Abbaye de Puypéroux, samedi 2 juillet 2022

Azulera quartet 

Mathilde Gardien, voix 
Romain Salmon, guitare
Matis Regnault, contrebasse 
Ananda Brandao, batterie

Et si le tempo c’était quelques voix chuchotantes, au moins pour nous glisser dans la musique comme on passerait sous une porte pour découvrir un autre monde … Après une voix douce aux accents brésiliens, la guitare sèche chante à son tour : nous nous trémoussons déjà discrètement. La voix traduit les émotions de chaque parole, la sensibilité de la chanteuse Mathilde Gardien affleure sous les notes, le regret de ne pas voir d’autres venir vers soi, en confiance. Nous, nous les suivons. 

Des morceaux plus complexes, bien construits prennent le relais, la contrebasse menant la barque, cadrée par la batterie d’Ananda Brandao. La guitare sèche  -et ça fait du bien- compose de jolies harmoniques. Le quartet crée un temps suspendu, un hamac se bercerait lentement laissant percevoir la lumière entre les feuilles des arbres. Les musiciens nous apprennent à regarder, dépouillés du stress, réceptifs aux qualités de chaque instrument comme de la voix. Ils touchent les cordes sensibles… Pierre Perchaud vient, en invité, éclairer lui aussi, en l’électrifiant remarquablement, ce moment délectable.

Concert charmant de jeunes talents en herbe…

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier

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Lena Aubert quartet

Lina Aubert, contrebasse, voix
Lisa Murcia, violon
Noé de Galles, piano
Émile Rameau, batterie 

Ils ont choisi l’exigence et le violon n’est pas là pour s’y opposer… C’est une musique tendue et partant inquiète. On aime bien cette tension qui ne trouve que progressivement son débordement, soucieuse de le choquer au moment opportun après l’élaboration du « hasard ». Les tâtons de la contrebasse sont profondément mesurés pour créer une atmosphère propice au chant du violon. Gravité et élégance se rejoignent alors. Les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux et l’élégie pointe son ampleur encourageant par contraste la batterie et le piano à lancer leur dynamique tempo.

La batterie tambourine avec véhémence, les sillons strient  l’espace, traînées superbement nerveuses ; s’y incruste la voix de Léna, prolongée par celle du violon. Le piano s’épanouit alors. Une envolée accélérée réunit les quatre.

Le violon dessine par un coup d’archet un monde nuancé, un peu étrange, fait d’interrogations, de joies inavouées, de tristesse racontée pour que vienne la contrebasse mature. Leur duo impossible les assemble pourtant, frêle équilibre du jazz dans sa belle insatisfaction qui le construit et le grandit sans cesse.

Le morceau suivant paraît balayer d’un revers de swing les questions précédentes, piano et batteries sont dans une frénésie survoltée laissant la musique exploser.

C’est bon de voir le musicien ressentir sa musique dans ce qu’il veut lui apporter et dans ce qu’elle lui apporte, il suffit de regarder Léna Aubert. Ça impose le respect et ça élève. Un tempo charnel. Transpirant des doigts, faisant résonner les cordes, et sa voix comme prolongement. Il ‘agit d’une composition en hommage à Benoît Richard son premier professeur de contrebasse. Humilité émotive, on ne saurait s’en plaindre…

Une reprise de Gilberto Gil fait entendre la voix à travers le toucher charnu de l’archet de Lisa Murcia. Le piano a décollé depuis un bon moment et nous livre son feu d’artifice. C’est là qu’il excelle Noé de Galles. Pas question pour la batterie d’être en reste, Émile Rameau attaque l’excitation contagieuse du piano en plein vol. Arrachant sa batterie, il sait en dégager toutes les possibilités, du plus lent au plus vif, conjuguant les baguettes à celles à embouts, il vibrionne -j’ai pas trouvé mieux-  au-dessus de son instrument, puissant, désireux, assoiffé, insatiable. Passé au crible d’une jeunesse enthousiasmante !

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier

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Émile Parisien – Louise

Émile Parisien, saxophone
Manu Codjia, guitare 
Julien Touéry, piano 
Yoann Loustalot, trompette 
Simon Tailleu, contrebasse 
Gautier Garrigue, batterie

Ça commence toujours par un désert méditatif avec Émile Parisien, de l’espace, des dunes soufflées, son regard et sa musique y naviguent. Il pousse le son par irisation comme pour l’exténuer, lui offrir tout son sens ; les autres entrent dans une marche solennelle, Yoann Loustalot, lui emboîte le pas, déraillant le son pour donner le meilleur de sa trompette. La guitare toujours inspirée de Manu Codjia retient les accords dans une alcôve. 

Introduction faite, le swing se libère, et un tempo fou pour Jojo (lire Joachim Kühn) manifeste de la fantaisie de ton, l’expressivité exacerbée que la batterie de Gautier Garrigue relaye. Emile aime partager et prend plaisir à apprécier ses amis à l’oeuvre. La trompette est explosive, piano contrebasse et batterie engagent la course.

Petit cliquetis sur les cordes du piano, pour revenir en enfance ?, se souvenir, Memento, traduire la tendresse comme joue alors Émile avec Yoann, faire une déclaration à sa mère, comme des mots aimants susurrés avec pudeur mais reconnaissants. Des sentiments profonds sortent des cordes de Manu Codjia, amour inconditionnel dirait-on, on y dénicherait quelques révoltes secrètes dans les aigus, mais le piano Julien Touéry en diffuse la délicatesse infinie malgré quelques tempêtes…

Émerge un objet mécanique à plusieurs faces, aux déplacements saccadés, robot à l’horloge activée d’où jaillissent les flammes incendiaires de la trompette de Yoann Loustalot. Émile s’amuse, on aime ça ! La machine avance à la vitesse des doigts raffinés de Julien. Le dérèglement s’accentue, la cadence aussi. Fou ! 

I giorni della civetta est un beau développement de la contrebasse, sobre, grave, au toucher nuancé. Une traversée à dos de chameau, passant d’une hanche à l’autre en un ample déploiement. Rayons cuivrés déclinant peu à peu. Ils s’éloignent, reste leurs traces inscrites dans le sable. 

Madagascar est un autre paysage avec d’autres couleurs. Sax et trompette s’interpellent, se croisent, variant les teintes ; swinguy. La batterie de Gautier Garrigue suivie par le piano enhardi,  est toujours garante du tempo et facilite les circonvolutions des trublions. Elle est attendue et elle arrive en mitrailles progressives, lacérantes.

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier

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