Sonny Troupé Quartet Add4 – Evy Danse

Evy Danse, le nouvel album de Sonny Troupé Quartet Add4 est sorti le 6 février 2026 sur le label Contre-Courant Prod / Coproduction TW Prod / l’Autre Distribution.
Evy Danse est le troisième album du quartet, refermant la trilogie d’une recherche contemporaine autour du gwo-ka, initiée avec Voyages et rêves sorti en 2013 et Reflets Denses en 2017. Bien plus qu’un nouvel album, c’est une œuvre métaphorique et l’aboutissement du cheminement artistique du compositeur. Un chemin initiatique passant par les luttes, la quête d’identité vers l’émancipation, la liberté.
Jonathan Jurion, piano, Rhodes, chœurs / Sonny Troupé, batterie, percussions, samples, chœurs, compositions / Mike Armoogum, guitare basse, chœurs / Andy Bérald, tambour ka, chœurs.
Add4 : Verena Ruiling Chen, violon / Pauline Denize, violon / Valentine Garilli, alto/ Guillaume Latil, violoncelle
Invités : Lucien Troupé, chant (5), voix (2) / Lou Tavano, chant (8) / Laurent Lalsingué, steel pan (3) / Christian Laviso, guitare (10) / Raphaël Philibert, saxophone alto (2,10)
Sonny Troupé a baigné dès son plus jeune âge dans l’effervescence musicale de l’école créée par son père le saxophoniste guadeloupéen Georges Troupé à Sainte-Anne, école qui porte le nom du percussionniste Marcel Lollia dit Vélo, maître tambouyé (décédé en 1984) qui a donné ses lettres de noblesse au gwo-ka. Avec un tel héritage, le tambour ka a logiquement été son instrument de prédilection, intégrant dès l’age de six ans le groupe Kimbol en tant que soliste, sur le maké. Passé par le Conservatoire National de Toulouse et l’Ecole de batterie Agostini, il enrichit son expérience au contact de différentes formations, touchant au jazz, à la fusion, au métal, au reggae, à la soul avant de fonder en 2010 le Sonny Troupé Quartet, aux côtés de Mike Armoogum à la basse, Grégory Privat au piano, et alternativement Olivier Juste et Arnaud Dolmen au gwo-ka, ou sur ce dernier opus Andy Bérald. Il est par ailleurs très investi aux côtés des figures que sont le maître du ka Lukuber Séjor, le guitariste Christian Laviso, et a collaboré notamment avec Jacques Shwartz-Bart, Kenny Garrett, Mario Canonge, David Murray ou encore Manu Codjia pour n’en citer que quelques-uns.
Si Sonny Troupé ne cesse d’explorer les racines du gwo-ka, expression émancipatrice du contexte esclavagiste, il s’inscrit dans la lignée du gwo-ka modèn de Gérard Lockel, poursuivant sa quête de fidélité aux anciens tout en explorant des voies nouvelles. Un défi osé et réussi sur cet album, avec l’apport d’un quatuor à cordes et la complicité de Guillaume Latil. Les influences multiples de Sonny Troupé se retrouvent ici, conjuguant la tradition des lewòz, mélodie, chant, tambouyé, répondè, avec steel pan, saxophone, textes poétiques, samples, comme une évidence.
Evy Danse s’ouvre avec ‟Limyèˮ, la lumière, la puissance narrative du quatuor à cordes répondant aux appels du piano et du tambour ka en symbiose d’un tourbillon polyrythmique. La voix de Lucien Troupé et le saxophone alto de Raphaël Philibert sur un ostinato des cordes accompagnent ‟Une étoile toujours sera la bienvenueˮ, texte de Robert Oumaou, fondateur avec Georges Troupé du groupe Gwakasonné, pionnier d’un gwo-ka psychédélique et politique, une ode à la mémoire, aux lieux et aux maîtres du gwo-ka, et en particulier à Marcel Lollia.
‟An bwa Matoubaˮ, haut lieu de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, mêle les polyrythmies de résistances, le bouladjel et le steel pan, met en perspective les destinées caraïbes et les voix des anciens, le tragique et l’espoir. Sept minutes magnifiques ouvrant sur la dualité : ‟Dans Eviˮ, brève pièce piano solo entre gravité et légèreté, syncope et mélodie, un espoir.
‟Léònoˮ (Léonor), un chant traditionnel des léwòz, transfiguré par la voix de Lucien Troupé à laquelle répond le ka, enveloppés des nappes sonores des cordes, un hommage symphonique aux racines, à la culture, par la douceur. C’est un nœud qui se défait ensuite dans le superbe et introspectif ‟Santiman déméléˮ introduit par la guitare basse de Mike Armoogum, l’assemblage du quatuor sur un ostinato percussif, des échos de la vie.
‟Ka Sankaˮ est un cri, un manifeste politique, celui de Thomas Sankara à la « rébellion légitime des peuples », un appel à l’autodétermination du mouvement Black Power, sur fond d’un inspiré solo de batterie de Sonny Troupé. Un cri qui devient incantation par la voix aérienne de Lou Tavano sur une évidente affirmation : ‟San Méléˮ, voiles gonflées par le vent des cordes à l’unisson, et enfin la libération, la lumière : ‟Evy Danseˮ.
Le dernier titre ‟Léwòz N°3ˮ vient refermer l’album Evy Danse et c’est l’expression d’un quartet qui a patiemment exploré ses racines, reconnu et intégré ses influences, pour désormais prolonger la voie initiée par les anciens. Ce titre de près de dix-huit minutes en est le symbole : composé par le guitariste, maître et penseur du gwo-ka modèn qui en a produit un ouvrage de référence (Gwo Ka Modènn, 2011) et arrangé par Sonny Troupé, convoquant la guitare de Christian Laviso et l’alto de Raphaël Philibert, il s’inscrit pleinement dans l’héritage de celui qui considérait que « le gwo-ka n’est pas une musique figée dans le temps mais une expression de l’instant qui s’enrichit du tout pour se dire. Une musique qui parle du peuple dans le cœur duquel elle est née ».
Par François Laroulandie
Label Contre-Courant Prod / Coproduction TW Prod / l’Autre Distribution



























