Electric Extension

Quel plaisir de retrouver Rémi et ses amis ! Nous n’avons pas oublié leur passage, en quartet, lors du festival de Trois-Palis organisé par leur vieux complice Bruno Tocanne, avec lequel ils avaient collaboré sur son projet “Over the Hills” (hommage à la musique de Carla Bley) et aussi sur d’autres travaux plus anciens (New Dreams …), du temps où Bruno traînait dans la région lyonnaise.

A ce quartet qui nous avait tourné la tête et l’esprit dans un hommage au Brass Fantasy de Lester Bowie, de par le (mé)tissage des 2 somptueuses trompettes à ne plus savoir qui jouait quoi, d’ une belle clarinette à la poésie onirique ou enflammée, par le trombone, jeune, plein de vie, à l’imaginaire fécond, tout en rebonds percutants, s’ajoutent ici une guitare bien rock, énergique mais sans esbroufe superfétatoire, et un batteur, puissant mais sans excès, totalement inventif, complément idéal au quartet original de vents, dans la remise en question permanente de son jeu évolutif.  Enfin, des invités de marque , et pas des moindres, en pleine possession de leur talent : une voix qui récite les textes surréalistes de Paul Eluard et des contes pour (grands) enfants, un quatuor à cordes sur lesquelles se promènent les autres instruments, en équilibre entre interprétation et improvisation, et ce bon vieux lyonnais de Louis Sclavis, en une forme incroyable, plus jeune que jamais. Peut-être y est-il pour quelque chose si l’on ne peut s’empêcher de penser à l’ARFI dans l’intention d’une musique qui s’invente dans un passé collectif toujours renouvelé. On peut aussi se demander pourquoi, lorsque le disque s’est tu, c’est un air de Carla Bley qui nous hante l’esprit ! …

Les 2 disques s’enchaînent, comme tous les titres, en toute logique, sans heurt malgré leur couleur propre, réminiscence de musique de chambre, riffs rock rageurs, pour ce voyage désorganisé entre l’aridité des déserts et le son céleste sidéral. Images du désert torride de sable  brûlant, d’étendues éblouissantes de blanc glacé du grand nord, où le silence se mélange aux bourrasques des tempêtes, où les pas sont lents, les sons feutrés, où il faut hurler quand la bise fait fermer les yeux et condamne les oreilles. Et puis un voyage autour, sur et dans la lune… qui commence dans un coin de chambre (qui ne manque pas d’air !).

Cet astre satellite est largement évoqué en prétexte à des compositions à l’écriture exigeante qui naviguent d’ambiance symphonique ou lyrique sombre, en ritournelle joyeuses, futiles et légères, laissant de larges plages (marches dans les déserts et voyage sidéral obligent) à de magnifiques chorus inspirés de chacun des protagonistes, jusqu’à se perdre dans quelques impro collectives, qui feraient douter de la probité du capitaine et de sa boussole s’il ne reprenait aussitôt le cap vers une destination qui n’est autre que celle du cœur ! Cœur du sujet, cœur du voyage, de la musique, cœur de chacun, auquel la musique s’adresse.

Et comment faire autrement que de les aimer tous ces fabuleux compagnons de voyage !

Alain Fleche

Z Production/Inouïe distribution

REMI GAUDILLAT : Trompette, Bugle, compositions et arrangements / FRED ROUDET : Trompette, Bugle / LOIC BACHEVILLIER : Trombone / LAURENT VICHARD : Clarinette basse, moog / PHILIPPE GORDIANI : Guitares / FABIEN RODRIGUEZ : Batterie, percussions
+ invités : LOUIS SCLAVIS : Clarinettes / LAURENT FELLOT : voix / QUATUOR SEIGLE

%d blogueurs aiment cette page :