Kamil Rustam – Listen Up !

Né à Amsterdam Kamil Rustam a grandi à Paris.

Formé au Conservatoire du 14ᵉ arrondissement, il devient rapidement une value sûre des studios français dans les années 80, travaillant avec Serge Gainsbourg, Michel Berger, France Gall, Johnny Hallyday et Michel Jonasz. Victoire de la Musique du producteur de l’année en 1985, il pose ensuite ses guitares à Los Angeles en 1996 et s’impose sur les scènes américaines, auprès de Stevie Wonder, B.B. King, Aaron Neville, James Ingram ou D’Angelo, rien que ça !

Alors, vous allez me dire, ok, mais pas très jazzy tout ce beau monde !

Attendez un peu avant de passer à la chronique d’à côté.

Manu Katché, Vinnie Colaiuta, Peter Erskine, Jeff Porcaro, Patrice Rushen, Philippe Saisse, Marc Berthoumieux, Hadrien Feraud, Richard Bona, Michael Brecker… en 4 décennies, Kamil a croisé ces pointures mondiales dont certains ont collaboré sur le projet « Cosmopolitain » sorti en 2017.

Presque dix ans plus tard « Listen Up ! » réunit des musiciens comme Pino Palladino et Laurent Vernerey à la basse, Patrice Rushen, Eddie Brown et Arnaud Dunoyer aux claviers, Lemar Carter et Nicolas Viccaro à la batterie. Côté guests, ça chante grave avec Billy Valentine et Amy Keys entre autres !

Bref, du très lourd je vous dis. Avec « Listen Up! », sorti fin avril, Kamil ne cherche pas à réinventer le jazz-soul, mais à la réactiver avec respect et talent.

L’album pourrait sonner « vintage », mais au contraire, il se nourrit de toutes les influences soul, blues, funk et plus largement de la musique afro-américaine du siècle dernier pour façonner huit titres dont sept morceaux originaux écrits par Kamil Rustam et ses complices.

La seule reprise, « Let’s Stay Together » de Al Green est beaucoup plus swingy que l’original, abandonnant les cuivres au profit d’un Hammond B3 de velours couché sur une rythmique qui fait claquer les doigts.

Dès le premier titre, on sait que l’on va en prendre plein des oreilles. Le groove est organique, terreux, l’air chaud sort des cuivres brillants, les voix sont posées avec une justesse rare, sans excès de vibes, des lignes de basse solides et un beat implacable tiennent la barraque… Le tout donne une densité de son « live », inhabituelle sur un disque studio.

Tous les titres sont différents, tantôt Rythm’n Blues, (Summer Highways), tantôt Soul (Custom made, Peaceful Place), mais j’ai un faible pour « Warped Memories » avec Patrice Rushen au Rhodes. Quel bijou ! Je n’ai rien écouté de plus classieux dans ce style depuis « Breezin’ » de George Benson. https://www.youtube.com/watch?v=JsJDoZn4YNM&list=RDJsJDoZn4YNM&start_radio=1

A la fin du CD, « Relentless Passing of Time » est certainement le morceau le plus jazzy du CD et là, les amis vous verrez que j’ai bien fait de vous en parler.

La guitare de Rustam reste le fil conducteur d’un bout à l’autre du CD : elle ne se met pas en avant, ne sature jamais, mais elle tient le fil, épice la sauce et ménage également des silences. C’est un disque de maturité, avec une écriture qui évite toute facilité malgré le plaisir d’écoute immédiat qu’il procure. A ne pas rater donc, car Kamil Rustam ne sort un CD tous les 10 ans en moyenne !

Signé Vince

Can U Feel Records

https://kamilrustam.bandcamp.com/album/listen-up-2