L’impact du silence



François Bourassa : Piano


Premier disque solo d’un pianiste réputé sur la scène québécoise, après 35 ans de travail, une dizaine d’album en formation jazz, le temps de faire le point sur une carrière, en introspection intime, ou mettre à plat des plans de projets à venir, perspectives dynamiques… !? A la recherche du silence fugace. Ce silence qui individualise les notes et les idées, et les relie. Silence méditatif, potentiel non-manifesté de création en devenir… Silence propre à la réflexion, vacuité prête à recevoir l’inattendu. On se souvient de celui, affirmé de J.Cage, ou plus dubitatif de T.Monk, nous avions parlé aussi de l’intérêt (et de la réussite) de J.Pontvianne (AUM grand ensemble) pour cet élément immatériel mais indispensable à la respiration de l’artiste et des idées qu’il expose ; même si elles s’enchaînent en logique, reste la fracture dans l’esprit du compositeur cherchant la liaison. Silence bouré de non-dits, plus bavard, bruyant, hurlant que  ‘rien’, renvoyant l’autre’ à ses projections incertaines, face au mur, transparent mais présent, d’indifférence ou de réprobation contenue ! Finalement, ne nous leurrons pas, il s’agit, aussi, du silence social (manque ou difficultés de rencontres physiques) imposé par les restrictions liées à l’épidémie mondiale actuelle (même si le projet couvait depuis 5 ans, il stigmatise la réflexion sur la création en temps de crise).
Pourtant, il y en a ici des notes, et des belles ! Enregistré sur un piano ‘Grand Concert’ un peu grave, un peu sombre, au studio ‘La Buissonne’ par le renommé Gérard De Haro, à l’investigation de notre ami Alain Bédard (directeur de EffendiRecords), un disque qui défie le silence ‘bon ton’ qui sépare la musique classique du contemporain ou du jazz. Maizalors, c’est un disque de quoi ? De musique ! E.Iverson (pianiste de ‘The Bad Plus’) commente : « Un beau touché, une imagination harmonique toujours sur le pont. Sa musique est juste sur la ligne entre composition et improvisation. Est-ce M.Ravel rêvant de P.Bley, ou le contraire ? ». On peut aussi penser à un croisement de Scriabine et B.Evans…
Lyrisme et abstraction, phrases rêveuses et pulsions fracassantes, inventivité nostalgique, clair-obscur de joie lugubre évanouie, de mélancolie primesautière évanescente… Juste des suites de sensations, d’émotions et de sentiments qui font chaud au ventre des oreilles qui s’emplissent du plaisir d’écoute d’un travail bien fait auquel peut légitimement prétendre s’enorgueillir ce pianiste vraiment intéressant, et très attachant ! C’est donc Sa vision du silence que nous propose françois Bourassa, à l’aide de notes pleines et mûres qui se rejoignent sur des harmonies atonales mêlant mode majeur et mineur, exprimées avec pudeur, sans retenues pour autant, avec allant, sans élan rebondissant superflu, avec coeur et chaleur, sans ostentation inutile, mais alliant sens et beauté qui apaise les esprits perdus dans les bruits de communication d’informations défigurée qui a perdu le sien, de sens.
Marre des nouvelles anxiogènes ? Écoutez ce disque anti-stress ! Superbe ! 

Chez : EffendiRecords
Par : Alain Fleche

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