Argentieri – Borey – TissotPage 4

[COUP DE CŒUR] Si, encore enfants, on nous avait expliqué les principes du triangle équilatéral, en nous faisant écouter la musique d’Unitrio, nous aurions très tôt compris les vertus de l’équilibre naturel, et su plus facilement capter la beauté logique qui peut s’en dégager. Avec la Page 4 de son livre de voyage, débuté en 2008, le trio formé par Damien Argentieri (Orgue Hammond B3), Frédéric Borey (Saxophone ténor) et Alain Tissot (Batterie) montre qu’il poursuit inlassablement son chemin, avec encore plus de maturité et d’unité, et cette quête instinctive d’une élégance épurée, depuis ses débuts, et tout au long de son parcours. Comme des artisans, ou mieux, des orfèvres de l’ombre, ils polissent, peaufinent leurs pièces, jusqu’à une sorte de perfection diaphane, insaisissable, troublante de limpidité mais aussi de mystère. Les neuf compositions sont également réparties entre chacun et leurs écritures, touchantes parce que sensibles et exprimant leur âme, se succèdent  en s’ouvrant à un trilogue sonore, dont le lyrisme couleur sépia est porté par des jeux subtilement associés, voire par moment entremêlés, parfois même jusqu’à l’étreinte. C’est ainsi que « Lunatic » (Alain Tissot) ouvre l’album sur une touche mélancolique, où d’entrée l’unicité de jeu habite l’espace, la voix dorée et virevoltante du saxophone s’alliant aux nappes denses du B3 et aux percussions attentives de l’auteur. De lui, on se régalera aussi de « Balladie d’Abour », quel titre ! Début interrogatif, jeu de questions/réponses, avec des envols brefs de saxophone, rythmés de silences,  sur fond d’Hammond répétitif et de caresses des balais, truffées d’énergiques unissons, on dirait la bo d’un thriller seventies ! « Second life » lancé à la suite, nous entraîne dans une course speedée vers un ailleurs à l’humeur pétillante. Frédéric Borey propose « Flux », tout en fluidité, un courant aux remous colorés, mêlant saxophone et orgue, sobrement canalisés par la percussion, toujours sur le qui-vive, ainsi que « Perpetual State », magnifique pièce, d’un lyrisme au flux impressionniste, et à la mélancolie généreuse, et « November », l’un des morceaux les plus développés et habités du disque, une sorte de jam qui a par endroit un parfum furtif du « Lonely Woman » d’Ornette Coleman, et dont le titre nous fait penser à un album du même nom, où figurait Peter Erskine, tant la batterie y est fulgurante ! Enfin, pour Damien Argentieri, ce sont «  Another space », à l’abord vif et saccadé, décrivant l’urgence, dans une modernité de ton servie par d’époustouflants chorus, soutenus par une batterie au drive actuel irrésistible, ainsi que «Motherless », qui chante avec tendresse et chagrin, le souvenir des jours heureux, le sourire lumineux d’une maman, qui à jamais nous rendra forts, et, dans la même veine,  « L’âme de Didier », qui clôt avec beaucoup d’émotion cette Page 4, en un hommage saisissant à Didier Lockwood.

Remarquablement mis en valeur par la beauté du son concocté par les alchimistes que sont Julien Reyboz (Ohm Sweet Ohm Studio, Paris), et Dave Darlington (Bass Hit Studio, New York), cette Page 4 est un vrai bonheur de lecture, neuf paragraphes écrit à l’encre de vie, qui s’impriment en soi, et que dès lors l’on ne pourra plus oublier !

Damien Argentieri (Orgue Hammond B3)

Frédéric Borey (Saxophone ténor)

Alain Tissot (Batterie)

Par Dom Imonk

Altrisuoni The Jazz Label

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