Romantic Sketches

❤️ [COUP DE CŒUR] C’est tout jeune que Fred Perreard (piano, rhodes, compositions) est tombé dans la marmite magique du jazz, en découvrant le pianiste Ahmad Jamal. Prestigieuse découverte dont la musique guidera désormais ses pas. Il a certes dû beaucoup apprendre de ses études au Conservatoire de Paris, ainsi qu’au Centre des Musiques Didier Lockwood, mais c’est probablement le fait de jouer en maints endroits, et de se frotter ainsi très tôt à des huiles du jazz en direct, qui l’a le mieux aidé à forger son style si particulier, où s’associent naturellement aisance, élégance, énergie et savoir. Aujourd’hui, il est âgé d’à peine un quart de siècle, et « Romantic sketches » est son deuxième album, qui fait suite à « Esquisses », sorti en 2015, enregistré alors en quartet avec Arthur Alard (batterie), Samuel F’hima (contrebasse) et Baptiste Herbin (saxophone alto). Les deux premiers se retrouvent dans son actuel trio, le troisième, y est invité, parmi d’autres, et non des moindres, qui sont Irving Acao (saxophone ténor), Hermon Mehari (trompette), Balthazar Naturel (flûte, chant), Camille Durand (chant) et Marie Tournemouly (violoncelle). Ils interviennent sur quelques titres, avec grâce et générosité, et on reste coi face à un tel line-up, dont la cohésion, l’originalité instrumentale et la qualité de jeu captivent. Outre son excellent doigté, Fred Perreard a l’art de composer comme un aquarelliste, des histoires au verbe raffiné, d’où s’échappe il est vrai un romantisme au subtil parfum, mais dans des humeurs de jeu souvent plutôt positives et extraverties, à l’inverse de certains autres grands représentants du style, au feeling plus intérieur voire ombrageux, pour lesquels fractures et bleus à l’âme ne sont pas dissimulés. Ceci dit, le touchant « For Mal » qui clôt l’album, que l’on peut supposer dédié à Mal Waldron, nous fait mentir, de même que le morceau titre qui nous transporte dans un saisissant ailleurs émotionnel, ainsi que le « Garden » extraordinaire, dans lequel on aimera cueillir quelques fleurs pour sa belle. Au final, c’est un attachant recueil, dont les onze thèmes, superbement interprétés et au son d’orfèvre, marqueront l’intime, comme des lettres d’amour formées sur la buée d’une vitre.

Jazz Family/Socadisc/CDZ

Par Dom Imonk

%d blogueurs aiment cette page :