La musique selon Emmanuel Bex
J’ai dû me tromper dans l’éducation de mes enfants … je disais à mes enfants je joue … il croyaient que je ne travaillais pas ! (Rires)
A l’occasion de la master class du jeudi 12 mars au collège Eléonore de Provence de Monségur, l’équipe d’Action Jazz a rencontré le parrain des 6èmes de cette année, l’organiste Emmanuel Bex. On vous propose ici une retranscription d’un entretien informel réalisé pendant le repas qui a précédé le concert où Emmanuel Bex a « boeuffé » avec les professeurs de la classe jazz.
Une rencontre très sympa avec un homme attachant et un musicien engagé

Du classique au jazz
Je suis tombé dedans .. Mes parents sont musiciens … j’ai commencé vers 6 ans .. Sur 4 enfants les deux derniers ma jumelle et moi-même ont fait de la musique. Mes parents se sont peut-être dit ça serait pas mal de transmettre…Ils se trouve qu’avec moi ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts… quand j’avais dix ans je faisais de la musique classique mais je la vivais comme du jazz… Pour moi c’était une aventure, je lisais les mémoires d’Hector Berlioz c’était magnifique ! Je n’avais pas encore très bien compris qu’on était au XXème siècle. C’est quand je m’en suis aperçu que je me suis dit, bon, vaut peut-être mieux faire du jazz, c’est peut-être plus actuel ! c’est le moyen de faire de la musique comme Berlioz mais avec les moyens d’aujourd’hui ! mais c’est avec la même idée. Moi je voulais être créateur et j’ai compris qu’il n’y avait plus d’Hector Berlioz.
La musique classique c’est merveilleux en tant qu’interprète, mais quand tu es créateur, quand tu es compositeur, la musique classique ce n’est pas vraiment pas une solution. On ne jouera jamais tes pièces puisque le répertoire il s’arrête à 1938, on joue exceptionnellement une création mais très vite on la met au placard, alors que la 5ème de Béthov on va la jouer 10000 fois par an, parce que les gens sont des conservateurs. Donc on est bien avec notre 5ème de Béthov, on est bien avec notre « Boléro » et puis on veut que ça continue comme ça ! Etant enfant j’aurai aimé qu’on me dise, ben vas-y, il y a de la place, il y a eu de la place pour Maurice Ravel, il va y avoir de la place pour toi. Il y a toujours la folie de la nouveauté. Bach écrivain avec le contrepoint, puis on a continué à évoluer, puis le décaphonisme est arrivé, dans l’esprit des gens la musique c’est cette construction là mais moi qui suis musicien je sais très bien que ce n’est pas ça la musique ! La musique c’est de la chair, ce n’est pas des notes sur une théorie musicale. Oui sauf que les journalistes par exemple, eux ils ont envie de dire « on a trouvé une nouvelle manière de faire quelque chose ! » et pour le jazz c’était pareil. Pendant très longtemps il fallait absolument qu’il soit fléché dans le temps. Pour moi c’est absurde !
L’intention
C’est « l’intention » ! ça ne passe pas par les notes, ça passe par la présence, par la manière de s’adresser aux autres, c’est le produit du moment que tu es en train de vivre collectivement. Je pense même que, à un certain moment, ultime, tu arrives sur scène pour Jouer, et là, tu ne joues rien ! C’est marrant quand j’ai joué avec Bernard Lubat l’été dernier, pour moi c’était un peu un retour aux sources. Je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit Bernard, je vais te dire une chose très importante. Bernard tu est mon jazz ! Le jazz c’est ça, le contact ! un peu après il m’a dit, « tu sais, je réfléchis toujours à ce qu’est le jazz et j’ai trouvé un élément de réponse. Maintenant que j’ai 80 ans, et c’est une chose que je ne me suis jamais permise, j’arrive sur scène et je ne joue rien ». Alors dans le cas de Bernard ça ne dure jamais très lontemps (rires) mais déjà avoir cette idée-là, c’est magique ! ça veut bien dire que ce ne sont pas les notes qui font la musique, c’est l’intention, juste une manière d’arriver !
L’intention ça comprend le partage, il y a une intention de partage. L’intention il faut qu’elle se réalise réellement, concrètement. Je suis pour les choses concrètes à taille humaine, où avec des émotions humaines, pas un théâtre où quelqu’un vient jouer ce qu’il sait faire, ça ne m’intéresse pas ! J’ai de l’ambition pour le monde qui m’entoure !!! (Rires)
Mes grandes idoles, quand elles arrivaient sur scène je n’avais même pas besoin qu’elles jouent.
J’ai aimé des jazzmen américains, je m’en suis vite lassé parce qu’ils étaient trop loin de moi. Et ensuite j’ai adoré des musiciens français, Eddy Louis, Michel Graillier, Portal, tous ces gens avec qui je vivais. Alors oui ! Bill Evans c’est sympa, mais une fois qu’il a repris son avion si tu veux tu ne vas pas le croiser au club du coin !
Emmanuel Bex reviendra à Monségur cet été avec son projet hommage à son ami Eddy Louis. Il invitera pour l’occasion la saxophoniste Céline Bonacina. Il embarquera aussi deux classes jazz du collège pour faire renaitre l’esprit de la géniale fanfare d’Eddy Louis « Multicolore Feeling »
Dimanche 5 juillet 17h Halle de Monségur (36ème édition des 24 heures du swing) !
Par Max,
photo Alain Pelletier alias tamkka






















