Hervé Celcal invite Tilo Bertholo – Ti Piman

Hervé Celcal, piano, chant, compositions, textes et arrangements
Tilo Bertholo, batterie, percussions
Caroline Faber et Loïc Prache, chœurs
Hervé Celcal est passé par une formation classique en Martinique, puis par l’Ecole Normale Alfred Cortot à Paris, ville où il est installé depuis les années quatre-vingt-dix. Remarqué par le pianiste Bernard Maury (fondateur de la future Bill Evans Piano Academy), c’est en grande partie en autodidacte qu’il complète sa formation vers le jazz et l’improvisation, inspiré par des pianistes tels que Oscar Peterson, Theolonius Monk, Alain Jean-Marie, Marius Cultier, Keith Jarrett, Michel Petruccciani.
Compositeur, arrangeur, producteur, sa musique s’ancre aux racines culturelles martiniquaises, au bèlè, héritage africain apporté et perpétué aux îles à sucre des Antilles par les esclaves dans les plantations. Bien plus qu’un chant ou des rythmes, le bèlè est l’expression codifiée d’une culture de la résistance mêlant parole, danse, menée par le tambou bèlè et le ti-bwa lors des veillées.
Son premier album Bel air for piano (2013) est ainsi un manifeste culturel croisant ces influences, du piano classique au piano jazz, fondations d’une musique résolument créole, métissée. Du jazz qui a su intégrer ses héritages pluriels pour en faire un mode d’expression universel, que l’on retrouve dans son deuxième album Colombo (2018), une épopée créole du nom de ce mélange d’épices qui fait se rencontrer les swings.
Décidément inspiré par les épices, Hervé Celcal a enregistré cette fois Ti Piman, « album instantané » sur lequel il a invité le batteur et percussionniste Laurent-Emmanuel « Tilo » Bertholo, passé par l’école de musique Paulo Rosine de Rivière Pilote en Martinique, puis à Toulouse où il remporte le premier prix de l’Ecole Dante Agostini en 2013. Il a collaboré avec des musiciens tels que Mario Canonge, Michel Alibo, Franck Nicolas ou le pianiste Grégory Privat avec lequel il a enregistré les albums Family Tree (2016) et Soley (2020).
Ti Pimannous emmène dans un univers où les harmonies classiques rencontrent les accents créoles et jazz dans une grande liberté d’interprétation, soulignés, emportés par le pouls battant des ti bwa et tambou bélé. Ti Piman est une métaphore musicale de la vie, de la diversité des sentiments humains à l’image de ce petit fruit de toutes les couleurs qui relève les saveurs.
Le premier titre, ‟Ti Pimanˮ, est à l’image d’un album qui nous entraîne, sous des invitations enjôleuses, vers des feux d’artifice insoupçonnés. Sur un air de biguine égrené en douceur mélodique, la voix de Hervé Celcal, ode à ce petit condiment « …ou ka piké… », est relevée par la rythmique ti bwa. Au signal de chœurs incandescents, l’irruption d’une séquence instrumentale débridée, jazz caribéen, piano et percussions s’emportent, jouent à se poursuivre, s’esquiver, c’est pétillant, vif, réjouissant.
Et ces deux musiciens en ont encore beaucoup à exprimer : ‟Guèryé Guèryèzˮ, sept minutes quarante-cinq instrumentales, main gauche imposant la pulsation tambou bèlè, entretenant la pression sur le percussionniste lancé à train d’enfer, des intonations classiques vrillant en syncopes, des ruptures inattendues à chaque fois bienvenues.
Les titres se suivent et ne se ressemblent pas, palette des sentiments humains. Joie éclatante sur ‟Smile !ˮ lancé sur un tempo galopant, la vie exubérante, un solo enveloppant de Tilo Bertholo aux fûts et toujours ce piano léger, léger… smile !
‟Sarcasmesˮ, c’est une parenthèse de sérénité en piano solo comme une ballade romantique à la Chopin, en douceur fruitée, notes suspendues jusqu’aux silences, invitation aux rêveries.
‟Nice Day !ˮ lance ses chœurs prémonitoires, espérances de jours meilleurs, sur un tempo hip hop entretenu par la pulsation rassurante de la batterie.
Sympathique clin d’œil aux quadrilles d’antan, ‟La belle Fayteˮ, ritournelle invitation à la danse, est une forme créolisée de danse de bal d’origine européenne du dix-huitième siècle.
Et ces deux derniers titres comme deux perceptions contrastées de l’état du monde ; ‟Lan Mèˮ (la Mer), piano en trilles allègres, guirlandes de bulles sonores, s’emporte et survole, léger, vers des horizons infinis. Et si ‟Voilà !ˮ commence sur ce même registre, le ciel s’obscurcit sous les coups de gong de la main gauche de Hervé Celcal, les envolées définitives de Tilo Bertholo à la batterie et ce constat des désastres du monde « Voilà…ce qu’on a fait… » en chœurs incantatoires.
Ti Piman, un album riche des variations offertes par l’association féconde du piano et des percussions, le bèlè toujours en trame, un jazz contemporain résolument enraciné dans l’âme créole antillaise.
« Mettons du ‟Ti Pimanˮ dans notre vie pour la garder authentique et non lissée »
Par François Laroulandie
Nouvelle sortie le 5 juin 2926 chez Inouïe Distribution / Ting Bang.























