Lucas Dorado – Luna & Sol

Lucas Dorado : vibraphone, effets et compositions

Mathilde Vendramin : violoncelle, voix et paroles (3)

Manu Sija : guitare et voix (6)

Gustavo « Cuchi » Leguizamón :Musique et paroles (6)

[COUP DE CŒUR] Au printemps 2025, nous avons découvert le disque « El Sueño » de Lucas Dorado, vibraphoniste et compositeur étonnant d’à peine trente ans, né en Suisse et nourri de racines familiales argentines. Une œuvre radieuse dont l’inspiration a conquis la critique.

À l’occasion de cette sortie, nous n’avions pas manqué d’évoquer dans nos lignes l’impressionnant cv de ce jeune artiste, incluant notamment des projets avec son père Carlos Dorado, son jeune frère Dalmiro Dorado et aussi quelques autres figures connues telles que Minino Garay, et de souligner la beauté de son écriture colorée, l’originalité instrumentale de ses créations et l’esprit fervent des fortes personnalités qu’il avait su réunir autour de lui.

Depuis plus de dix ans, Lucas Dorado n’a pas cessé de tourner, en particulier pour le projet El Sueño. Il est clair qu’avec Luna & Sol, il a souhaité prendre du recul en faisant une pause méditative, et nous livrer en toute simplicité une partie intime de sa personnalité, entre clairs de lune et rayons de soleil, ceci quasiment en solo. Rappelons à ce titre qu’il est l’auteur de « Nuevos Ritmos », un livre consacré au vibraphone solo (Norsk Musikforlag 2019). Dans des styles divers, d’autres vibraphonistes de renom se sont également essayé.e.s avec bonheur à cette pratique de funambulisme solitaire comme par exemple Patricia Brennan, Gary Burton ou encore le regretté Walt Dickerson.

Comme l’indique Lucas dans ses notes intérieures, « Luna représente ma mélancolie et mes rêves. Sol représente ma joie et mon rythme. Mon vrai moi se situe quelque part entre les deux ». Des facettes que figurent le recto et le verso de la pochette.

C’est ainsi que balancés par une alternance parfaite, quatre thèmes sont pré identifiés « Luna » et quatre autres « Sol », le morceau titre « Luna & Sol » partageant l’album en son juste milieu.

La musique offerte est d’une beauté presque minimaliste, susurrée à fleur d’âme, finement enrichie de la présence sur un thème de la violoncelliste et chanteuse Mathilde Vendramin, avec laquelle il a souvent joué en duo, et du guitariste vocaliste Manu Sija sur un autre. Lucas Dorado mène ce subtil orchestre de sa présence multipliée, un voile électronique diaphane entourant parfois ses notes cristallines comme par enchantement, les rendant ainsi plus rêveuses et aériennes.  

C’est avec beaucoup de sensibilité que « Blu » ouvre l’album sous le regard apaisant de la lune, souvenirs d’amis d’enfance, soudés comme la mer et le ciel, ce ciel duquel choira « Caído del Cielo », morceau d’inspiration latino-américaine, solaire et vivifiant, qui lui offrit en 2017 le 1er prix du concours de vibraphone jazz à Pescara, en Italie !

Il nous sera ensuite impossible de résister à l’appel de « Sano », une composition de toute beauté qui nous invite en un abri de douceur et de paix, pour y écouter le doux chant des mots de Mathilde Vendramin porté par les cordes délicieusement caressées de son violoncelle, et les sons gracieux que laisse échapper à l’envi le vibraphone protecteur. Nous resterons sous le charme à l’écoute de « Chacarita (For Sarah), délicat hommage de Lucas à sa mère. Un adorable morceau qui semble échappé d’une boîte à musique.

Vient alors le fameux morceau titre, qui est un entracte, une étape qui vient à point nommé nous faire encore mieux percevoir la dualité de l’âme de Lucas Dorado, et ses « clairs obscurs ». Un concentré émotionnel qui s’ouvre dans une douce féérie ouatée de notes mélancoliques délicieusement électronisées, et semble se poursuivre dans une humeur plus impétueuse. Mais attention, méfions-nous des apparences, Lucas est un illusionniste sensoriel, un magicien qui sait nous faire perdre pied, en déroulant peut-être là un fil malicieux presqu’imperceptible, tendu entre une lune diurne et un soleil nocturne…

C’est le très touchant « Zamba del carnaval » de Gustavo « Cuchi » Leguizamón qui ouvre la deuxième partie. Une jolie fête ensoleillée que Manu Sija anime de sa voix gorgée de feeling, et de sa lyrique guitare, portant haut l’esprit de son pays l’Argentine. Lucas l’accompagne de vibrations tournoyantes aux couleurs pures, qui elles aussi honorent ses origines et nous vont droit au cœur.

Lucas Dorado a déjà beaucoup voyagé, de la Suisse où il est né à Berlin et Paris, en passant par le Cameroun et l’Amérique Latine ! Nous nous étions même croisés l’été 2025 lors d’un concert avec ses amis parisiens à la Lampe-Mère, haut lieu des jams de La Gélule à Marciac. Notons en plus qu’il avait par ailleurs enregistré « Viaje » en 2023, en trio avec son père et son jeune frère. Touchante dédicace à ses voyages, « Luzimagen » est un lumineux kaléidoscope fantasmagorique dont les images se succèdent sur les mini écrans éphémères d’un cinéma rêveur que forment les fenêtres des trains. Les sonorités hypnotiques et les impacts répétitifs par moment sont la bande originale idéale à ce film miniature qui nous émeut.

L’album se termine par deux touchantes évocations de souvenirs. L’ensoleillé « Jugando » d’abord qui est jubilatoire et rappelle l’enfance de Lucas qui étudia tout jeune la batterie, sous le regard attentif et sévère de son père qui le reprenait souvent en disant « tocar la bateria » et non « jugar la bateria » comme le disait son fils, car selon lui « la musique n’est pas un jeu ». Et enfin le lunaire et nostalgique « Viento para olvidarte », qui est un vibrant aurevoir à Berlin où il a vécu sept ans et y a appris tant de choses, avant de rejoindre Paris. Magnifique façon de refermer ce très beau disque qui est une pépite sincère et délicate, à la sensibilité à fleur de maillets.

Agenda :

23 octobre : Garay/Vergara/Dorado – Sunset Sunside – Paris

30 octobre : El Sueño feat. Aitzi Cofre real – Ladbroke Hall– Londres

01 novembre : Vasquez/Gonzalez/Dorado – Despertar – Madrid

04 novembre : Manu Sija & Lucas Dorado – Club Del Disco – Barcelone

05 novembre : Minino Garay & friends – JASS – Paris

06 novembre : Sija/Garay/Dorado – Triton – Paris

07 novembre : Brandeis/Dorado Latin 4tet – Louloute – Paris

14 novembre : El Sueño – Tonnerre de Jazz – Pau Billère

Par Dom Imonk

L’Horizon Violet/Absilone/CDZ

https://www.facebook.com/lucas.dorado.33

https://www.dorado-music.com

https://lucasdorado1.bandcamp.com/album/luna-sol

Chronique de El Sueño, le 09 juin 2025 :

https://lagazettebleuedactionjazz.fr/lucas-dorado/

Epk :