Festival Jazz360 – 17ème édition – 2026 #1
Vendredi 29 mai à Latresne
Lo Triò

Bastien Ribot, violon
Emile Mélenchon, guitare
Rémi Bouyssière, contrebasse
Mise en place d’un doux swing de la contrebasse de Rémi Bouyssière et de la guitare d’Emile Mélenchon offrant au violon de Bastien Ribot une délicate élévation vers le ciel ; la brise bienvenue les accompagne. Le violon s’étire finement puis c’est au tour de la guitare de s’élancer, brillant mix de manouche et de jazz aux couleurs du soir qui descend ou de la plage corse Santa Giulia. N’empêche que ça rougeoie quand la cadence accélère… Les trois s’enchantent mutuellement ; de virtuosité, il est question au service d’une entente musicale précieuse.
Suit un hommage à Paco de Lucia, très fidèle dans cet Entre 2 eaux qui sied si bien à l’Etang des Sources à Latresne devant lequel ils jouent. La composition d’Emile Mélenchon, ambitieuse, entraîne le trio dans les méandres hispaniques, au caractère puissant et riche. Le violon y ajoute sa patte/pâte comme une virulente lamentation. Les sanglots « longs » ont la beauté de ce son.
Un début de morceau, Desrapatge, à pas menus, tels de charmants balbutiements, une conversation étouffée qu’ils reprennent à voix haute ; au tour de la guitare de chatoyer, florissante, au dialogue entremêlé avec le violon. Ils battent tous trois la chamade. Les feuilles des arbres virevoltent à travers leurs cordes. Les racines du sud frémissent, se soulèvent, réveillent nos identités.
Une entrée dans O que sera revu par Rémi, lascive par la contrebasse de Rémi, pleine de l’espoir d’une reconquête humble, un lendemain réparateur où l’on prend mieux soin de l’autre. Le swing est doux, attentif aux effets qu’il peut produire, aux notes saccadées pour les trois qui recomposent le morceau connu et repris par Claude Nougaro. Belle confidence ou confession…
C’est un tressage serré et dense que valorise un jazz acoustique authentique, ici, La Pirenenca, une valse tenue où les pas chercheraient l’irrégularité pour plus de tension et de caractère. Peu à peu, les trois temps espagnols imposent leur densité, leurs circonvolutions, leurs accords solaires, répétitifs, une pointe d’Aranjuez, ses déterminations. Les trois musiciens poussent leurs instruments à leur pointe nerveuse.
Le violon nous met dans les oreilles une mélodie superbe et lancinante, aux variations folles, aux ralentissements gémissants mais quelque chose d’une architecture à la Bach…, pour y faire contre toute attente éclore un jazz manouche rayonnant et joyeux, festif, à l’esprit de The Flinstones. La guitare s’envole, et les trois s’emballent parfaitement jusqu’à plus soif…
Un bel accompagnement de la contrebasse pour magnifier une guitare qui appelle l’hispanisme de Miles Davis dans Nardis, le groove aux lueurs cuivrées – les récipients de Chardin…- charnu en quelque sorte. Le violon y incruste son chant puissant.
Comment calmer un enfant agité ? en lui écrivant une mélodie apaisante. Les trois instruments prennent le temps de la rêverie, la contrebasse trouve son archet pour un ronronnement, la composition d’Emile dédiée à son Filho, cherche l’harmonie, un petit voyage à faire tranquillement, avec une guitare qui déploie un éventail de sensations, les enfants qui se dandinent dans la prairie ont bien compris l’intention.
Le trio termine par un doux flottement rythmé, rappel de l’enfance.
En rappel, justement, un blues jazzy ou un jazz bluesy sur la pointe des cordes, un hamac serait le bienvenu, pas pour dormir, impossible, mais pour rêver avec eux !
Par Anne Maurellet, photo Philippe Desmond
Samedi 30 mai à Cambes
Jean-Marie Ecay Trio

Jean-Marie Ecay, guitares
Sébastien Boutinaud, batterie
Philippe Drevet, basse
Nous sommes en partance pour un voyage où le temps ressemble à des volutes bleues, Gris jour, si l’on veut, les chemins sont légers mais sinueux, la batterie mène le tempo, maintient le défilement d’une contrée.
