Jean-Pierre Como et Javier Girotto – Parfum d’Azur

Le CD que je m’apprête à vous présenter n‘est pas celui d’un duo, mais d’un quintet inédit et unique.
Les fidèles d’Action Jazz auront sans doute parcouru la chronique parue lors du concert de Jean-Pierre Como (piano) et Javier Girotto (saxophones) le 8 février 2025 à Saint Emilion, et devinent alors ce qui suit (*).
L’idée germe en 2017 lorsque Jean-Pierre Como présente son CD « Europa Express » à l’occasion du Saint Emilion Jazz Festival. Depuis, Dominique Renard, patron du festival et Franck Binard du Conseil des vins de Saint Emilion ont invité le pianiste à plusieurs reprises, créant une véritable complicité entre eux et l’artiste.
La rencontre Jean-Pierre Como – Javier Girotto date, quant à elle, d’une quinzaine d’années déjà (album « Bolero »).
Un duo de musiciens, un duo de passionnés et… la Salle des Dominicains. Voilà le « line-up » du projet.
Le lieu ses voutes et sa pierre blonde, avaient tant séduit et inspiré Jean-Pierre Como qu’il rêvait depuis, d’en faire l’écrin d’un futur bijou. Cette fameuse Salle des Dominicains, lovée au cœur de Saint Emilion, décor atypique de nombreux concerts exceptionnels, est vraiment prégnante dans le son qu’elle façonne.
Cela saute aux oreilles dès les premières notes du disque ; on ne s’attend pas à un tel son « live », à cette reverb naturelle qui donne au piano une légèreté si singulière et au saxophone sa puissance.
Enregistré en trois jours, au printemps 2025, le 16ème projet de Jean-Pierre Como, est une suite de ballades tourbillonnantes et de balades contemplatives. Cette brillante conversation entre saxophones et piano sortira le 27 mars 2026. Son nom « Parfum d’Azur ».
Comme un parfum, cet album glisse sa personnalité dans l’espace, colorant le temps d’une fragrance subtile mais suffisamment tenace, pour que l’on remarque son absence lorsque le CD finit. Comme une odeur oubliée, il ravive des émotions enfouies sous d’épaisses couches de simples et banals souvenirs. Le sentiment d’élévation est palpable ; Jean-Pierre et Javier nous embarquent très au-dessus des vignes et des remparts de Saint Emilion, au pays des songes.
La danse, les rêves, les anges, les murmures et les étoiles… autant de thèmes oniriques retrouvés dans les 10 titres de l’album. Le premier (« une étoile pour danser ») doit son espièglerie à la grâce virevoltante du saxophone soprano ; Javier Girotto possède un jeu de soprano brillant, un son très pur, aux accents de bandonéon, par moments. L’Argentine coule dans ses veines.
Paradoxalement, « Point final » est le second titre ; l’intro, piano solo, s’évanouit dans la haute charpente de la salle transformée en studio. Les notes parlent aux anges, c’est sûr. Là, c’est le saxophone baryton qui soutient une ligne mélodique déclamant une poésie de notes qui s’emballe dans une envolée devenue frénétique, presqu’hypnotique.
Dans le jazz, le format duo piano-sax, est, si ce n’est fréquent, du moins une évidence. Vous serez surpris ici par l’influence du classique romantique. Certes, le son direct et organique y contribue. Il n’a rien à voir avec celui des machines de l’autre Como, celui de Sixun. Ce sont surtout les mélodies, la proposition musicale, les titres aussi, qui illustrent cette affiliation à l’universelle référence appelée « musique classique » (« Léa et la symphonie des rêves », « Chopiniana »).
Cela dit, il y a bien plus de surprises qu’on ne pourrait le penser dans les 10 morceaux ; écoutez dans « Chopiniana », la coda en pianissimo, alors que l’on s’attend au contraire à un accord puissant. Au fil des compositions, une des trois de Javier Girotto, évoque la guerre des Malouines en 1982 ; ce « 2 de abril », rend hommage aux soldats tombés en vain pour l’Argentine.
La pièce finale, « A la part des anges », est peut-être une référence à l’une des tables de la région ou d’une autre où la vigne façonne les Hommes (et aussi l’inverse) ; dans tous les cas, les anges ne se sont pas trompés en choisissant du Saint-Emilion comme breuvage ; on dirait qu’ils en ont même un peu abusé, à la fin du morceau !
Parmi mes titres préférés, « Ouverture », juste au milieu de l’album. Hasard ou facétie, la mélodie soufflée au soprano semble se dérouler comme la bobine d’un fil sans fin, s’entremêlant aux branches des rêves, porté par l’inéluctable vent de la vie, tantôt vif et tempétueux, tantôt doux et apaisé. Ce morceau improvisé introduit « Parfum d’Azur » titre éponyme de l’album. Il est à lui seul la synthèse et la clef de voute du projet… émouvant, dansant, charmant, nostalgique, romantique.
Mes mots sont un peu réducteurs ; ils ne peuvent décrire avec justesse le mélange d’émotions qui parlent à l’intime et ce sentiment de liberté qu’apporte l’improvisation avec ce son acoustique si pur. Une totale sensation d’apaisement dans le chaos du monde.
Jean-Pierre Como et Javier Girotto réussissent la fusion de deux instruments comme personne, leur complémentarité est totale ; deux « âmes sœurs » ont gravé leur union avec de très belles notes.
Avec le projet « Parfum d’Azur », laissez s’ouvrir votre malle aux trésors de la mélancolie, celle laissée trop longtemps au grenier de la vie. C’est un miroir tendu à votre cœur qui se souvient qu’il a souffert, qu’il a aimé, que des choses ont changé.
https://www.facebook.com/comojeanpierre
(*) https://lagazettebleuedactionjazz.fr/jean-pierre-como-et-javier-girotto/
















