Le café du Boulevard – Melle 10 octobre 2025

Didier Fréboeuf, piano
Guillaume Souriau, contrebasse
Christophe Beausset, batterie
Le grondement sourd de la contrebasse enfonce ce démarrage aux teintes arabes progressivement structuré par Didier Fréboeuf. Le changement de tempo engage soudain la joie, rythme enlevé, comme une réalisation éphémère, des suspensions pour apprécier davantage encore les accélérations avec des arpèges toniques, mais aussi des frétillements. Virtuel, en quelque sorte.
Des effets sonores pour les premières notes de Didier Fréboeuf, le regard attentif du batteur Christophe Beausset attend de saisir à point nommé le swing qui s’installe pour Thelonius. La contrebasse de Guillaume Souriau danse, chante, les trois cheminent, un régal.
La caisse claire de Christophe Beausset vrombit puis groove, eh oui… puis la main gauche sur le clavier, Didier assure assure la mesure. Ça chaloupe, ça chaloupe, la main droite du pianiste s’envole, traverse le clavier, accords et arpèges se succèdent marquant le tempo, c’est jouissif ! La batterie roucoule par de justes arrondis des baguettes, des tremblements sur le métal. Tout couleur.
Les esquisses d’un tango pour commencer, quelques arabesques, des déhanchés, ils savent en faire peu pour que tout soit en place !…mais ce ne sont pas des Drôles d’oiseaux pour rien, le canevas mis en place, les points, leur structure peuvent se décliner, enfin se démultiplier. Ils se miroitent dans le Tango mais ce dernier prend des tournures inattendues. Jambes suspendues après petits précipités, couple enfin, trio virevoltant, en hésitation le plus souvent, ils redescendent précautionneusement. A la contrebasse de dessiner de belles trainées, finesse et déliés.
Un chorus extrêmement délicat en accroche, et soudain trémolos, fourmillement puissant appuyé par une batterie énergique, notes et accords à nouveau dans un mariage charmant, la tendresse d’un Bill Evans sûrement en mémoire, c’est au tour de la contrebasse de groover, de jolies harmonies des trois comme des tressages habiles. Variation de la pesanteur. Le thème s’en va discrètement. On l’aurait bien retenu.
C’est un jazz plein, généreux, de haute tenue et qui aime le jazz ! Cavalcade assurée, dextérité comprise au service du jeu, dans toutes ses acceptions. La main droite de Didier court le clavier, les notes voltigent même. Les deux autres ne sont pas en reste, évidemment, quelques suspensions…
Les morceaux lents ressemblent à des contemplations. La sobriété de la mélodie renvoie à sa gravité, une beauté profonde, un temps ralenti, alangui, dont chaque instant prend valeur, couleur, un camaïeu existentiel. Notre Petite planète. La contrebasse en réécrira les étendues mystérieuses, leurs nappes de brume superposées qui s’échappent, s’étalent, se meuvent sensiblement. Pour les rejoindre des éclats, des rayons solaires, dans le clavier, la batterie frémit. Une lumière progressive sort de la main droite de Didier : répétitive de prime abord, elle s’impose, obsédante, euphorique parfois, encouragée par la contrebasse de Guillaume et la batterie de Christophe. Puis, elle semble s’éloigner, comblée.
Un vrai trio !
Deuxième partie, dans ce Café du Boulevard à Melle en Charente bondé qu’anime Zoltan Lantos
Avec des concerts. Il faut les voir les doigts de Didier Fréboeuf swinguer, chercher sur le clavier ce qui peut encore éclore, et ça peut ! La batterie de Christophe Beausset prend le relai , rutilante, la contrebasse de Guillaume Souriau toujours précise.
Didier annonce : « Le boeuf est ouvert ! ».
Sax ténor, puis guitare et enfin voix s’associent au trio. Les standards se suivent, entre autres à la demande « My Favorite Things », s’élancent avec brio dans le clavier de Didier, une guitare le suit très en verve, les vocalises de Marc Depond puis d’une jeune femme continue d’entraîner les mélodies dans leurs variations, le sax reprend inventif. La puissance de Coltrane, c’est de nourrir incessamment les imaginaires des musiciens. Didier Fréboeuf en restitue les harmoniques par touches subtiles. Trombone, sax entrent en scène, la batterie de Christophe attentive. Les musiciens, encouragés par de Drôles d’oiseaux défilent de plus en plus jeunes et savent écouter.
Par Anne Maurellet





