Jean-Marie Ecay décrit des paysages, semble-t-il, autant mentaux que physiques. L’amplification ajoute du corps à l’aventure, immensités, roches travaillées, tourmentées peut-être, il faut bien que 7=1 dans cette composition basque, Zazpiak Bat… La basse de Philippe Drevet y circule alternant douceur et nervosité, il y a quelque chose du désir de découvrir l’inconnu, de se perdre dans de terribles méandres, et Jean-Marie nous fait partager cette histoire. Des oasis apparaissent ou sont-ce des mirages ; quand guitare et basse font rage, la batterie les suit en colère.
Les accords de Jean-Marie Ecay se diffusent dans l’air, sorte d’état méditatif actif ! Les mélodies naissent et disparaissent comme des bulles d’air, ça groove en même temps, et la contrebasse y est aussi pour beaucoup. Les accords sont des ellipses qui s’élargissent avant de s’évanouir, la batterie cahote avec précision, ponctuant le tempo, les emballements furtifs renforcent les rondeurs charnelles de ce blues My Miss is hip LIVE dans lequel s’enroule le guitariste, corps compris… C’est pour embrayer sur une country folk d’enfer, cavalcade enjouée.
Musiques du monde nous dit Jean-Marie, ça tombe bien, c’est le festival Jazz360 ! On est d’accord pour en faire le tour.
Suit un bebop où les notes dansent dans un swing aussi léger qu’effréné, Sweet Pinup. La contrebasse fait une remarquable libellule, au tour de la batterie de virevolter encouragée par la guitare et la contrebasse.
Jean-Marie prend sa guitare acoustique aux cordes en nylon, c’est pour une autre traversée, Bras dessus, le son en est plus pointu, plus pincé, plus aigu, d’une nouvelle lumière, une mélodie enchanteresse s’en dégage, à la douceur et à la nostalgie safranées. La basse l’accompagne avec la même délicatesse. Moment suspendu, à tel point que les silences s’y invitent, manifestant le balancier du Temps que rappelle aussi la batterie.
You’re just a ghost, une composition digne des rêves les plus apaisants, un être, une âme en apesanteur comme une voix singulière qui murmurerait continument à nos oreilles, Jean-Marie tout à la mélodie, batterie et contrebasse fins et discrets accompagnateurs.
Jean-Marie reprend sa guitare électrique et Philippe sa basse pour nous entraîner plus à l’est avec un son plus métallique, un rythme saccadé, hoquetant, Up the Baou. Le final se réduit progressivement à des battements de cœur, version électrochocs après une ascension.
Vient Gimini mode, un morceau jazz moderne nous dit le guitariste, caressant l’étrange, au déhanché nonchalant, sorte de manifeste de magie noire avec une guitare inquisitrice. La contrebasse le relaie pour une même déambulation, une marche maléfique ou magique, c’est selon, empesée.
Pour finir, en route pour les îles du reggae. Ce que Jean-Marie veut, semble-t-il, c’est que les possibilités de ses guitares l’embarquent dans des lieux, des atmosphères différentes, un plaidoyer pour la liberté sans frontières, que le son, les accords par divers genres musicaux et surtout par-delà, emportent vers des espaces à explorer, à y faire s’épanouir, naviguer, voler, jouir la musique.
En rappel, Belharra. Oserais-je dire qu’il surfe sur sa guitare en virtuose éclairé. Les trois musiciens grimpent sur les grandes vagues et nous envoient la plus vigoureuse écume.
Merci pour les voyages et les sensations.
Par Anne Maurellet, photo Philippe Desmond
Dimanche 31 mai à Camblanes-et-Meynac
Scott Hamilton & Michael Cheret Quintet

Scott Hamilton & Michael Cheret, saxophones ténor
Andréa Michelutti, batterie
Olivier Truchot, piano
Cédric Caillaud, contrebasse
Scott Hamilton commence et le son est déjà une âme, une sensation, l’air s’émeut dans le sax ténor, le swing se déhanche doucement, quelle sensualité… Les chansons françaises sont à l’honneur et, Michel Legrand avec I will wait for you, et « non, je ne pourrai jamais vivre sans » … le jazz. A Michael Cheret, les variations pêchues. Le piano d’Olivier Truchot garde le tempo bien en main, la contrebasse assure. Le maître concentré s’imbibe de ce que lui offrent ses comparses. Vous me croyez si je vous dis que je suis émue d’avoir sous les yeux une légende dans l’application absolue, à la délectation pour le jazz intacte ? Quel son !
