Oiseau Murmure Trio

NICOLAS NAUDET : Clarinettes, Effets
THÉO GIRARD : Contrebasse
BENJAMIN FLAMENT : Batterie, Percussions

Un trio en suspension, dans les airs, sur un fil…acoustique et électroacoustique, avec des percussions harmoniques, une clarinette basse transformée et une contrebasse brute pour une musique organique, sensible proposant improvisations, textures et narration sonore. Par : Nicolas Naudet, musicien, chanteur, comédien, compositeur, qui se promène entre musiques improvisées et théâtre musical, dans une forme contemporaine acquise auprès de Denis Colin, Sylvain Kassap… avant de trouver sa propre voix de multi-instrumentiste travaillant le son et la scène souvent associés à de nombreuses créations mêlant musique, jeu, théâtre, musiques actuelles, spectacle de rue … dans un parcours privilégiant la création collective.

Benjamin Flament invente un instrument entre vibraphone et percussions et part à l’aventure. Il y croise Sylvain Rifflet, Théo Ceccaldi, Jeanne Added, Hasse Poulsen, Henry Texier, Michel Portal… Son besoin de transmettre l’amène à monter des projets pédagogiques pour tous public, il vient de créer ‘La grange de l’oiseau bleu’, un lieu de ‘curiosité artistique’.

Nous avons parlé de Théo Girard à l’occasion du disque ‘La rivière coule sans effort’ avec, entre autres, Sophia Domancich. Il a fondé et dirige le label ‘Discobole’ où il développe des projets collectifs (Mobke…). Il compose aussi pour le théâtre et est un partenaire souvent sollicité (Lesley Mok, Nick Lyons, Yasuhiro Yoshigaki…).

Nicolas et Théo se connaissent du conservatoire de Montreuil depuis 1995, ils participent à 2 aventures musicales (NhoG et Girafe). Nicolas rencontre Benjamin en 2023, et le trio joue aussitôt (2024), il enregistre leur 1er album à ‘La grange’.

3 concepteurs indépendants qui se rejoignent dans le plaisir de jouer ensemble, simplement, en toute liberté.

Benjamin utilise une batterie, des bols chantants, des lames de bois et résonateurs pour un langage percussif ciselé et poétique. La clarinette basse de Nicolas est traitée par des effets en temps réel pour devenir une matière transformée, granuleuse ou aérienne et Théo garde l’expression brute de sa contrebasse acoustique, expressive dans le souffle du bois.

Ces 3 oiseaux proposent une musique ouverte à l’air qui les réunit, sans démonstration ni barrière. Entre minimalisme, abstraction et lyrisme, le trio décrit des paysages qu’il évoque , suggère, sans les imposer, juste dans un murmure qui résonne au cœur et nous touche de leur sensibilité humaine.

18 titres pour 40 minutes de musiques. En fait ce sont 9 chansons entre-coupées de 9 chants de quelques secondes à plus d’une minute se référant à l’oiseau… mouche, plouf, feu, vent, lumière, nuit, forêt, et puis plus, le 9ème ? : Non loin du pré. Certains semblent de bonnes bases musicales à développer… On trouve aussi dans les compositions plus élaborées, comme un – ‘Escalator pour les fonds marins’ avec un jeu de contrebasse en harmoniques, un xylophone avec des notes répétées comme des bulles qui cherchent la surface pendant que la clarinette basse explore faune et flore locales.

– ‘Sur le fil’ : temps marqués par la batterie et le vibraphone, comme de longues cordes parallèles où la clarinette montre les volatiles voletant d’un fil à l’autre, chorus de contrebasse qui rejoint le thème exposé par le vent…

Pour : ‘Ne pas tourner en rond sans toi’, la contrebasse répète un court arpège, une espèce de boucle suivie aussi par la batterie, la clarinette reste sobre en suivant le rythme proposé, cherchant ‘l’autre’.

– ‘Movement in squares’ n’a rien de carré, c’est plutôt en forme d’impro collective douce avec mouvements répétés…

– une ‘Locomotive’ introduite par la clarinette qui se stabilise quelques notes simulant le choc des écarts de rails, reprises par la contrebasse…

Un ‘Unisson’ des 3 instruments creuse la terre, puis trient leurs découvertes, à chacun ses trouvailles, ambiance chthonienne où la lumière filtre par instant… lente exploration du vide laissé, à 3 …

– ‘Dans les pas des pas’, une batterie binaire complexe entraîne la clarinette qui s’échappe avec la contrebasse dans une danse qui tourne et qui tourne…

– ‘Seuls les oiseaux nous regardent’, ostinato de contrebasse, batterie libre et fulgurance de clarinette… Un peu inquiétant…

Enfin : ‘Tout près du loin’, oxymore aérien qui fausse l’espace et le temps. Nous sommes tous des oiseaux !

Un disque de musique presque chambriste, en douceur, en équilibre, en balade entre l’air et la terre, avec des coups de feu follet et des mouvements aqueux, sans gravitation… ni gravité !

Par Alain Fleche

Chez Discobole Records