Samuel Blaser Quartet – Rosina

Samuel Blaser : Trombone
Russ Lossing : Piano
Masa Kamaguchi : Contrebasse
Billy Mintz : Batterie

Samuel Blaser, tromboniste suisse, à 45 ans, nous propose son 35ème enregistrement.

On l’a entendu avec Gerald Cleaver, Marc Ducret, Paul Motian, Benoît Delbecq, Daniel Humair, Gerry Hemingway, Michel Portal…

Il a traversé un parcours incluant études de musique classique, musique traditionnelle suisse et… jazz. Il s’est rangé rapidement du côté des innovateurs aventureux mêlant l’énergie du rock et l’authenticité du blues. Son chemin musical est d’évoluer au fil des rencontres (avec les meilleurs) ce qui ne l’empêche pas de se produire fréquemment en solo. Son style est reconnaissable par la facilité qu’il a de passer souplement du registre mélodique aux ponctuations rythmiques affirmées, privilégiant toujours la maîtrise du son de son instrument, qu’il se fait fort d’adapter aux configurations différentes de chacun des ensembles avec lesquels il se produit.

Le voici aujourd’hui avec un quartet en forme de jeu de famille à partir de son noyau musical, c’est à dire Russ Lossing et Billy Mintz avec lesquels il forma le trio ‘Tripple Dip’. Le batteur fut le premier à lui trouver des engagements lorsqu’il débarqua à New-york (2005-2008), le pianiste lui présenta Paul Motian quand Samuel désira enregistrer avec ce batteur (2010). Quant à Masa Kamaguchi, il est simplement le contrebassiste du trio de Russ Lossing.

‘Rosina est un hommage de Samuel Blaser à l’Italie de ses ancêtres. Un disque personnel, intimiste qui puise aujourd’hui dans le passé les éléments qui forgeront son devenir. En enregistrant dans le ‘New-Jersey’, il réunit aussi ses cousins émigrés aux USA avec leurs racines familiales.

Rosina, une grand-mère qu’il n’a pas connue, découverte sur un cliché de 1925 que lui confia une cousine de New-York. Il pense à Alan Lomax et son travail sur la musique ethnographique, ses plages gravées en 1947 à ‘Emilia-Romagna’, nord de l’Italie d’où venait son aïeule, une jeune femme qui prit part à la résistance lors de la deuxième guerre mondiale avant de se réfugier en Suisse.

C’est de ce souvenir que parle le 1er titre de l’album : ‘Boara’. La chanson démarre sur quelques notes de trombone très bluesy, qui rappelle le fameux ‘Freedom’ de Charles Mingus. La contrebasse vient appuyer l’évocation mystérieuse avant d’être rejoint par le piano qui part dans un lyrisme onirique, des percussions parsèment les phrases qui ouvrent sur une ’Terra incognita’ de musique libre, jusqu’au retour du leitmotiv de trombone.

Encore en famille pour le 2ème titre ‘Amaaka’, contraction des diminutifs des enfants de Samuel, qui s’inventaient des airs en voiture. C’est d’après le souvenir d’une de ces chansonnettes que se construit ce morceau, Un riff épuré au piano, rythme simple et souple pour la section rythmique, et une large place pour des improvisations douces et sophistiquées, mais sans virtuosité excessive.

Inspiré d’un enregistrement de Lomax, le titre éponyme de l’album est une mélodie toute simple et émouvante où un chœur masculin chantait dans l’original : « E la mamma di Rosina… ». Reprise d’un chant que Samuel fait sien en le dilatant pour traverser le temps et l’océan. Le thème sert de fil conducteur pour des interventions individuelles et collectives dans un enchevêtrement de phrases, d’idées qui se chevauchent, s’interpénètrent et font sens dans leur construction commune.

‘Elgnij’ est un ‘private joke’ de la bande qui ramène au titre joué par Blaser, Mintz et Lossing : ‘Jingle’.  Une discussion à 4, comme pendant une partie de cartes, des notes comme des mots qui fusent, d’autres marmonnent, des éclats, des réflexions, des surprises, un jeu sans perdant, juste le plaisir d’être ensemble.

‘Adagio’ et ‘Scherzo’. Samuel Blaser s’invente un classicisme moderne sur des règles anciennes remisent à jour pour la musique de demain, en totale liberté, avec audace et sensualité, entre jazz moderne et soul, il y a encore du Mingus là-dedans, et du bon !

‘Mysteriously’. Hommage appuyé à T.Monk, sans le citer, sauf quelques notes égrenées par le piano et la contrebasse. Juste un bout de folie contenue entretenue de silences … mystérieux.

Enfin, ‘Serenata’, basé sur un chant du ténor légendaire : Renato Carsone de 1957.  Une rengaine qui traîne dans toutes les mémoires transformées en standard jazz (free) façon A. Ayler, en plus tendre, à chantonner… en famille

Un beau disque émouvant et subtil, de confidences introspectives et sentiments de bon goût.

De bons musiciens qui font ambiance intimiste… à écouter !

Chez : Blaser Music

Par Alain Fleche

https://www.blasermusic.com/