Fred Frith / Christine Wodrascka / Jean-Yves Evrard / Hannah Hajar/ La Patata Bollente / Integral

Lundi 13 juillet – 11h00 – Chapiteau
FRED FRITH, CHRISTINE WODRASKA, JEAN-YVES EVRARD
Fred Frith : guitare électrique
Christine Wodrascka : piano
Jean-Yves Evrard : guitare électrique
Frétillements de l’onde, quelques accords des deux guitaristes jetés dans une eau paisible, un monde lumineux et translucide à la fois. Parfois, d’étranges monstres menacent cet entre-deux. Fred Frith transforme sa guitare en Ondes Martenot. Le piano de Christine Wodrascka pose des objets irréels dans l’éther, ce pourrait être un paradis animé de présences insolites. Mais voilà, les guitares frottent : celle de Jean-Yves Evrard s’irise, presque larsen, saturant l’espace, en s’y superposant, Fred égrène une sorte de ritournelle pour un retour à un monde merveilleux. Jean-Yves y incruste de délicates enluminures, parfois ce sont des silhouettes découpées avec finesse. Christine pose ici et là des accords de cette écriture contemporaine déstructurée. On ressent les sursauts qui ne tardent pas, ravageurs, libérateurs, cataclysmiques dans la guitare de Jean-Yves, lasers rayonnants avec Fred en contraste sur une musique presque mystique. Jean-Yves réengage l’ouvrage, jeu suraigu, petites notes sibyllines alors que le petit bol métallique de Fred et sa baguette pingpongue sur sa guitare posée à l’horizontal sur ses genoux. Christine « prépare » les graves, le piano paraît désarticulé, des notes et des accords en fils barbelés emmêlés.
Les impros véritables créent des espaces nouveaux où les trois s’attirent, s’appellent. Ils remodèlent alors en permanence la musique.
Jean-Yves Evrard agresse le son, provoque des déflagrations terrifiantes, -c’est d’actualité…-étire les sons comme un élastique au bord de la rupture, Fred Frith préfère des notes toutes douces. Des électrons bruyants envahissent la scène, fréquences en perdition pour Jean-Yves aux oscillations désespérées, un miroitement dans les doigts de Fred. Les cordes du piano tremblent, frémissent, Christine les fait crisser.
Les sons métalliques prennent le dessus, rayures, scillements. Tout grince, les pinces de Fred font osciller ses cordes, un lieu onirique, des notes jetées çà et là par une infinie précaution du trio, peut-être l’espoir du paisible, provisoire comme l’impro, miroir de nos vies souvent aléatoires.
Le clavier propose une conversation débridée, Fred lui répond, fébrilité des notes pour les deux, mais aspiration à un état plus méditatif, un ralenti insolite, une intériorité à peine dévoilée à l’autre, juste de quoi s’accorder encore, toujours s’entendre. Construire des ponts entre les intimités, les sensibilités, et ici façonner une œuvre, -chaque geste remis en question-
In fine, il reste leur écho, encore du son à renaître…
En rappel, une épilepsie sonore, les mesures de l’hystérie, Fred y intercale une maladie venue du lointain, d’un avant, Christine contrôle les marteaux du piano pour un résidu de sons secs, Jean-Yves nous offre des aurores boréales.

Lundi 13 juillet 12h00 – Parc Massoure
ANNE MONTARON, TABLE RONDE ET DISCUSSIONS À PARTAGER
Table ronde et discussions à partager avec Sakina Abdou, Christine Wodrascka, Fred Frith, Margaux Oswald et Jean-Pierre Layrac qui échangent grâce au cheminement interrogatif d’Anne Montaron. Chacun évoque son rapport à l’institution et au risque que provoque l’improvisation. Pas de certitude, une attention accrue à l’autre et à ce qu’il propose et donc le recul de l’ego. La liberté, des chemins que l’on prend et que l’on laisse, un objet qui se façonne et se défait sou nos yeux.
Passionnant.

Lundi 13 juillet – 15h00 – Le Hang-Art / Esquièze-Sère
HANNAH HAJAR
Mathilde Proy : électroacoustique, électronique
Jeanne Merone : accordéon, électronique
Elles arrivent couvertes de tissu bleu, des cris de mouettes ou de femmes désespérées, ou d’électronique en perdition. Des voix d’outre-tombe émergeant d’eaux sombres aux flots démesurés.
Mathilde Proy et Jeanne Merone semblent mener un rituel chamanique ?
Suite à une sorte de prière, les voiles tombent, elles s’aident pour ce faire, en sororité. Leurs voix sont des lianes envahissantes, puis déformées par un micro, aboyantes. L’accordéon de Jeanne s’ouvre, vieux grincheux.
Elles dessinent une chorégraphie de l’électronique, mouvements lents, stabilisants, au pouls régulier, une langueur.
L’accordéon se pare peu à peu de couleurs pendant que les voix s’altèrent, se dédoublent, deviennent grasses, des Erinyes contemporaines. L’électronique fracture le son, l’éteint, des éclairs lancinants strient le ciel de l’espace contemporain le Hang-art. Jeanne mouille les cheveux de Mathilde comme une libation, un rituel libératoire, de purification ? La précaution des gestes frôle la sensualité. Des voix accompagnent la scène.
Une colonne d’air s’échappe de la table table couverte d’électronique. Un rythme mitrailleur tambourine pendant que se lamentent ou clament les deux conceptrices. Elles crient, révoltées. Une violence libératrice. Tenterons-nous, l’expression d’une saturation liée à la place faite aux femmes.
Des voix soufflées, agonisantes, ponctuées par un gong ou un tocsin. Jeanne reprend son accordéon, l’électronique pervertit les sons pendant qu’un pouls passe en arythmie, ceux de l’accordéon prennent leur envol lentement, réguliers comme un souffle humain. L’association des deux fait matière.

