Qui qu’en grogne

Par Dom Imonk

Label Yari Productions

[COUP DE CŒUR] Après la féérie électrique de «  MachiNations », disque dense, riche d’humanité et fort bien reçu lors des concerts qui ont suivi, voici venu Génération Quartet, avec « Qui qu’en grogne », nouvelle proposition musicale du saxophoniste compositeur Yannick Rieu, qui a choisi de nous faire découvrir une autre facette de la musique qui l’émeut, cette fois-ci en quartet acoustique, sorte de retour aux sources du son. Musicien chercheur, à l’âme libre et sans détours, toute sa carrière révèle un goût pour l’expérimentation de diverses formules, avec prise de risque à chaque virage, et une évidente écoute  de la jeune génération. Voyez plutôt, pour ce nouvel album, il a fait appel à Gentiane Michaud-Gagnon, pianiste d’à peine 27 ans dont nous découvrons la grande finesse de jeu, et à Louis-Vincent Hamel, vigoureux batteur, qui nous avait impressionnés lors de concerts pas si lointains, la génération « ainée », mais toute aussi jeune dans ses élans, étant représentée par notre saxophoniste, ainsi que par l’excellent Guy Boisvert à la contrebasse. Le regain, l’éclosion, la floraison, sont un peu le thème de l’album, ce que l’on perçoit très bien, dès la photo de pochette, captée par Randy Cole au détour d’un chemin forestier, où le vert tendre des feuilles figure à merveille le printemps, celui de toutes choses, et de la musique, en particulier. La sève est ainsi remontée des racines, endormies par le long hiver des périodes sombres que nous venons de vivre, pour éclairer la canopée, celle de la création musicale. « Qui qu’en grogne » en est un vrai manifeste, formule un peu « brute de décoffrage », c’est bien, ancrée dans des inscriptions protectrices et engagées du moyen âge. C’est aussi le nom d’un bateau, à bord duquel Yannick un jour embarqua. La force expressive et l’esprit de marin voyageur du saxophoniste ont d’ailleurs maintes fois marqué son parcours ! Dès le morceau titre qui l’ouvre, trépidant et engageant, le disque démarre dans une logique aléatoire de promeneur de l’inattendu, se déplaçant aux travers des futées, clairières et bosquets musicaux, sans avoir peur de trébucher sur d’espiègles racines, ou de se griffer sur quelques ronces taquines. Le soleil est au rendez-vous, ce frais tumulte réveille, et le très beau son de Pierre Girard et Richard Addison, qui n’y est pas pour rien, a déjà marqué l’espace. Yannick Rieu est aussi orfèvre dans des balades qui vous percent le cœur, sachons qu’il a depuis longtemps conquis celui de l’une des « Song Sisters », superbe hommage aux êtres aimés, en une balade, qui trahit un indéniable amour « shorterien » qu’il n’a jamais caché ! Mais que dire alors de « Time is, Life was », de « Le philosophe » ou encore de « Pharaon » ? Rien, surprise du non-dit! Simplement écouter, et se laisser entrainer par la beauté d’autres paysages, ceux par exemple des photos de pochette intérieure, calme et sérénité des arbres et de l’eau, à miroirs échangés, réflexion propice à la « zen attitude ». Le Trane est aussi spirituellement présent dans cet album, lui qui aimait les balades, et dans toute l’œuvre de Yannick Rieu, il l’avoue lui-même. Et on ne peut que penser à cela, à ce don de liberté qui advient, quand on écoute ce groupe, qui met à chaque instant son âme à nu, ce quartet qui « impulse » tant de choses, mené par un leader qui a pu dire « Oui, on joue pour offrir ». Tout est là.  Et puis ici, il y en a pour tous les goûts ! Si vous aimez plutôt la pulse de la course effrénée, écoutez donc « Riff droite » – joli jeu de mot – ou encore « Prétexte », où nous vous mettons au défi de détecter laquelle des deux générations est la plus « fresh » ! Au final de ce très bel album, Gentiane Michaud-Gagnon ouvre les portes de « Porta di Cinese », morceau d’une grande beauté, sorte de  jardin émotionnel, aux parfums intenses de fleurs rares, où elle semble marquer son chant par une floraison d’accords, son prénom est celui d’une fleur, soutenant un Yannick Rieu en état de grâce, lui-même porté par une rythmique d’exception. L’horizon n’est pas la fin de la mer, le soleil n’est pas la seule lumière terrestre. « Qui qu’en grogne » for ever ! Poing levé, sourire aux lèvres !

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