Sarah Lancman – Paris-NYC

Avec « Paris-NYC », Sarah Lancman poursuit un itinéraire musical placé sous le signe du dialogue entre la chanson française et le jazz américain.  Ce sixième album studio la ramène à New York, six ans après « Inspiring Love », enregistré également dans la grosse pomme.

Produit et en partie composé par l’harmoniciste d’origine suisse Grégoire Maret, le projet comporte de nombreux thèmes et textes de la chanteuse parisienne et aussi deux tubes du répertoire français, « la vie en rose » et la « chanson de Delphine » de Michel Legrand.

Sarah Lancman est à la fois chanteuse, pianiste et compositrice ; remarquée en 2012 en remportant la Shure Jazz Voice Competition du Festival de Montreux, présidée par Quincy Jones. Cette reconnaissance a confirmé une personnalité déjà singulière capable de conjuguer la précision du jazz, la sensibilité de la chanson et le goût de la mélodie. Chez elle, Paris n’est pas un simple décor ; sa ville est un matériau intime, fait de mots, de souvenirs et de références aux grands la chanson française, une sorte d’argile avec laquelle ces chansons prennent forme.

Son album « Parisienne », paru en 2020 en témoignait clairement à travers des compositions originales, ainsi que des reprises de Charles Aznavour et d’Édith Piaf. https://lagazettebleuedactionjazz.fr/sarah-lancman/

Tant en français qu’en anglais, les textes de « Paris-NYC » renforcent les ponts entre ces deux grandes capitales inspiratrices des artistes en général et bien entendu, du jazz et de la chanson.

Chaque morceau est un pont entre les deux rives de l’Atlantique, une voie de navigation tracée, tantôt francophile, tantôt américaine.

Sans prétention, sans imitation, Sarah Lancman déroule de sa voix chaude, de belles mélodies, sur des harmonies élégantes et des textes inspirés. Le New York évoqué ici n’a rien à voir avec Broadway. On flâne davantage le long d’East River, au petit matin, dans la brume des quais. « The way », m’évoque une promenade nostalgique dans un Central Park aux couleurs d’automne, qui se poursuit (en français dans le texte) au Parc Montsouris après une averse.

Adoubée par Charles Aznavour, Sarah est une musicienne exigeante qui a toujours su très bien s’entourer. En 2016, « Inspiring Love », est alors réalisé avec Giovanni Mirabassi, Laurent Vernerey, Stéphane Huchard ou Marc Berthoumieux ont collaboré avec elle. Cette fois, la complicité avec Grégoire Maret apporte une couleur toute nouvelle à ce projet. L’harmonica, par son souffle et sa similitude à la voix, renforce la dimension mélodique et intime de l’album. Le premier titre, « No Words to Say », illustre cet accord parfait cosigné par Sarah Lancman et Grégoire Maret. Le grand percussionniste Mino Cinelu ajoute à « Is it love » ses gracieuses touches sonores et la douceur de son timbre de voix, au quatuor à cordes.

« Tout doucement » et « New York » sont mes titres préférés ; la finesse musicale parle directement au cœur, les images surgissent avec délicatesse, les émotions se fondent à la mélodie, c’est tout simplement très beau.

Sarah Lancman ne cherche pas à renouveler le jazz vocal par rupture. Elle l’enrichit en assumant l’héritage de la chanson française et du jazz mélodique que lui ont laissé ses références Michel Legrand ou Stacey Kent.

La route d’une jeune artiste française dans le jazz vocal est certainement très laborieuse, éblouie par les grands noms, écrasée par les voix puissantes et certains effets de mode.

« Paris-NYC » est une forme d’aboutissement naturel d’une trajectoire mêlant deux cultures musicales sans effacer leurs différences, mais qui démontre encore une fois le talent et l’élégance de Sarah Lancman.

Vince

Lancman Production