Rocher de Palmer Cenon – 19 mai 2022

Stacey Kent : chant
Jim Tomlinson: saxophone baryton, fûtes, percussions
Art Hirahara : piano, piano électrique

La chanteuse américaine Stacey Kent est une délicieuse personne et une artiste délicate. Ayant eu la chance de la chouchouter au St Emilion Jazz festival en 2017, je peux témoigner de sa simplicité et de son altruisme. La preuve, lorsqu’on lui demande de définir son style, Stacey répond simplement : « Je ne fais que chanter ! »

Ce soir au Rocher de Palmer, alors que John Butler, amasse la foule dans l’espace à côté, Stacey remplit (presque) la salle « 650 ». Elle vient notamment nous livrer en « live » quelques une de ses « Songs From Other Places », son nouveau projet enregistré depuis son studio du Colorado.

Ce nouvel album intimiste, voire introspectif (enregistré comme beaucoup l’on fait pour tromper l’ennui et certainement l’angoisse du confinement), Stacey Kent le livre enfin sur scène où elle prend un plaisir non dissimulé à ce partage redevenu possible.

« Pendant ces longs mois d’enfermement, beaucoup d’entre nous ont trouvé un moyen d’évasion dans la musique. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre à nous dans ces Songs From Other Places, en imaginant d’autres personnes, d’autres lieux et d’autres époques » dit elle en introduisant son spectacle et ses compagnons de scène.

Concocté en duo avec son pianiste de longue date Art Hirahara, le projet prend vie avec lui sous nos yeux et pour nos oreilles, sur une scène dépouillée. Côté cour et côté cœur, Jim Tomlinson saxophoniste et flûtiste, mais aussi compositeur et mari de Stacey Kent complète le plateau. Sobrement vêtue de noir, élégante, l’artiste à l’allure éternellement juvénile s’élance.

Le set débute par la version anglaise de « Sous les ponts de Paris », habile manière de séduire la salle déjà tout acquise. Puis les titres s’égrènent, mêlant classiques de la bossa nova, chanson française, standards du Great American Songbook, mais aussi des compositions originales écrites par Jim Tomlinson et co-signées par le romancier Kazuo Ishiguro (Nobel de littérature 2017). Entre deux titres, Stacey, dont le français est parfait, n’hésite pas à témoigner sa joie de rejouer enfin sur scène et sa gratitude au public.

Suivent « Close your eyes », « La valse des lilas » de Michel Legrand et « I Wish I Could Go Travelling Again », nouveau titre, au message évocateur…

Le travail du pianiste Art Hirahara est exceptionnel de sobriété et de précision. Sa complicité musicale avec Stacey ne fait aucun doute. Son jeu technique mais fluide, à la fois léger, expressif et diablement inspiré colle à merveille au phrasé souple et net de Stacey. Rien n’est poussé, rien n’est surjoué, tant dans l’émotion que dans l’espièglerie de certaines bossas ou du « Tango in Macao ». « If you go away », version anglaise de « Ne me quitte pas » mais aussi « Avec le temps » sont sublimés par la musicalité du propos et des arrangements sans dégouliner de pathos.

Lennon & McCartney sont mis à l’honneur sur une reprise de « Blackbird » où l’ostinato au piano est du plus bel effet. Jim Tomlinson, balade les notes de sax ou de flûtes en intros ou en chorus, sages et dociles, qui ponctuent les phrases de Madame Kent. Alternant anglais et français, la chanteuse semble à l’aise dans tous les registres. Sa voix suave, jamais forcée donne pourtant une impression de puissance retenue dans les notes hautes et tenues. Son brin d’accent britannique donne un charme irrésistible aux textes français, comme pour le titre « Les Voyages », de l’auteur-compositeur québécois Raymond Lévesques, lui aussi enregistré sur ce dernier CD.

Du répertoire pop anglais, à la chanson française et à la bossa (parfois en portugais comme sur les titres de Carlos Jobim), Stacey a peu à peu élargi son territoire musical au-delà du jazz. Abordant ces genres de façon très personnelle mais sans jamais chercher à en casser les codes, cette chanteuse a développé un style naturel, subtilement émouvant et expressif, mais jamais excessif.

Avec 11 albums studio, dont « Love Again », paru en 2001, « The Boy Next Door » (2003), « Breakfast On The Morning Tram » (2007), signé chez Blue Note, « Tenderly » (2015), ou encore « I Know I Dream » (2017) sélectionné pour les GRAMMYs, Stacey affiche aussi à son CV une liste impressionnante de collaborations.

Sur scène, ou sur microsillon, « au fil des chansons Stacey Kent trace une route qui mène au cœur émotionnel de la musique en faisant l’économie de toute démonstration technique » comme Kazuo Ishiguro l’a écrit au propos de cette artiste.

Mélange de facilité, de spontanéité et d’humilité, Stacey Kent sait partager sans fard, tout simplement, son humeur et ses émotions et illumine la salle et la scène du charme discret de son talent.

Vince, texte et photos

Set list :

  • « Sous les ponts de Paris »
  • « Close your eyes »
  • « I Wish I Could Go Travelling Again »
  • « La valse des lilas »
  • « If you go away (ne me quitte pas)
  • « Tango in Macao »
  • « Blackbird »
  • « Bonita »
  • « Avec le temps »
  • « Waiter »
  • « Les eaux de mars »
  • « Smile »

Rappel :

« American tune »

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