Maelström

[COUP DE COEUR] Ces fascinants remous, que l’on voit bouillonner à la poupe des bateaux,  montrent la puissance des flux en lutte, et mêlent écume et perles cristallines irisées, aux verts profonds de leur changeante parure. L’imagination est mise en alerte par le mystère et la peur de ce qui se passe en dessous. Qu’adviendrait-il du plongeur fou, aspiré par ces flots, la mort assurée? C’est probable, à moins que, par la main tendue du poète, ne s’offre à lui pour le sauver la découverte au plus profond des eaux,  d’un espace onirique et bienveillant, un peu à la manière du film Abyss. Les artistes s’y entendent pour apprivoiser la crainte, grâce à de belles histoires, qui créent d’autres rêves. Le groupe Ornicar que nous découvrons est bien de cette mouvance, en nous conviant à plonger en son étonnant  « Maelström », et à nager ainsi dans le tumulte exaltant de ses sons. Son style puissant, novateur et atypique s’est forgé au cours de résidences, de  nombreux festivals, ainsi que lors de ciné-concerts, car les images, ça compte en musique. Donc la question « mais où est (était) donc Ornicar ? » ne se pose plus, en revanche, à celle qui brûle toutes les lèvres « mais qui est donc Ornicar? », la réponse est Joachim Machado (gtr. élect, effets, synthé basse), Côme Huveline (batterie, effets, gtr, percu et divers) et Renan Richard (sax. baryton et soprano, effets, tuba, piano et divers), trois musiciens bourrés de talent, qui se sont rencontrés lors de leurs études parisiennes, et invitent sur deux titres David Sultan à la basse. Une équipe soudée comme les particules du météorite qui orne la pochette. En effet, même si les onze pépites proposées émanent pour la plupart de signatures individuelles, on sent créativité et force collectives dans l’écriture et les arrangements, où fusion, rock et jazz cohabitent à merveille. Dès le très tonique « Greffier », dont le riff d’entrée n’est pas sans rappeler la pulse de certains brûlots du Led Zeppelin early seventies, nous voilà embarqués en un flow étourdissant, dont on ne réchappera pas ! La guitare hache l’air de son sabre électrifié, la batterie bastonne en impacts saisissants, quant au sax, il forme de menaçantes strates rythmiques qui portent le tout, en se collant aux autres, comme une ombre étrange plaquée aux murs.  Suivrons deux perles plus éthérées, « Choral » et « Rooftop », mettant bien en valeur le jeu de saxophone de Renan Richard, déjà croisé dans les rayons lumineux de La Cinquième Roue, et un premier chorus époustouflant de Joachim Machado. A peine le temps de se rattacher à la terre avec « Savannah » et « Chanson pour une herbe folle pt. 1 et 2 » que nous voici repartis dans l’urgence de « Supernova », captivante course vers la lumineuse apocalypse d’une étoile en fin de vie, message prémonitoire ? La beauté de « Granit », c’est peut-être lui sur la pochette, nous conduit vers un « Triboulet » d’anthologie, est-ce lui le « bouffon » de cet album Roi ? Décors bizarres et inquiétants dressés sur un matelas sonore grave et bruitiste, batterie imparable, l’horloge percussive omniprésente, et un  baryton conspirateur qui s’entretient dans l’ombre, avec une électro mutante, tandis que la guitare transperce une fois de plus l’espace d’un époustouflant chorus. « Le rêve de trop » et son outro nous offrent encore plus de saxophone, et de cette singulière beauté qui est la marque de cet album. Le tourbillon Ornicar est irrésistible, et on se laisse entraîner dans cette folle aventure, qui n’est pas qu’un rêve de plus, mais une palpitante réalité !

Par Dom Imonk

Ornicar/InOuïe distribution

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