Audrey LAURO – Christian – PRUVOST – Peter ORINS 

« DANS-SONS AS WE ARE »

Audrey LAURO : Sax Alto
Christian PRUVOST : Trompette
Peter ORINS : Batterie

Improvisation libre. Rencontre de créateurs de sons. Rencontre de sons libérés.

Des sons qui se déplacent comme pour une partie d’échec, sans règle, avec des pièces qui se transforment lentement, subtilement, patiemment, Une matière sonore qui évolue, se déploie, se contracte. Écoute, regards, toucher, sensations… Tout le corps est en alerte constante, le leur, le nôtre…

Trois musiciens rompus à ce genre d’expression mettent leur langage personnel en commun pour inventer un discours dense et (é)mouvant. Pas d’effets superfétatoires, pas de technique démonstrative, juste la recherche de sons, du son !

Frottements de corps, d’âmes, d’idées, Approches, de loin, comme pour ne pas y toucher, avant le choc de la rencontre qui modifie le cours des choses, du temps, de l’espace. Instabilité floue, couleurs de pastels qui se mélangent au contact du silence qui relie les sons.

Audrey Lauro à suivi un cursus de jazz et de composition contemporaine à Bruxelles. Depuis, elle développe sa musique sur les scènes belges et internationales. Elle croise notamment le discret mais efficace Bernard Santacruz, le grand Ken Vandermark, Marc Ribot (pas de qualificatif, que des superlatifs) et bien d’autres lors de nombreuses participations à toutes sortes de projets multidisciplinaires. On l’entend ici explorer le souffle autant que la note teintée de texture rugueuse sur des lignes fugitives.

Le jeune trompettiste français d’improvisation Christian Pruvost travaille dès 2002 avec Peter Orins pour l’enregistrement de deux disques, leurs routes se croiseront souvent entre ses collaborations avec Benjamin Duboc, Sophie Agnel, Benoît Delbecq, Sophia Domancich, Didier Lasserre et plein d’autres qu’on aime bien… Il joue sur l’intensité de pressions sur les pistons, les harmoniques et les accidents acoustiques qu’il transforme ou provoque.

Pour Peter orins, c’est conservatoire de Lille section jazz avec Gérard Marais, diplôme de musicologie, cours d’impro avec Fred Van Hove, et la composition. Il coordonne le collectif ‘Circum’, s’engage dans les projets de ‘Crime’, d’impro collective, de rock free progressif, de rencontres musicales franco-japonais, dirige le collectif Muzzik… Il a joué avec Sophie Agnel, Didier Lasserre, Benjamin Duboc, Joe Morris, Jacques Di Donato, François Corneloup, Sylvain Kassap…. Un coloriste qui dessine des terrains de résonances, de reliefs fait de matières granuleuses, de pulsations aléatoires, diffuses, d’où surgissent des dynamiques plus assises.

De la confrontation de ces trois phénomènes surgissent des tensions évolutives dans un propos mouvementé, qui s’enchaînent sans lien appariant mais dans une continuité harmonieuse qui se construit de chaque note, son, souffle, choc…  Des bulles qui révèlent leur contenu lorsqu’elles éclatent spontanément ou au contact d’autres bulles qui sont déjà dans l’air…

Toutes les ressources auditives des instruments sont sollicitées, jusqu’à se dire (comme le demande Marc Ducret dans un album éponyme) : ‘Qui fait quoi ?’ Frottement d’archet sur le ventre de la grand-mère, pression sur le piston à vide, tapotement sur les fûts ? …  Crissements de cymbales, pédale wouah-wouah sur la trompette, souffle sans le son au sax, tout fait son.

 Construction d’une architecture à partir d’éléments microscopiques qui s’imbriquent et s’éloignent pour une vision globale aperçue par une longue-vue à la, focale mal réglée. Construction où ne sont absents ni des riffs entêtants, ni des ‘beats’ momentanément maintenus, ni des échanges quasi vocaux de mots transformés en notes expressives et compréhensives…

Construction onirique, sans projection personnelle, de tout bois et cuivre, sans perspective déclarée…

Une liberté sans état d’âme peut-elle être source d’ennui ? Pas là ! La beauté de cette réalisation se découvre à la fin des travaux, à la dernière note vient la signature. Les bouts de trucs que l’on pensait aller au rebus finissent par faire sens et transforment la vaste déchetterie en édifice somptueux…

Du coup, on se remet le disque pour reconsidérer chaque élément de chaque instant comme partie constituante d’une œuvre d’exception qui ravie les oreilles par la force de la fragile instabilité apparente, produit de l’union de trois talents qui se sont rencontrés, unis, et nous ont invité à un banquet de rois, composé d’une multitude de petits riens, formant un tout ravissant.

Un must de musique improvisée européenne !

Chez : Circum Disc

Par : Alain Fleche