JA JA JA Quartet à Cénac – Soirée Jazz club 360 – 28 mars 2026
Première partie : Atelier Jazz du Conservatoire à rayonnement départemental d’Agen

Douces terres que celles des Portes de l’Entre-deux-Mers, sur lesquelles on aime toujours revenir, par plaisir, curiosité et surtout amitié. Comme beaucoup le savent, les délicieux produits du terroir, la beauté de la nature et l’accueil bienveillant de la population ne sont pas les seuls atouts de ces beaux endroits. En effet, dès le printemps il y a certes des jardins qui fleurissent et des feuilles neuves qui éclosent un peu partout, mais le chant joyeux des oiseaux n’est pas le seul à retentir, car il se voit parfois rejoint par celui tout aussi allègre du jazz, en particulier à Cénac, haut lieu de cette musique depuis 2010.
Ainsi, le 28 mars dernier, nous avons assisté à la Soirée Jazz club 360 à la Salle Culturelle de la cité, présentée par Annie Robert et Mathilde Geffard, co-présidentes de Jazz360, dont nous saluons les mots forts et vrais sur la vie difficile des associations culturelles, soutenant notamment la création musicale, et sur l’ambiance générale concernant la culture en France. Ce fut en outre un vrai plaisir de noter que le public était venu en nombre, parmi lequel la présence très appréciée de Didier Laugaa, nouveau maire de Cénac, à ses côtés celle d’Éric Roux nouvellement élu conseiller municipal de la ville et par ailleurs directeur et fondateur de la célèbre Rock School Barbey bordelaise, et également celles d’Alain Piarou Président d’honneur de l’Association Action Jazz et d’Irène Piarou son épouse.
Un programme fort gouteux était au menu, proposant en première partie l’Atelier jazz du Conservatoire à rayonnement départemental d’Agen, et le JA JA JA Quartet en deuxième partie. Nous nous sommes régalés de notes d’amour, de joie, et surtout d’espoir ! Mais ce ne fut pas tout, au plan gustatif aussi ! Succulentes assiettes de rougail saucisses réunionnais, desserts gourmands, le tout préparé et servi avec sourires gracieux et en prime, dégustation des excellents vins du Château de Val Beylie de Mérignas.
Atelier Jazz du Conservatoire à rayonnement départemental d’Agen

Line-up :
Aline Videau – chant
Luis Herrera – saxophone alto, flûte
Raphael Bajul – guitare
Jean-Philippe Devries – piano
Sergio Azor – contrebasse
Florentin Beauvais – batterie
Réitérant l’expérience très positive de l’an dernier, Jazz360 a invité un nouvel Atelier Jazz, affirmant une fois de plus son soutien aux nouveaux talents en devenir, porteurs d’une flamme évolutive. Le choix des standards jazz est toujours astucieux car il propose un savoureux cocktail mêlant divers styles et périodes, entre pièces historiques, et d’autres méconnues à découvrir. Sept thèmes que le sextet s’est apparemment régalé à réinterpréter, avec le sérieux et l’originalité acquis lors des répétitions, et la fraîcheur inattendue du live. Elles, ils, nous ont prouvé que, toutes générations confondues, l’âme de cette musique est universelle, multiple et généreuse.
Une belle excursion au pays des émotions bleutées, nous a ainsi menés du méditatif « Belief » de Leon Parker au chaloupé « Bolivar blues » de Thelonious Monk, en passant par d’autres trésors que nous vous détaillons plus bas, toujours précédés des commentaires avisés et éclairants d’Aline Videau, chanteuse et squatteuse avertie.
Voilà donc que survient « Four » de Miles Davis, qui pensait que dans la vie les choses qui importent sont la vérité, l’honnêteté et le bonheur, ce que l’on ressent dans cette cover, inspirée par la version qu’en fit Michael Mayo. Le ton est guilleret et le scat maîtrisé lui va à merveille. En suivant, reprise avec conviction du célèbre « Con Alma » de Dizzy Gillespie, morceau jadis chanté par Claude Nougaro, mené par un groupe soudé, et traversé de chorus bienvenus de contrebasse et de guitare. Place au jazz groove tendance late sixties avec « Chank » de John Scofield. Il fait chaud ! C’est l’occasion d’évoquer le vigoureux drumming de Florentin Beauvais, dont nous avions déjà apprécié le talent l’année passée et constatons que son jeu a bien mûri, et de découvrir l’excellent Luis Herrera, qui nous offre là un superbe solo de saxophone, et sera par ailleurs très bon à la flûte.
