Liminal Spaces

Projet né de séances organisées par le guitariste et le batteur recevant différents bassistes. Le choix s’est arrêté sur Adrian Vedady (sans doute un très bon choix), et treize compositions ont été élaborées spécialement pour ce nouveau trio. Format exigeant qui nécessite beaucoup de qualités de la part des participants… et des auditeurs ! La 1ère condition est l’écoute. Le trio est rodé, les musiciens expérimentés, ça fonctionne ! Les compositions sont plus que suffisamment intéressantes pour avoir envie de les jouer… et de les écouter, en dépassant la joliesse de forme, pour rentrer dans l’intimité de la motivation de cette écriture, et celle qui lie les trois compères dans une grande concentration naturelle qui leur permet … de s’en libérer. Concentration requise aussi pour des oreilles à la recherche de trésors qu’offrent la richesse des compos, et le bonheur que diffuse cette musique généreuse.
La guitare semble sereine et les notes couler de source. Apanage des virtuoses camouflant les difficultés d’exécution derrière une aisance résultant d’un long travail accompli pour maîtriser  l’instrument. Ce qui lui permet de mêler dans ses chorus : suite de notes évidentes, ou surprenantes avec des accords qui ponctuent les phrases jouées, et anticipent celles à venir. Musique empreinte de douceur poétique, évoquant balade rafraîchissante, voyage au coin du feu, de navigation dans les eaux claires de pensées humanistes… On pourrait penser à certains travaux de Pat Metheny dans l’élaboration d’une architecture construite et ouverte, mais sans la nervosité paroxystique et avec un son plus feutré, assis, confortable malgré la complexité des thèmes.
Alors ? Un disque de guitariste ? Ce serait sans compter les deux autres tiers du trio qui ne ménagent pas leurs efforts, ni leur talent, assurant la réussite de ce projet ! Adrian Vedady à la contrebasse, 4/10ème des cordes présentes, fait partie intégrante du son, du fond et de la forme des titres proposés. Base d’appui de la guitare, et son extension simultanément. Elle double parfois la six cordes, ou bien apporte un contrepoint, voire une résolution pouvant se transformer en chorus vif et harmonieux, façon Marc Johnson, où chaque note, même précipitée, reste claire et précise, et toujours à la bonne place. Et puis, la batterie, tenue par  notre ami Michel Lambert, que l’on a entendu auprès de François Carrier et dont on a déjà parlé comme pilier du catalogue “Effendi“. Le voici, ici, entre sagesse de collaborateur attentionné, maître du temps présent, et folie libre et libératrice d’expression instantanée, tel Elvin Jones, ne laissant aucun répit à ses camarades de jeu, relançant en permanence la dynamique, négociant quelques plages de silence pour bien vite surveiller que personne ne somnole et continuant à soutenir son attention sur la machine qu’il fait tourner rondement, guettant les cadrans de pression… qu’il lui arrive de joyeusement mettre en limite d’explosion, avant que de se ranger, mais jamais très paisiblement, à l’ordre du tempo en vigueur. (Nous reparlerons très prochainement de ce merveilleux artiste, à propos de son travail personnel.)
Bien beau disque, clair et chaleureux, simple et attachant, finement élaboré et passionnant pour une écoute en alerte et attentionnée. Fascinant comme un nuage traversant le ciel, changeant de forme au gré des vents nonchalants et printaniers. A écouter et réécouter ! 

Simon Legault : Guitare / Adrian Vedady : Contrebasse / Michel Lambert : Batterie


Par Alain Fleche

Chez : Effendi

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