Le secret, ce n’est pas la prouesse, c’est ce qui traverse l’instrument, c’est que le rythme est une vie, et même une humanité. Ici, chaque note remet sur le tapis l’existence et l’histoire du jazz. Le quintet enlumine le chorus inspiré de Scott pour France dimanche de Charles Trenet. Le piano frétille, la batterie d’Andréa Michelutti le suit dans la même teneur.
Enlacez-vous comme Scott Hamilton enlace les notes, ou bien, un Bourbon ou un Pomerol feront l’affaire, vous voyez ce glissement voluptueux, un velours. Prenez le temps. Pure imagination, bien sûr… Scott en fait la déclinaison, un ralenti savoureux, et c’est comme ça que vient la beauté. Le piano le découpe avec délicatesse à son tour. Les balais de la batterie s’estompent sur le tom et chaque reprise du thème apporte une nouvelle délectation.
Les chansons s’envolent, rythmées impeccablement, elles prennent des teintes multiples, swing, swing, bienheureux, merveilleuses mesures, à consommer immodérément. Scott danse sur sa chaise, les yeux fermés, à l’intérieur de la musique. Michael saisit le tempo comme le piano, les doigts d’Olivier courent sur le clavier, montées et descentes chromatiques surrenchérissantes, accords menus, la batterie et la contrebasse toujours présentes. La contrebasse se met elle aussi à chanter – pas besoin de cordes vocales ce soir – leur pouls est le nôtre, Why now my love ? Et maintenant ? Se plaignait Gilbert Bécaud. Les deux sax ténor dialoguent, se parallélisent.
Michael entame le chorus, Scott le rejoint, les arabesques sont dessinées comme des silhouettes aux contours parfaits dont l’ombre accentue le mystère, la rêverie, ce que les mots ne savent pas mais ce que peut la musique. Michael reprend la mélodie tout en délicatesse, feeling qui répond à un feeling. Olivier caresse tendrement le clavier pour que la ballade continue de s’épandre et de nous éprendre. La contrebasse lance de doux frémissements, un trouble avoué pour la question fondamentale (on dit ontologique ?) de What are you doing the rest of your life ? Sans réponse ?
De l’eau à la bouche porte bien son titre ici, en goûter les délices avec le piano d’Olivier et le sax de Scott en verve. Multiplication des sensations pour la tendresse envers cette chanson de Gainsbourg. La batterie les suit pas à pas, toujours fidèle.
Comme si nous n’étions pas assez bouleversés, ils finissent avec L’Hymne à l’amour, chaque note parfaitement étudiée, éprouvée par le souffle exceptionnel de Scott, qui insuffle sa magie dans notre écoute. La chanson se déploie, paon somptueux aux mille facettes, le jazz se pare de magnifiques couleurs. Elle en devient un hymne au jazz. D’ailleurs, jazz et amour collent là parfaitement ensemble pour que les instruments continuent de chanter.
Evidemment en deuxième rappel, une composition de Sonny Rollins qui vient de disparaître, Doxy en guise d’hommage. Une émotion de plus.
Par Anne Maurellet, photo Philippe Desmond
Mercredi 03 juin à Saint-Caprais-de-Bordeaux

Club Sandwich
A Saint-Caprais à l’heure du goûter, 16h30, le festival nous offre un Club Sandwich… C’est le nom de ce groupe venu de Périgueux et qui a obtenu cette saison le label Scènes d’été. C’est un quintet avec
Camille Bailleul à la batterie, Édouard Philippe à la basse, Ludovic Goulet à la guitare, Chloé Floissac au saxophone alto, Pierre Guillet, à la trompette et Sylvain Loisel leur « ingénieur des sonorités », Sur scène c’est une énergie bouillonnante et gaie qui nous entraîne vers des rythmes divers du jazz be bop aux sonorités latinos ou orientales, du calypso au reggae en passant par des couleurs éthiopiennes, du funk, du ska, bref un vrai voyage musical. Le concert a été voulu gratuit et dédié aux enfants qui, venus du centre de loisirs, occupent la moitié de la salle. Peut-être pas tous attentifs mais ce sont quelques graines semées pour l’avenir. Voilà un groupe festif, d’excellent musiciens, à la portée de toutes les oreilles, idéal pour les festivals. Ils seront ainsi début juillet aux 24 Heures du Swing de Monségur !
Par Philippe Desmond, texte et photo




























