Rocher de Palmer, Cenon, 29 janvier 2026

1ère partie

Daudi Matsiko

auteur-composition-interprète, guitare

C’est un chant de pénombre que nous susurre Daudi Matsiko ; la langue anglaise gratte doucement accompagnée par les notes répétitives comme une complainte lancinante ou un rêve incertain. Il faut entrer dans cette intimité.

Les paroles coulent, douces, décrivant sensations, sentiments, dépression, désarroi, la poésie du quotidien que Daudi interroge avec une infinie délicatesse  et finalement une grande tendresse tant dans les mots que dans la voix. Une profonde attention à l’Humain.


2e partie 

GoGo Penguin

Necessary fictions

Chris Illingworth, piano, clavier
Nick Blacka, basse, contrebasse, synthèse modulaire
Jon Scott, batterie 

Le piano préparé de Chris Illingworth prend le relais d’une bande son très ethnique, la synthèse modulaire, doublé par la batterie tout en pulsion, le meilleur moyen pour entrer dans une transe, entêtement bien ordonné, la contrebasse maintenant bien le tempo. 

Place à la basse de Nick Blacka encadrée par le piano répétitif, la batterie, pulsions du trio ; quelque chose d’une esthétique asiatique se dégage du morceau, peut-être un rythme stylisé comme la précision des estampes japonaises. Le piano façon bambou annone les notes pour que tout soit battement, découpage élégant,  transparences à multi-dimension du temps. Les effets au piano se superposent aux notes, pluie intermittente, irrégulière, toujours entraînée par la batterie obsessionnelle de Jon Scott. La contrebasse  à nouveau présente joue les fioritures par moments quand elle ne récupère pas le pouls du trio. 

Les flashs lumineux sur la scène qui nous aveuglent participent à la mesure hypnotique. Epileptiques s’abstenir, ça accentuerait une crise. Le jeu du piano est fluorescent tout du long pendant que la batterie mitraille avec précision le morceau. 

Une même note répétée,  The Turn within, laisse alors les autres s’écouler donnant le tempo à l’ensemble, de mini déflagrations agitent la rythmique, comme un souffle un peu oppressé. Le clavier joue avec la batterie, elle, rebondissante, lui, cahin-caha, sorte de balance qui pencherait précipitamment d’un côté puis de l’autre, mécanique qui pourtant enchante, ou pénètre dans des endroits magiques, sûrement futuristes, mais étrangement rassurants, avantages de l’hypnose si l’on se laisse conduire. 

Les accords progressifs semblent faire pénétrer dans des mondes imaginaires donnant envie de regarder autour de soi à la découverte de fééries cosmiques insoupçonnées. Ils laissent passer le silence, l’accueillent puis emplissent la scène. La contrebasse de Nick Blacka remplit ses poumons. C’est une marche volontaire dans un espace préalablement défini qu’ils ne cessent d’exploiter, comme pour le remplir… On entre par degrés, par épaississement avec une superbe contrebasse très nerveuse.

De l’électro pour encéphalogramme, la batterie baltringue, frémissements assurés du piano, c’est parti pour battre la chamade, au moins celle de la batterie ; un pouls dévastateur est branché, les graves sont saturés par les battements de la contrebasse, s’y incrustent les aigus du piano, en leitmotiv, et s’y superpose la batterie électrique. Des sons détachés s’extirpent inexorablement du clavier, l’archet scie-llonne la contrebasse, encore quelques notes en ping-pong, des éclats de batterie, qui s’emballent parfaitement. Vous pouvez fermer les yeux, c’est encore pour l’envoûtement. What we are and what we are meant to be…

Les coups de baguette sous les effets deviennent barres métalliques frappant du métal, univers urbain, une rue furieuse, un trio intriguant. La batterie extravertit ses sons, la contrebasse monte et descend, le piano  égrène ses gouttes ici métalliques.

Electro pour emporter le tout dans une folie tourbillonnante pourtant bien ordonnée. Les effets comme des échos sont le prétexte au jeu du trio telles des balles bondissantes tapent sur des parois pour rebondir ailleurs. 

La batterie assurant leur frénésie constante, piano et contrebasse viennent alors comme incrustations nécessaires à la profondeur du récit, reliefs abyssaux, pensée en miroir ou abîme psychédélique. Au choix. Ce sont des chevauchées fantastiques, sur des monts virtuels, qui se superposent puis s’engloutissent, les uns les autres…

Accords comme des fontaines de jouvence et l’on aperçoit des matins sur la Banquise, pas forcément terrestre en fait. Des paysages futuristes s’étendent à perte de vue, la contrebasse guide nos pas sur ce sol insoupçonné. Les accords élargissent le temps, l’étale, le transformant en espace, la contrebasse strie le ciel. From the North.

La précision de leur jeu fait penser à des horloges un peu folles mais parfaitement réglées. C’est peut-être cela qui nous embarque. Et quel voyage…

Des salves de vapeurs pour le dernier morceau, nappes de brume anarchiques. Le piano décompose le rythme pour créer les variations, le chant fluide, et la batterie en petit tambour agitant les baguettes avec une belle constance, tout du long d’ailleurs. La répétition entraînant une certaine folie ou bien un abandon salvateur. 

Ils reviennent avec Daudi Matsiko pour Forgive the Damages. Un message ?

Par Anne Maurellet
photos François Laroulandie