Out of the Silence

Stéphane Kerecki : Contrebasse, Compositions / Marc Copland : Piano / Ralph Alessi : Trompette / Tore Brunborg : Sax Ténor / Fabrice Moreau : Batterie
Cadeau de fin d’année scolaire, cadeau pour récompenser  les bons élèves ou encourager les autres à persévérer…  Le contrebassiste s’approche de la perfection. Pour ce nouvel opus, il quitte l’influence hexagonale, et ouvre tout grand les frontières pour mieux nous ouvrir les oreilles. S’il était utile de présenter les autres composants de ce fabuleux quintet, à la fois classique et novateur, voilà 2 américains : un pianiste qui ne se fait pas rare ces temps-ci, et on s’en réjouit, bonheur de retrouver son touché élégant, ses architectures lyriques, son écoute contemplative, ses interventions discrètes mais généreuses et ses  capacités de relance swing qui recentre toujours le groupe et un trompettiste de tout premier plan que nombres de leaders réclament, à juste titre, pour le son, la palette inépuisable de couleurs, le style et son reconnaissables, qui lui permettent de s’adapter à toutes les situations, lorsque qu’il ne met sa virtuosité et son talent de compositeur au service de ses propres enregistrements (Que des perles !). Un saxophoniste norvégien, émule de J.Garbarek dont il s’est affranchi de l’aridité méditative, en gardant une démarche spirituelle qui s’accorde magnifiquement à ce projet qui tourne autour du silence, donc. Le batteur : ancien complice du contrebassiste, rescapé des derniers travaux, il continue à faire merveilles, d’inventions, d’interventions, de finesse, de relance en retenu, machine à rythmes souple et présent, solide appui pour exposer un travail ambitieux, S.K. ne s’en prive pas !
Qu’entend-t-on par « hors du silence » ? D’abord, s’agit-il d’en sortir, ou bien, pour suivre l’esprit davisien qui teinte l’étendu de ce disque, de l’encadrer ? Le son collectif, le talent de chacun, le génie de distribution des rôles, les compositions reliées par un fil invisible garantissant un mood global continu, le côté ciel voilé de la musique toute en nuances, renforcé par un graphisme de pochette proche de ECM, font, en premier lieu, penser à D.Holland, référence que ne renie pas Stéphane, puis, comble de cette musique, pas tout à fait solaire mais en demi teinte, c’est au Prince des Ténèbres que l’esprit, le nôtre et l’idée que l’on se fait de celui du disque, penche. Génie de rallier et gérer des talents disparates avec force et souplesse, des compositions qui se tiennent, qui s’impriment et ne disparaissent plus tout à fait des plaques sensibles de la mémoire (comme bien souvent chez notre homme), et puis, cette attirance pour le(s) silence(s), même si M.Davis se fit prendre à ce jeu par le plus grand pianiste de son époque et de son style (bop, néo-bop, et 10 de der…) , et grand individualiste : T.Monk !
Mais les compos ne sont pas de W.Shorter, ici ce sont bel et bien des influences et sonorités européennes qui colorent les harmonies chatoyantes que déploient les chansons de S.Kerecki, même si … , et la trompette flamboyante de R.Alessi n’a pas ce feu sombre qui illuminait la « Martin » rouge du maître, quoique …  Reste le sens, l’esprit, une démarche exigeante, une réflexion intime, poussée au bout du possible, traduite par une succession de tensions et de détentes qui finissent par se mêler dans une mélodie qui surfe sur la vague montante (même si pas forcément « nouvelle ») qu’il fait bon suivre de l’œil, de l’oreille, de tout le corps qui épouse les fluctuations permanentes des notes qui vont et viennent et se tiennent et nous interpellent dans un balancement qui fait rien qu’à nous met les sens en éveil.
Musique d’aujourd’hui avec 360° de vision dans l’avant et l’après. Elle participe, comme les jalons importants qui balisent l’histoire du jazz , à la recherche et la re-présentation indispensable de la Beauté. Pas celle du diable, celle que l’on voudrait chevaucher pour atteindre les sphères célestes, leur musique et leur silence, leurs influences et leur destinée. Un disque pour marquer les âmes, le temps présent et ceux à venir. Un joyau, une pierre blanche, une perle, pas près de l’oublier celui-là ! 

Chez : Out Note / Outhere-music
Par : Alain Fleche

%d blogueurs aiment cette page :