernaculaires musicaux issus des cultures afro-américaines la présumée dignité des idiomes de la musique classique, à l’instar du Modern Jazz Quartet de John Lewis
Ce nouvel album est pourtant plutôt le fruit de rencontres. C’était quelque part joué d’avance avec le pianiste : le duo forme le « ciment » du disque, avec notamment une séquence d’échanges funambulesques sur « Silky Sey/Short Songs » -où les compères triturent les rythmiques à qui mieux-mieux, poussant leur verve expressive au-delà de leurs talents respectifs. Cela relevait également d’une évidence avec les musiciennes conviées : la flûtiste Maud Fourmanoir, enseignante comme Leloil au conservatoire de Haute-Provence, et la violoncelliste Laetitia Pont. Le pari de développer des couleurs bizarres et des harmonies étranges, de croiser les voix est plus que réussi, notamment dans les sonorités veloutées émanant de l’assemblage bugle/violoncelle. Sur un titre comme « Val Verde », les musiciennes prodiguent des traits d’accompagnement d’une rare sensibillté et l’ensemble lorgne vers une forme d’improvisation collective dont finit par émerger la trompette -tradition jazzistique oblige !
La section rythmique esquisse des perspectives abyssales. Le jeu du contrebassiste Pierre Fénichel offre une respiration naturelle à l’ensemble, tant sa pratique du « less is more » procure à l’orchestre des espaces inédits. A fortiori quand elle se fond dans le jeu de batterie ô combien chantant de Fred Pasqua, qui déroule ici des pépites sonores.
Label : Arts & Musiques en Provence (2026)
Par Laurent Dussutour





















