Federico Casagrande – Gentle Riders

Federico Casagrande : Guitares
Étienne Renard : Contrebasse
Stéphane Adsuar : Batterie
Invité (sur 4) :
Vincent Peirani : Accordéon
L’aventureux guitariste italien de Paris nous avait emmenés dans son périple solitaire autour du Mont-Blanc (Looping Mont-Blanc). Il est parti vers l’ouest, a traversé l’océan et nous embarque pour une balade de traverse du nouveau monde… en voyage imaginaire. Malgré le cliché attendu, ce n’est pas en « cow-boy » solitaire qu’il effectue sa nouvelle randonnée mais avec deux comparses.
Un contrebassiste arrivé à Paris en 2014, après des études dans la classe de Ricardo del Fra, il est membre actif de la scène française et à l’étranger, fait partie de plusieurs groupes en vogue aujourd’hui tels que ‘Cows on Mars, Thibault Gomez Quartet, Eyes trio, Roxane Arnal… à qui il offre un jeu stable, carré, un pilier assuré mis au service de la création collective. Il aussi joué avec Benoît Delbecq, Pierrick Pedron, Manu Codjia…
Le batteur niçois installé à Paris, après des études à la fameuse Berkley School, est très demandé en France, notamment par Majic Malik, Yonathan Avishaï, Laurent Coulondre, Fréderic Borey… ce n’est pas pour rien ! Un jeu souple, précis, inventif, de quoi trouver sa place partout où il se trouve.
Non, ce trio n’est pas sur la route du country ou de l’américana, il s’en inspire comme on hume une vieille photo parfumée par les mains qui l’ont tenue, sans chercher à la reproduire. Une évocation, une fascination pour les paysages grandioses, les grands espaces et les déserts qui stimulent l’introspection, les endroits où le silence a autant de force que les mots ou les notes, où le temps tend à disparaître…
Ce qui intéresse ici Federico, ce n’est pas tant le costume du ‘cow-boy’ sur son cheval, les ambiances de saloon et les rixes des durs hommes conquérants sur fond de pédale ‘steel’, c’est plutôt ce qu’il se passe dans la tête de ces hommes et femmes face à leur solitude, leurs angoisses et désirs, avec plus de curiosité que de certitudes, face à l’horizon de leur propre destin.
À l’instar de l’écriture de Jack Kerouak et des cheminements initiatiques, l’intérêt du voyage n’est pas dans sa finalité mais dans les étapes du parcours, les instants remarquables ou les gestes maintes fois répétés qui finissent par faire sens dans leur simplicité utilitaires ou pas.
Ce n’est pas du folk mais bien une certaine forme de jazz que construit ce trio. La musique du guitariste respire. Le silence fait partie du paysage, parmi les cris d’oiseaux et autres expressions d’animaux qui animent l’espace, les vagues du vents et les bruissements d’herbes matures… L’ensemble raconte une histoire que le trio complice traduit, transmet par des mélodies fluides et des improvisations inspirées.
Les paysages parlent et s’exposent en images, la musique de film n’est pas loin, juste à côté des musiques traditionnelles américaines qui font, tout de même, référence ici.
On peut penser à certains travaux d’un autre grand guitariste : Bill Frisell, ou bien de Jimmy Giuffre (Western Suite), d’un pays où, encore une fois, les étiquettes ne concernent que les bacs à disques (folk, Jazz…), où seule importe la bonne musique !
Et ici, la musique est bonne !
– Le périple démarre par une affirmation (non) sentimentale : ‘Real Cow-boys do Cry’, au galop.
– Plus nostalgique, une balade sans feu de bois ni whisky : ‘The Infinite Nevers Abandons’, seules les étoiles sont présentes.
– Un titre qui pourrait venir de Nashville : ‘Take Me Away With You’. On aimerait que la musique du fief country soit toujours à cette hauteur. Ici, c’est bel et bien jazzy en diable, plaines du grand ouest en prime évoquées par le son grandiose de Frederico et la rythmique toujours bien en place.
– Morceau de bravoure, sur un autre continent, un autre (grand) espace : ‘Good Night Mongolia’, avec l’accordéon qui va bien et tient lieu d’harmonica. Tous les ingrédients de la musique de film sont là, à la Ennio Morricone avec Clint Eastwood machonant son éternel cigarillo. Suspense et détente, peur et douceur, danger et beauté se côtoient. Progression dramatique et sa résolution sous un soleil acharné.
– Bluesy-jazzy sur ‘Bunch of Fellows’. Presque Funky, avec une vraie guitare rock dedans ! Quel solo !
– ‘Gentle Raiders’. Une journée à cheval, au pas, au trot, des arrêts, au galot, promenade agréable et bien équilibrée. De beaux arpèges en chorus. La rythmique ne chôme pas, pas à pas.
– Balade introspective : ‘Paradiso Perduto’. Souvenir d’un pays de cocagne perdu, quête initiatique…
– Enfin, un peu de philosophie avouée : ‘Existentialism In the Life Of A Modern Cow-Boy’. Interrogation humoristique et bien sentie pour clore ce tour d’horizon en 8 étapes. Le cow-boy et son humanité remplace l’icône. Long solo d’une guitare qui se prend pour elle-même, traverse les genres, et reprend la route avec ses potes pour d’autres contrées.
Un disque plein de belles musiques et d’images pour rêver, penser, respirer et prendre du bon temps !
Chez : Sondfede / Inouïe Distribution
Par Alain Fleche























