Franck Tortiller & Misja Fitzgerald Michel
The Open Chords of David Crosby

Franck Tortiller : Vibraphone
Misja Fitzgerald Michel : Guitares
Franck tortiller est bardé de prix prestigieux, participa au ‘Vienna art Orchestra’, a dirigé l’ONJ, créateur de festival, d’un label, vient d’enregistrer avec le ‘Quatuor Debussy’…, même si c’est un musicien rare et confidentiel, c’est Le vibraphoniste français de référence.
Misja Fitzgerald Michel, guitariste prodige, a suivi les classes de François Jeanneau, de Jim Hall tout en jouant avec Ravi Coltrane, puis avec Chris Potter, Mark Turner…, il enregistre avec Scott Colley, Drew Gress…, travaille sur la musique de Nick Drake, puis avec Elzbieta Sikora. Il est professeur de guitare jazz au conservatoire de paris et de Cergy.
Les deux acolytes sont très jeunes lors de l’explosion (pacifique) du courant ‘west-coast’ américain des années fleuries ‘70, époque d’un rare niveau de créativité qui a allègrement traversé le temps et reste toujours une source d’inspiration actuelle, plus ou moins avouée.
David Crosby, révélé chez les ‘Birds’, n’a jamais caché son attachement au jazz. Malgré une longue carrière, où il finit par se répéter, sa période la plus fertile fut lors de sa rencontre avec Stephen Stills et Graham Nash, puis Neil Young se joignant à eux, élargie du duo qu’il forma avec Nash. Il composera encore quelques perles plus tard, plus sporadiquement…
Le titre de ce disque est on ne peut plus judicieux, Crosby utilisant souvent l’’Open Tuning’ (Open Chords) qui consiste à accorder les cordes de la guitare de différentes façons afin de la faire sonner harmonieusement en jouant toutes les cordes à vide.
‘Guinevere’ ouvre l’album, un chef-d’œuvre paru sur le 1er CSN en 1969. On se souvient de la version qu’en a fait Miles Davis, accentuant le côté nostalgique, distendant les temps et les notes, ajoutant un sitar et des percussions délicates… Ici, pas de passéisme, on retrouve l’ambiance évanescente du thème original accentuée par la gestion des arpèges par le vibraphone et son côté céleste, repris ensuite ‘a contrario’ par la guitare qui égrène les notes plus sèchement sur un rythme plus marqué. Les chorus jazz actualisent définitivement la chanson, la rajeunisse et la font entrer dans le présent.
‘Déjà vu’ vient du disque éponyme par CSNY de 1970. Démarrage rapide avant un ralentissement au couleurs folk. On suit ici le déroulement du thème avec des innovations dans l’exécution des accords sur la guitare résolument jazzy qui ouvre grand la porte au vibraphone qui s’échappe du patern rock-folk pour imposer une version jazz des plus éblouissante.
‘Carry me’ouvrait le 1er disque duo de Crosby-Nash en 1975. Une fresque lyrique respectée ici par le jeu de la guitare, douce et fidèle aux accords originaux sur lequel le vibra cisèle un chorus inspiré.
‘Traction in the Rain’, un des morceaux les plus remarquables du fabuleux disque ‘If I could only remember my name’ que Crosby composa après la disparition de son amie d’alors. Les vagues de pluie, les larmes d’amertume, les sentiments de perte et de douleur sont justement exprimés par la 12 cordes et les lames du clavier métallique jouant en symbiose ce splendide thème, suivi de quelques notes de ‘Orleans’, paru sur le même disque, d’après une vieille chanson française qu’avait entendu Croby et restituée en la ralentissant. Émouvant.
Vient une composition de Franck Tortiller : ‘Look to the Spark’. Ceux qui ne connaissent l’œuvre de Crosby se laisseront prendre. Elle s’inclut naturellement dans cet hommage et on rêverait d’entendre la voix de Crosby sur ce thème qu’il aurait pu interpréter.
Une composition de Stephen Stills sur le 1er CSN, enrichie de vocaux vibrant, ‘Suite Judy Blue Eyes’, à la gloire de Judy Collins, amie intime du guitariste. Thème joyeux, léger mais riche et flamboyant. La pulsion est là. Bel hommage de Misja au guitare héros ami d’Hendrix… joué en ternaire. On regrettera que ce joyau ne soit pas davantage développé ici.
‘Somebody Other than You’, co-écrite avec Mchael League en 1975 pour le retour de Croz, avec le groupe Lighthouse Band. C’est un brûlot contre l’establishment, contre les politiques qui envoient ‘nos’ enfants à la guerre (qu’ils alimentent pour des histoires de gros sous), pas les leurs. Colère, rage et révolte surgissent à travers cette chanson amère, sentiments restitués ici avec gravité et conviction.
‘Tracks in the Dust’, composé en 1989 évoque les conseils d’un père sur l’apprentissage de la mission de la vie. Vaste programme ! Chanson existentialiste sur les traces à laisser sur terre pendant notre passage…! Des traces, des notes, le temps effacera les marques les moins profondes…
Le disque clôt par un autre air de Franck : ‘She Says’. Librement inspiré de l’univers de Croz, il ne dépareille pas ici. Les artistes sont en liaison, à travers les ages, les formes. Les années ‘Hippies’ ont marquées une génération, et les suivantes, le rêve continue. Rêves de paix et de sagesse, qui ne voudrait y croire…
Beau dialogue entre métal et bois, vibrations et percussions. Pas besoin de connaître l’œuvre de David Crosby pour se laisser porter par ces sons inhabituels, juste jouir de ces belles harmonies et se réjouir d’aussi belle musique.
Chez : MCO Socadisc
Par : Alain Fleche

