Deux autres sauts dans l’histoire du jazz nous ont également touchés : Le délicieux côté kitsch de « Almost like being in love », une chanson tirée de la comédie musicale « Brigadoon » donnée à Broadway en 1947, composée par Frederick Loewe et écrite par Alan Jay Lerner. Elle fut plus tard interprétée par Gene Kelly dans la version cinéma de 1954. Enfin, avant dernière pépite du set, le très célèbre « My foolish heart » du compositeur violoniste Victor Young qui en signa bien d’autres maintes fois reprises, comme par exemple « Stella by starlight ». La belle voix de la chanteuse présente le groupe, puis s’envole en un beau phrasé, suivie du saxophone, avec le soutien des autres complices parmi lesquels le pianiste omniprésent, qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes tout au long du concert, entre rythmique attentive et précise et chorus bien aiguillés.
Nous avons encore beaucoup appris de ce nouvel atelier, qui a su trouver des thèmes pas si évidents à restituer, et pourtant ils y sont parvenus et nous les ont fait aimer. Nous ne les oublierons pas, et les en remercions grandement !
Setlist :
1 – « Belief » (Leon Parker)
2 – « Four » (Miles Davis)
3 – « Con Alma » (Miles Davis)
4 – « Chank » (John Scofield)
5 – « Almost like being in love » (Frederick Loewe)
6 – « My foolish heart » (Victor Young)
7 – « Bolivar blues » (Thelonious Monk)
JA JA JA Quartet

Line-up :
Jean-Loup Siaut – guitare
Shob – basse
Gaétan Diaz – batterie
Jean-Marc Pierna – percussions
Depuis plusieurs années Jazz360 accueille des artistes en résidence de création pour préciser voire affiner leurs projets. Plusieurs formations se sont ainsi succédées sur la scène de la Salle Culturelle de Cénac et ce fut le tour de JA JA JA en février 2024. Les morceaux joués ce soir en sont une sorte de restitution, mais probablement « augmentée » d’idées nouvelles.
Nous connaissons bien ces quatre complices pour les avoir maintes fois croisés lors de concerts, festivals et jam dans la région, et ils sont aussi très présents dans certains clubs parisiens. Les formations auxquelles ils participent proposent à chaque fois d’ébouriffantes musiques, dont nous avons retrouvé ce soir le caractère vif, l’humeur créative osée et le groove instinctif qui les habitent et nous accrochent tant. Histoire de les situer, signalons à titre d’exemples non exhaustifs que Gaétan Diaz a entre autres participé au JarDin ou encore au Big Band l’Orchid, et que Jean-Loup Siaut, Jean-Marc Pierna et Shob sont membres du groupe de ce dernier, notamment sur son album « Tintamarre » sorti en février dernier, mais aussi de The Kilometers. Jolis cv !
Après une courte présentation, la carte d’entrée c’est le morceau titre qui nous accueille de son humeur gentiment accrocheuse. Batterie et percussions cisaillent l’air, instaurant un rapide tempo que soutiennent les accords cristallins de guitare et la basse qui ondule élégamment, mais on la devine musclée en sous couche. Une composition qui annonce bien la couleur du set et sera traversée d’un superbe solo de guitare, d’autres suivront tout au long du concert.
Nous dégustons maintenant une brûlante reprise du « Afrodisia » de Kenny Dorham, tiré de son mythique album « Afro-Cuban » sorti sur Blue Note en 1957. Une rythmique enflammée porte alors cette pièce historique, quels chorus de toutes parts ! Le quartet démontre son aplomb à se réapproprier ce thème en le jouant avec autant de fraîcheur ondoyante, le rendant si actuel presque soixante-dix ans après ! Histoire de nous envoyer une autre carte postale de Cuba, ils nous offriront en rappel le très chaud « Gandinga, Mondongo y Sandunga » de Franck Emilio Flynn, une rumba de ce pianiste et arrangeur, génie de la musique cubaine. Enregistrée pour la première fois à la fin des années 50 et certes souvent reprise dans des albums et compilations, il fallait quand même savoir la dénicher celle-ci ! Une merveille qui vous donne d’entrée un moral au beau fixe, grâce à un énorme solo de basse, sur percussions et batterie encanaillées et accords scintillants de guitare, laquelle nous déroulera en prime un régal de chorus au long cours, avec toujours cette classe naturelle et ces tourbillons qui vous aspirent. Conclusion sur un solo gémellaire de congas et batterie. Bref, allo les pompiers quoi !