Lundi 13 juillet – 19h00 – Parc Massoure
LA PATATA BOLLENTE
Laurent Avizou : guitare
Marc Démereau : saxophone, synthétiseur
Thomas Fiancette : batterie
Merilù Solito : voix
Les musiciens Laurent Avizou, Marc Démereau et Thomas Fiancette de la Patata Bollente, sont la traduction immédiate de la force, de la liberté (politique) des mots lancés comme des cris par Merilù Solito.
C’est un pamphlet poétique, un engagement viscéral, batterie, guitare et sax ténor vocifèrent. La musique en poing levé. Ben oui, -vestige de liberté, de partage, d’écoute de l’autre.
Les poèmes gazaouis, de Mathieu Rigouste, de Falk Richter, de Marilù aussi et d’autres absorbent la fureur, la révolte des instruments quand eux en sont la traduction immédiate. Deux transmissions pour un même combat.
Quelques grattements de synthé, guitare et sax, le regard de Merilù nous scrute, pose la question de l’identité, de la responsabilité. « Je ne sais pas qui je suis » cernée par un chaos mondial que les trois musiciens simulent.
Un concentré explosif de mots et de sons, des bombes d’haïkus parce que tout est essentiel ou des revendications fleuves, autant d’alarmes, d’alertes, de révolte.
Si nous nous sommes endormis -un peu avant- il faut se réveiller et je peux vous dire qu’on a les yeux grands ouverts ! mais ensuite comment agir ?
Des mots et des musiques (et autres arts) s’inscrivent dans le présent, laissent des traces, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas…
Des scènes de révolution ou de révoltes sont admirablement narrées par Mirelù Solito, et illustrées par les trois autres musiciens, nous avons l’impression de les revivre.
Ils sont décapants.
Peut-être que ce moment fait communauté ouverte provisoire, mais çà l’fait. Et qui sait ?…
On n’a jamais parlé autant de liberté dans ce festival ou l’entendons-nous davantage. On y tient aussi pour ça.

Lundi 13 juillet – 22h00 – Chapiteau
INTEGRAL
Christine Abdelnour : saxophone alto
Julien Desprez : composition, guitare électrique, électronique, voix, podorythmie
Claire Gapenne : électronique, voix
Lukas Koenig : batterie, objets, électronique
Julien Desprez est un être électrique, disons que sa guitare et lui ne font qu’un, 10 000 volts en action, façon électrochocs ou ligne à haute tension. De la tête au pied puisque la podorythmie poursuit le travail. La batterie de Lukas Koenig fournit les battements, les voix de Claire Gapenne et Julien sont en filigrane. Les doigts de Julien courent sur l’instrument à une vitesse inimaginable, électrons fous. Christine Abdelnour éraille depuis le début son sax, en respiration circulaire et en altérité constante, donnant du son aux frisottements aériens de Julien.
L’électronique traverse de part en part la musique face aux onomatopées musicales. Curieusement, l’atmosphère paraît agitée mais légère, un soir d’été brûlant, qu’on image bien…, où l’air semble lui-même en fête, une forêt ferait bien l’affaire pour des sons insolites, venus dont ne sait où et qui repartiraient… Le sax vibre, frémit, les voix récurrentes, berçantes tentent la continuité. N’empêche qu’un archet gratte la batterie, le sax grouille, la guitare crépite. C’est peut-être alors un microcosme, un fourmillement, des vibrations, des implosions lentes. La batterie, elle, bat la chamade, attentive à l’affolement feutré du sax, quelque chose ne tourne pas rond et c’est bien rendu.
Les baguettes cliquettent sur le bord de la batterie, un huis rouillé se débat dans le sax de Christine Abdelnour. Tout s’efface progressivement, enfin, on ne sait pas vraiment. Ce pourrait être dans son arrangement infini une dramatisation, un état d’inquiétude, où tout vibre, trépide, annonce d’une catastrophe imminente, vue la montée en puissance des quatre musiciens.
Le poing sur la guitare, Julien Desprez chante, une voix lancinante, une « perception » ou une perspective du monde, ce qui nous traverse. En tous cas, l’impression d’un inéluctable, d’une tension illimitée.
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)
Les gouttes de rosée sous les yeux, en repartant, ça doit être ça une joie profonde, la sensation de partage, de vrais choix musicaux, d’ouverture à 180 degrés, pour que la musique garde toujours le nez dans l’avenir, des musiciens exceptionnels dans un engagement essentiel. Nous avons besoin de cela exactement.
Merci à toute l’équipe du festival Jazz A Luz de construire et promouvoir cela. Il nous faut une 36e édition !
Galerie photos





















































