Jean-Marc Larché – Yves Rousseau

A petits pas

Jean-Marc Larché : Saxophone, compositions
Yves Rousseau : Contrebasse, compositions

Depuis son 1er diplôme musical (1981 à Besançon), puis un autre à Paris 1984, J.-M. Larché bouge, teste, expérimente, essaie un style puis change d’inspiration (il n’en manque pas). Il s’est promené du côté « World », s’est immergé dans le contemporain, mais semble avoir trouvé une bonne attache dans le jazz. On a pu le croiser près d’Anouar Brahem, mais aussi avec Martial Solal, Christophe Marguet, l’Orchestre national de jazz… Outre une parfaite maîtrise de l’instrument, avec un magnifique détaché de notes, un sens robuste de l’improvisation, dont profitent encore Régis Huby, Emmanuel Codjia , Jean-Luc Cappozzo, François Couturier en formation régulière… pour un jazz neuf, engagé dans son époque, suivant le sens du temps, poussé vers le devenir avec une pureté de son qui semble éclairer tout ce(ux) qui l’entoure. Le voici aujourd’hui en duo avec un compositeur interprète contrebassiste qui démarre son écriture en 1988, puis se frotte aux sons d’Europe de l’Est, à l’univers de J. Tati, arrive le nouveau siècle (2000), il choisit de continuer avec Christophe Marguet, Régis Huby et… J.M. Larché en quartet, bifurque sur la musique de Léo, accompagne des troupes théâtrales, de danse, musique turque, jazz encore et toujours avec Jeanne Added, Géraldine Laurent, Franck Tortiller et d’autres, et, s’associe avec J.-M. Larché en 2017 pour former « Duo Continuum » où sa contrebasse peut s’affranchir de bien de codes et de jeux attendus pour donner le plein élan et majesté à son instrument qui n’attendait plus que cela ! Des tricotages d’arpèges sensibles, au tonnerre en puissance, de cordes qui lancent des éclairs de vibration torride, des sons du bout du monde qui se mêlent au présent que nous vivons, par une évidence qui égale celle qui réunit ces 2 artistes accomplis et entiers !
Les 2 se fréquentent donc depuis près de 5 ans, et décident d’enregistrer l’aboutissement de cette expérience. Les inspirations sont multiples : outre les signataires interprètes, sont nommés : J.S.Bach, Blaszczynski, Ferrabosco. Regard sur le baroque, dans un esprit contemporain, joué sans barrière de style d’où jaillissent des phrases folk, pop, rock… et, oui : jazz aussi ! la basse se met à swinguer et soutient le sax, tout en nuances, qui syncope, s’envole vers des cieux inattendus, aborde des plages vierges et riches, coule sur des flots irréguliers qui serpentent entre des rives embrumées, incertaines mais précises pourtant, des rêves (d’) éveillés où les couleurs vives ou discrètes sont différentes, pas où on les attend, changeantes et attirantes.
la première phrase des lignes de commentaire situe le projet : « Flâneries musicales et buissonnières, conversations intimes et poétiques, qui, par-delà les frontières du temps et de l’espace, évoquent la vie, l’amour, la mort, et bien d’autres choses encore… ». On entend aussi parler (et jouer) les enfers de Baudelaire, des pensées pour Miro et/ou Miro-slave Vitous, on évoque Cioran, Molière et le plus grand désert de sable. Sujets apparemment disparates qui se rejoignent, comme par le hasard d’un vol de papillon, sur une sensibilité commune, d’une élégance presque aristocratique, dont le charme n’a d’égal que le plaisir de sentir les idées s’enchaîner et nous surprendre . Des tutti ajustés en tolérance 0, des échappatoires contrôlés en harmonie partagée, des soupirs plein de rebondissements, des silences qui n’en sont pas. Surtout, des airs qui ne fatiguent pas et restent à trotter entre les oreilles longtemps après que la musique se soit tue.
Du grand, du beau, du juste. Résultat de maturités partagées, une broderie irisée d’où jaillissent des éclats de soleil qui réchauffent l’âme et le cœur. Parfait pour (se) faire un cadeau original dont on ne se lassera pas ! 

Chez : Label MCO
Par : Alain Fleche

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