Le Grand jour

Un grand moment pour la (courageuse) renaissance du label PeeWee! (anciennement PeeWee music), qui démarre son nouveau catalogue par ce petit bijou d’une grande dame  qui en profite pour  enregistrer son 3ème disque solo.
Sophia commence sa carrière discographique en 1986, fortement influencée par l’école de canterbury, elle s’associe avec des éléments de “Gong”, John Greaves, et ceux de “Soft Machine”. Elle plonge dans le jazz avec L.Cugny, l’ONJ, avant de se radicaliser avec W.Parker, A.Cyrille, S.Potts ou E.Parker. Nous l’avons apprécié (c’est un euphémisme) dernièrement dans notre contrée avec le grand (par la taille aussi) B.Tocanne ou notre ( aussi grand) F.Corneloup. Près de 50 productions, en leader ou autres, en 35 ans… c’est un bon début ! 
Un grand jour, dans lequel la belle Dame met tout son talent, son art, son âme. On y retrouve ses rêveries concrètes, son intimité à découvert, sa concentration délicate, dans une expression de flânerie introspective qui n’exclut pas un swing sous-jacent. S’est-elle souvenue d’avoir reçu le Prix Django R. en 1990, lorsqu’elle décide un hommage au guitariste légendaire, ou à son compositeur, le non moins incontournable pilier du MJQ : J.Lewis ? Django ouvre l’opus. Un obstinento décalé pour la main gauche, pendant que des notes s’égrènent, tournent autour du thème en s’appuyant sur les harmonies qui jouent à cache-cache. Le ton est donné. A l’instar de l’illustration de la pochette : un arbre fleuri de jaune un peu flou fait office de soleil devant un ciel gris, où pourtant on devine du bleu en zèbrures. Les claviers suintent de gouttes dégoulinantes, tièdes comme une averse tropicale, douces comme la brise qui pousse les nuages, éblouissantes comme le soleil près à percer les nues ombrageuses. On entend aussi des sautillement d’enfants qui s’éclaboussent en sautant dans des flaques d’eau. Un vent plus fort, les fleurs s’envolent, couvrent le près, reflet du soleil sur la terre. Des silences, des ralentissements, comme si les notes hésitaient, comme un fruit attendant d’être plus que mûr avant de chuter… on le ramasse en hâte en guettant le prochain… Des grappes de notes inondent les oreilles de miel, on voudrait s’en remplir les poches de la mémoire pour les grignoter les jours de blues. Les morceaux (signés S.D.) s’enchaînent, affirmés, différents, pelote de laine multicolore à faire des pompons qui chatouillent le cou et font sourire de grâce. La chaleur du piano de concert se mêle à l’écho métallique du Fender R. donne envi de s’allonger sur l’herbe à regarder pousser les nuages légers qui s’effilochent, tout le long de leur course. Rêverie d’un rêve qui n’en finit pas de rêvasser !? Si, au bout de 49 minutes, et plus ; ceux qui ne sont pas trop pressés de changer de disque, ou de re-écouter celui-ci, à 8mm après la dernière note (?) recevrons une nouvelle ondée : les dernières grappes de notes, en gouttes qui glissent, comme à regret, mais inéluctablement, des feuilles de l’arbre qui nous avait abrité.
Une bonne douche de bonheur ! 

Chez :  PeeWee!
Par : Alain Fleche
Sophia Domancich : Piano, Fender Rhodes

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