Enez

PAUL CADIER : Saxophone / ROMAIN NOEL : Piano, Compositions / FLORENTIN HAY : Batterie / IVAN GELUGNE : Contrebasse 
Enez : île, en breton. Voici donc un quartet se voulant bretonnant, malgré que les 3/4 soient rencontrés à Tours (école de jazz), sauf le bassiste… nous y reviendrons). La Bretagne où il n’y a pas que des ‘Fest noz’ et des binious, il y a aussi les dernières lueurs du soleil, les premières respirations du vieux continent, les embruns, bourrasques et tempêtes qui mouillent le pays, et surtout : des irréductibles  qui font fi des courrants, des modes et modèles. Tours n’est pas si loin des côtes bretonnes… pour qui est épris d’espaces, de mouvements, de bruits… de la liberté qu’offre la mer. Quant au contrebassiste, lui, vient d’ailleurs, de la route, qu’il partage avec E.Parisien depuis une dizaine d’années, une route semée des plus grandes pointures de l’hexagone avec lesquelles il s’est frotté, a bataillé et enfin fut adoubé ! Juste reconnaissance d’un musicien mature, carré, précis… et libre !
Romain, à l’origine du projet, embarque les 3 autres sur un tapis cosmique , avant que de nous y convier, et file là où la bruine confond la terre, la mer et le ciel. Les éléments se disputent la primeur des évocations et des références. Les titres des compositions  nous disent « Bisque vent »,  « Nuage »,  « Le Rêve du goéland », nous entraînent sur les rochers, au bord de l’océan, à la frontière des villes, sur le marché, dans un champ de rêveries, un chemin de rencontres, au milieu de la mer, infinie, qui confine à la solitude et à la méditation.
A l’instar des peintures et des poèmes (Laurent Noel) du livret, peu de moyens suffisent à planter le décors, distribuer des couleurs, arrêter l’œil/oreille sur une tache/phrase musicale, avec des mots/sentiments/émotions qui rappellent un vécu oublié d’un endroit disparu, pourtant… Piano aérien, touches impressionnistes, poésie lyrique, arpèges qui s’accélèrent et rappent la peau comme la bise qui se lève, un soir d’automne, comme un nuage qui se disloque, puis grossit à remplir le ciel que le vent ne peut plus percer. La contrebasse s’obstine, suit le piano, balise le territoire comme des rochers oubliés par des arpenteurs fantômes, s’allie à la batterie qui rythme le temps par vagues de frappes qui semblent se moquer du tempo qui pourtant est inamovible et constant, même si beaucoup de libertés s’autorisent à son découpage en temps éparses et irréguliers. Et puis Paul, saxophone  pensif et élégant, urbain et rageur, clone de C.Potter allongé sur le sable de la plage du disque. Il dégage une force évocative, une tension suspendue à chaque note, à chaque phrases qui se poursuivent, s’entrechoquent de ne laisser la place à la suivante, et puis se posent, se dénouent, s’étale à nouveau sur le sable, à la limite de la mer qui lisse les cailloux, infiniment. On parie d’en entendre reparler bientôt ?
Un nouveau quartet, un grand. Nouvelle musique qui épouse l’air du temps, subtile et puissante, qui réinvente aussi une façon d’écoute, organique et sensitive, massive et légère, et qui mélange les éléments de la terre et de l’atome, la mer le ciel et les électrons enfin libres !
Voyage au bout des rêves que l’on a fait siens, et qui nous vont bien, comme un costume ample, taillé à démesure à plusieurs temps, de pluie et de joie, de nuit et de jours… heureux ! 

Chez : Label OUEST
Par : Alain Fleche

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