Si nous sommes conquis par cette couleur cubanismo qui sied à merveille au groupe, nous n’oublions pas le goût prononcé de ces quatre explorateurs pour le jazz groove, comme ils l’ont souvent prouvé, et encore ce soir avec ces reprises inattendues de joyaux de l’illustre Herbie Hancock. Ils ont choisi « Textures » tiré de « Mr.Hands » paru sur Columbia en 1980, coincé entre le disco-funk « Monster » paru un peu avant et le plutôt electro-jazz « Magic Windows » sorti l’année suivante. Beauté sereine de ce morceau qui n’était pas le tube de « Mr.Hands » mais prouvait le génie du maestro à savoir proposer au sein d’un même album un climat apaisé et attrayant, au milieu du bouillonnement jazz-funk. C’est exactement ce qu’ont su faire nos quatre acolytes, dans le respect de l’œuvre initiale, en la développant de leur harmonieuse façon, le son et les accords fluides et argentés de la guitare, se joignant au remarquable flux rythmique entremêlé des trois autres compères. Même impression d’envolée sereine avec « Tell me a bedtime story » tiré de « Fat Albert Rotunda » paru sur Warner Bros en 1969. On dirait que des notes de cristal s’échappent de la baguette magique d’une fée nocturne, faisant de cette berceuse le passeport d’entrée au pays des rêves les plus beaux. Superbes hommages à Herbie Hancock, dont l’intemporalité de l’œuvre est ici soulignée !
Ce concert a aussi été l’occasion de découvrir d’excellentes compositions de Jean-Loup Siaut, en alternance avec les reprises, qui en sont aussi à ce qu’il nous disait très justement. « Agua » par exemple, que l’on aurait presque pu intituler « Agua caliente » voire « Agua para bailar » à l’écoute de cette polyrythmie brûlante qui a introduit le thème. Un groove très latino nous sollicite, innervé de myriades de notes de guitare, tandis que la basse ondule comme un serpent bienveillant dans les remous tourmentés de cette eau de feu, et que congas et batterie sont en (per)fusion. Mais que ne dansons nous pas ? Chiche ! Après le dancefloor, reprenons donc nos esprits avec « Fax », caressante balade qui nous embarque sur un voilier pacifique au coucher de soleil. Hawaï n’est pas si loin, nous aimerions tant que ça ne finisse jamais, guitare aux traits sublime et rythmique de velours nous y incitent !
Alors nous les suivons sans hésiter à l’écoute de la dernière composition, le fascinant « There was the time » dont le titre est évocateur. « Il fut un temps »…probablement celui où la musique n’avait pas de limite dans ses explorations. Donner du temps au temps ! Ce morceau est peut-être un clin d’œil aux seventies, un hommage sensible, voire mélancolique à cette riche époque. La pièce débute par un accord descendant et insistant, genre jazz fusion. Sur ce thème d’une écriture complexe, les accords au son électronisé de la guitare peuvent à certains moments faire penser par petites touches à l’esprit Allan Holdsworth, à d’autres ce sera plutôt furtivement à celui du Bill Frisell électrique early ECM, ou encore à celui de Mike Stern dans ses hirsutes années Miles Davis. Six cordes cosmiques, sur fond indivisible de rythmique percussive ensorcelée et de grondements telluriens de basse, la charpente mouvante. L’espace d’un break et nous quittons le sol, la navette spatiale a pris sa vitesse de croisière, c’est impressionnant ! L’atterrissage tentera l’apaisement mais surgit un époustouflant solo de batterie, les tambours réacteurs n’avaient pas dit leur dernier mot ! Nous suivrons attentivement le JA JA JA Quartet dans ses prochains concerts que nous espérons nombreux, avis aux programmateurs ! Et comme il n’est pas interdit de rêver, pourquoi pas un disque ?
Encore une très belle soirée dont nous remercions Jazz360 et ses équipes, le fidèle public, ainsi que ces deux formations qui nous ont offert une belle diversité de musiques, avec une âme passionnée, que nous avons pu ressentir à chaque note jouée.
Enfin, le Festival annuel Jazz360 approche ! La 17ème édition se déroulera du 29 mai au 07 juin 2026, dans diverses localités des Portes de l’Entre-deux-Mers : Cambes, Camblanes-et-Meynac, Cénac, Langoiran, Latresne, Quinsac et Saint-Caprais-de-Bordeaux. Vous pouvez dès à présent retenir vos places sur le site, la programmation est magnifique, n’hésitez pas, venez !!
Setlist :
1 – « Jajaja » (Jean-Loup Siaut)
2 – « Afrodisia » (Kenny Dorham)
3 – « Textures » (Herbie Hancock)
4 – « Agua » (Jean-Loup Siaut)
5 – « Tell me a bedtime story » (Herbie Hancock)
6 – « Fax » (Jean-Loup Siaut)
7 – « There was the time » (Jean-Loup Siaut)
8 – « Gandinga, Mondongo y Sandunga » (Franck Emilio Flynn)
Par Dom Imonk, textes et photos
https://www.facebook.com/crda.agen
https://www.instagram.com/jajaja_music
https://www.facebook.com/jeanloup.siautsurmer
https://www.facebook.com/SHOBdaBASS
https://www.youtube.com/@jazz360girondenouvelle-aqu8/



















